Ostéoporose, la fin d’un paradigme

15.08.2017
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L’ostéoporose… Cette condition de fragilité est devenue une source d’angoisse pour de nombreuses personnes, principalement les femmes.

Vous allez casser !

Lorsque votre médecin reçoit les résultats d’une densitométrie trop faible, son premier réflexe est habituellement de vous prescrire un médicament (bisphosphonate, anticorps monoclonaux, etc.). Si, par malheur, vous n’en voulez pas, son discours risque de devenir très émotionnel : « Vous allez casser ! Vous allez souffrir ! » Et la peur s’installe…

Dans de rares cas, vous aurez droit à un argument factuel sur le risque réel de fracture, avec ou sans prise de médicament, et on vous proposera une autre approche au traitement, comme l’exercice ou la supplémentation.


Ostéoporose ≠ fracture

Pourquoi ces approches fort différentes au même problème ? Vous serez peut-être surpris d’apprendre que le risque réel de fracture n’a que très peu de lien avec l’ostéoporose. Il est beaucoup plus lié à l’âge et à l’équilibre. D’ailleurs, la majorité des fractures dites de fragilité se produisent chez des personnes qui ne font PAS d’ostéoporose.

Un article très intéressant, accessible en ligne, a été publié sur le sujet dans le Journal of Internal Medicine par Järvinen et collaborateurs. Le titre est assez évocateur : « Ostéoporose : L’empereur n’a pas de vêtement. » (1) Voici un survol des arguments qui y sont développés par les chercheurs.


Amusons-nous un peu en regardant les chiffres

Pour bien suivre ce qui suit, je vous encourage à lire le texte http://www.jydionne.com/osteoporose-comprendre-la-reelle-signification-du-score-t/.

Selon les données retrouvées dans le National Osteoporosis Risk Assessment (NORA) sur 149 524 femmes caucasiennes ménopausées âgées de 50 à 104 ans (âge moyen 64,5), 82% des fractures rapportées sont apparues chez des femmes qui ne faisaient PAS d’ostéoporose (score T > -2,5).(2) Pour en savoir plus, consultez l’article Les fractures dites de fragilité sont-elles toujours dues à l’ostéoporose ? http://www.jydionne.com/les-fractures-dites-de-fragilite-sont-elles-toujours-dues-a-losteoporose/ )

Ces résultats sont confirmés dans une autre étude qui montre que la proportion des fractures traumatiques attribuables à l’ostéoporose chez les femmes de plus de 65 ans n’est que de 15% !(3) Ou, si vous préférez, 85% des fractures ne sont pas attribuables à l’ostéoporose.

Entre les âges de 60 et de 80 ans, le risque de fracture est multiplié par 13 alors que l’augmentation du risque pouvant être attribuable à la densité osseuse n’est que de 2.(4) Selon une étude suédoise, le risque de fracture de la hanche serait multiplié par 44 entre les âges de 55 et de 85 ans. Ce risque est 11 fois plus grand que celui prédit par la densité osseuse.(5)

Alors, si l’ostéoporose n’explique pas l’augmentation du risque de fractures, qu’est-ce qui peut l’expliquer ?


Question d'équilibre

Ça peut sembler absurde et évident, mais si vous ne tombez pas, vous ne vous cassez pas un os. On estime que 40% des fractures de la hanche peuvent être prédites par la simple question : avez-vous des troubles d’équilibre ? (6)

Je me permets de copier ici un dessin particulièrement évocateur, publié par l’équipe de chercheurs de T.L. Järvinen :

m_1502803144.jpg

© 2015 Järvinen et al. Journal of Internal Medicine published by John Wiley & Sons Ltd on behalf of The Association for the Publication of the Journal of Internal Medicine.

Traduction libre :
– Singe : « Pauvre vieux, il a glissé. »
– Premier homme : « Il semble que cette pauvre créature avait de l’ostéoporose. »
– Second homme : « Si seulement il avait pris la bonne médication. »


Prédiction des fractures

Au-delà du fameux score T, votre médecin utilisera peut-être l’outil de prédiction FRAX (http://www.osteoporosis.ca/frax-tool-now-available-in-canada/ ) pour évaluer votre risque de fracture. Cet outil est cependant loin d’être parfait, ni même exact. Sans aucune transparence (personne ne sait comment le risque est calculé), cet outil évalue que 72% des femmes de plus de 65 ans et 93% des femmes de plus de 75 ans subiront une fracture.(1) Bref, peu importe les résultats de la densité osseuse, FRAX prétend que la très grande majorité des femmes caucasiennes sont à risque. Bien évidemment, la réponse médicale à ce risque effarant est de prescrire des médicaments.


Ajouter l'insulte à l'injure

On présume que la prise de médicaments pour l’ostéoporose (qui ont pour but d’augmenter la densité osseuse) diminuera significativement le risque de fracture. Pourtant, puisque le risque est fonction de l’âge, il nous faudrait des données cliniques (études) sur la population la plus à risque, soit les plus de 80 ans, et ces données font gravement défaut. Il est donc impossible de savoir si les médicaments sont efficaces sur cette population.

