Épidémie de fièvre jaune en Angola : une menace grave mais limitée !

05.06.2016
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La présente épidémie de fièvre jaune qui sévit en Angola interpelle la communauté internationale en générale, en particulier l’organisation mondiale de la santé. C'est un autre défi sanitaire menaçant en même temps que la maladie à virus Zika, elle déclarée urgence de santé publique de portée internationale le 1er février 2016, et après la fin timide de l’épidémie de la maladie à virus Ebola.

La flambée urbaine de la fièvre jaune en Angola et en République Démocratique du Congo ( RDC) est grave et préoccupante à tel point que la Directrice Générale de l'Organisation Mondiale de la Santé ( OMS), Dr Margaret Chan, a convoqué un Comité d'Urgence du Règlement Sanitaire International (RSI) le 19 mai 2016.

Le RSI, piloté par le Département Capacités Mondiales, alerte et action ( GCR), outil juridique contraignant de gouvernance internationale de la santé, a pour objet de prévenir la propagation internationale des maladies et de toutes autres urgences sanitaires de portée internationale ( agents chimiques, produits radioactifs, contamination des aliments et des eaux) , à s'en protéger, à la maîtriser et à y réagir par une action de santé publique proportionnée et limitée aux risques qu'elle présente pour la santé publique , en évitant de créer des entraves inutiles au trafic et au commerce internationaux. 

La conclusion du comité d'urgence qualifie l'épidémie de la fièvre jaune d'un événement de santé publique grave qui requiert une intensification des mesures de riposte dans les deux pays et le renforcement du soutien international. 

La fièvre jaune est endémique en Angola

La dernière épidémie de fièvre jaune en Angola remonte à 1988 avec 34 cas déclarés dont 14 décès. L’épidémie actuelle de la fièvre jaune en Afrique démarrée en décembre 2015,  est en lien avec le développement galopant des villes angolaises notamment Luanda, et le relâchement dans la vaccination de routine.  Plusieurs districts sanitaires en Angola sont atteints. L’épidémie s’est propagée en République démocratique du Congo (RDC), et des cas importés ont été détectés en Chine et au Kenya.

Rappel épidémiologique

Le virus amaril a pour réservoir le couple singe – moustiques aèdes. Ce couple vit en zone forestière d’Afrique intertropicale et en Amérique du Sud. Hormis ces zones, nulle part sur la planète ne circule le virus amaril entre singe et aèdes[1].  Les cas de fièvre jaune détectés hors de ces zones ne sont que des cas importés.

En Afrique intertropicale, il n’y a pas habituellement de circulation du virus amaril dans les villes. Le virus est introduit en milieu urbain par des sujets infectés. Avec l’urbanisation galopante, anarchique, à l’insalubrité déconcertante, au développement des dépotoirs d’ordures et des entrepôts commerciaux en plein air, le vecteur du virus amaril, l’Aedes aegypti prolifère en présence de gites larvaires particuliers notamment de l’eau non polluée ( de pluies) stagnant dans les vieux pneus, les boites de conserves, de récipients divers recueillant de l’eau ( de pluies), des récipients de maison servant au stockage de l’eau d’alimentation. 

L’entrée d’un sujet infecté (en zone forestière) dans la  ville annonce le départ d’une épidémie pour une population non immunisée. Un moustique Aedes peut piquer ce sujet porteur du virus amaril et transmettre ce dernier à un autre individu sain. Si ce sujet sain n’est pas immunisé alors il développera la fièvre jaune et alimentera la chaine de transmission de la maladie par les vecteurs Aedes.

L’épidémie actuelle de fièvre jaune est bien survenue par ce mécanisme épidémiologique. La mauvaise couverture vaccinale contre le virus amaril en Angola et en RDC explique mieux la propagtion de l'épidémie de fièvre jaune.

Pas d'urgence de santé publique de portée internationale ( USPPI) !