De plus, au Canada, il y a une différence du simple au quadruple entre les provinces pour le taux de médication de l’ostéoporose. Paradoxalement, le nombre de fractures est similaire dans toutes les provinces.(7) On peut donc douter de l’efficacité de ces médicaments dans la vraie vie par rapport aux études « bien contrôlées ». Rajoutons à cela l’insulte d’une innocuité douteuse à long terme avec l’apparition de fractures atypiques, d’ulcérations de l’œsophage et de douleurs musculaires pour les bisphosphonates, l’augmentation des risques de cancer, etc.

Les auteurs terminent en citant une publication de 1991 qui conclut que, malgré les avancements de la science et le fardeau que représente les fractures de la hanche, la meilleure façon de les prévenir est encore de cesser de fumer, manger bien et rester actif.(8)

J’encourage tous les professionnels de la santé à lire la publication de Järvinen et collaborateurs.(1) Elle met réellement les pendules à l’heure.


Prévention des fractures

La première chose à faire est de sortir du langage émotionnel et de la peur. L’angoisse est encore pire, à bien des niveaux, que la prétendue maladie.

Ensuite, certains suppléments et habitudes de vie sont utiles pour prévenir les fractures :

Les articles suivants portent tous sur la santé osseuse et vous fournissent plus d’information pour conserver des os solides à tout âge :


Santé !

 

Références:

  1. 1. Järvinen TL, Michaëlsson K, Aspenberg P, Sievänen H. Osteoporosis: the emperor has no clothes. J Intern Med. 2015 Jun;277(6):662-73. doi: 10.1111/joim.12366. PubMed PMID: 25809279; PubMed Central PMCID: PMC4497616. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4497616/
  2. 2. Siris ES, Chen YT, Abbott TA, Barrett-Connor E, Miller PD, Wehren LE, Berger ML. Bone mineral density thresholds for pharmacological intervention to prevent fractures. Arch Intern Med. 2004 May 24;164(10):1108-12. PubMed PMID: 15159268. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15159268
  3. 3. Stone KL, Seeley DG, Lui LY, Cauley JA, Ensrud K, Browner WS, Nevitt MC, Cummings SR; Osteoporotic Fractures Research Group. BMD at multiple sites and risk of fracture of multiple types: long-term results from the Study of Osteoporotic Fractures. J Bone Miner Res. 2003 Nov;18(11):1947-54. PubMed PMID: 14606506. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/14606506/
  4. 4. De Laet CE, van Hout BA, Burger H, Hofman A, Pols HA. Bone density and risk of hip fracture in men and women: cross sectional analysis. BMJ. 1997 Jul 26;315(7102):221-5. Erratum in: BMJ 1997 Oct 11;315(7113):916. PubMed PMID: 9253270; PubMed Central PMCID: PMC2127146. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/9253270/
  5. 5. Kanis JA, Johnell O, Oden A, Jonsson B, De Laet C, Dawson A. Risk of hip fracture according to the World Health Organization criteria for osteopenia and osteoporosis. Bone. 2000 Nov;27(5):585-90. PubMed PMID: 11062343. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/11062343/
  6. 6. Wagner H, Melhus H, Gedeborg R, Pedersen NL, Michaëlsson K. Simply ask them about their balance–future fracture risk in a nationwide cohort study of twins. Am J Epidemiol. 2009 Jan 15;169(2):143-9. doi: 10.1093/aje/kwn379. PubMed PMID: 19064648; PubMed Central PMCID: PMC2727259. http://aje.oxfordjournals.org/content/169/2/143.long
  7. 7. Crilly RG, Kloseck M, Chesworth B, Mequanint S, Sadowski E, Gilliland J. Comparison of hip fracture and osteoporosis medication prescription rates across Canadian provinces. Osteoporos Int. 2014 Jan;25(1):205-10. doi: 10.1007/s00198-013-2453-z. PubMed PMID: 23907572. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23907572/
  8. 8. Law MR, Wald NJ, Meade TW. Strategies for prevention of osteoporosis and hip fracture. BMJ. 1991 Aug 24;303(6800):453-9. Review. PubMed PMID: 1912840; PubMed Central PMCID: PMC1670562. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/pmid/1912840/
  9. 9. Stone KL, Seeley DG, Lui LY, Cauley JA, Ensrud K, Browner WS, Nevitt MC, Cummings SR; Osteoporotic Fractures Research Group. BMD at multiple sites and risk of fracture of multiple types: long-term results from the Study of Osteoporotic Fractures. J Bone Miner Res. 2003 Nov;18(11):1947-54. PubMed PMID: 14606506. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/14606506/
  10. 10. http://www.greenmedinfo.com/blog/why-most-doctors-are-dead-wrong-about-osteoporosis

Copyright de l'image: stokpic/pixabay/CC0

La dernière fois mis à jour le 22.08.2017.

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