Contre toute attente, et prenant le contre-pied des Organisations non gouvernementales (ONG) dont Médecins Sans Frontière ( MSF) qui sont guidées par l'urgence,  le Comité d'Urgence sur la fièvre jaune n'a pas qualifié d'USPPI l'épidémie actuelle de fièvre jaune.

Les raisons tiennent certainement au fait qu'on dispose d'un vaccin extraordinaire contre le virus amaril, et que l'ère épidémiologique est déjà bien cartogaphiée. Qu'à cela ne tienne, le risque de propagation demeure à l'échelle du continent africain et accidentellement ( par cas importé) en Amérique du Sud, où vit le vecteur Aedes aegypti, car la couverture vaccinale antiamarile n'est pas rassurante et des tensions d'approvisionnements de vaccin antiamaril sont déjà posées.

 Dans le souci d'éviter des entraves inutiles au trafic et au commerce internationaux, la position (transitoire) de l'OMS peut être comprise. Des mesures idoines de riposte peuvent aider à contrôler vite l'épidémie. 

La riposte pour le contre de l’infection

La réponse immédiate recommandée par l’OMS est une campagne de vaccination massive en stratégie avancée des populations contre cet arbovirus virulent. Le vaccin antiamaril, le plus extraordinaire des vaccins, protège en une seule injection l’individu tout la vie contre la fièvre jaune. A ce jour  11 millions de doses de vaccins ont été acheminés en Angola depuis février 2016,  et 2 millions de dose en RDC. Environ 6 millions de personnes ont été vaccinées contre la fièvre jaune. Les campagnes de vaccination ciblent les provinces où des cas de transmissions sont confirmés et l’objectif est d'atteindre plus de 80 de couverture vaccinale dans tout district éligible à la campagne vaccinale.

L’OMS et ses partenaires travaillent d’arrache-pied avec le ministère de la santé angolaise et congolaise pour le contrôle de l’épidémie. A coté de la vaccination massive, l’OMS AFRO, travaille :

Aussi, l’OMS et les deux pays affectés travaillent pour éviter l’expansion de l’épidémie aux pays limitrophes dont la Namibie et la Zambie par la surveillance épidémiologique aux frontières.

Afin de sécuriser les voyages internationaux, l’OMS rappel le renforcement de la vaccination auprès de voyageurs et la tenue de preuve de l’effectivité de l’immunisation par la présentation de carnet de vaccination.

Le règlement sanitaire international modifié pour la validité du vaccin antiamaril [2]

Dès le 11 juillet 2016, une modification du RSI relative à la validité du certificat international de vaccination contre la fièvre jaune entrera en vigueur : elle stipule que désormais que l’efficacité du vaccin antiamaril est à vie et qu’aucune personne immunisée contre la fièvre jaune depuis plus de 10 ans ne soit soumise à des restrictions de voyages internationaux.

A propos des transits de moins de 12 heures dans les aéroports, un comité d’expert OMS[3] avait estimé en janvier 2010 l’absence quasi-totale de risque sanitaire émanant d’une personne n’ont immunisée. Cet avis n’est pas un doit de fait pour tout voyageur en transit dans tout pays.

La gouvernance santé en Afrique, un engagement en entente

L'épidémie de fièvre jaune revèle combien il manque de serieux dans la gouvernance santé en Afrique notamment en Angola et en RDC. En principe aucun état soucieux de la santé de ses populations ne devrait lésiner avec les moyens contre les maladies infectieuses pour lesquelles on dispose de vaccin efficace. Et ce n'est pas l'Angola et la RDC, des pays immensément riches qui manqueraient de moyens pour octroyer une dose de vaccin antiamaril à tout nourrisson, enfant ! La fièvre jaune se propage parce qu'il y a eu un relachement dans la vaccination de routine. 

Dr KONATE Boureima

PharmD, MPHst

 

Copyright de l'image: Joe Thomissen, flickr, CC BY-SA

La dernière fois mis à jour le 14.06.2016.

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