VIH: des réservoirs et des contrôleurs

31.01.2016
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La recherche continue pour briser les secrets du VIH. Les réservoirs du VIH restant encore inaccessibles aux antirétroviraux, leur identification ainsi que les mécanismes cellulaires engagés apporteront des pistes précieuses pour d’éventuelles approches pharmacologiques.

Dans cette lancée, l’unité 1184 Inserm - centre de recherche en immunologie des infections virales et des maladies auto-immunes vient de découvrir que le tissu adipeux est un nouvel réservoir VIH ; pendant que l’Institut Pasteur nous présente une fille séropositive en rémission prolongée depuis 12 ans.

Comment le tissu adipeux réserve-t-il le VIH ?

Il s’agit-là d’une belle découverte de l’équipe de l’immunologue Lambotte. Il y a quelques années, a suspecté une telle possibilité de par le cerveau, le cerveau, la muqueuse intestinale et les organes génitaux déjà connus réservoirs du VIH.  En 2012, après des études approfondies, ces chercheurs ont mis en évidence le Virus de l’Immunodéficience du Singe (VIS) dans le tissu adipeux des singes infectés.  A côté des adipocytes, des cellules immunitaires sont infiltrées dans le tissu adipeux, parmi elles, des lymphocytes T CD4 infectés par le VIS.

La connaissance de cette donne a conduit les chercheurs à entamer des études similaires chez les séropositifs. Dans le tissu adipeux, très facile à prélever, ils sont parvenus à mettre en évidence des LTCD4 infectés. Par ailleurs, ces chercheurs ont fait la prouesse de réactiver le VIH in vitro.

Si les antirétroviraux actuels ne parviennent pas au tissu adipeux comme les autres réservoirs, il est bien connu que la mise en réservoir du VIH advienne plutôt au cours de l’infection. Toute chose confortant la recommandation de l’Organisation Mondiale de la Santé en faveur d’un démarrage plus précoce de la trithérapie antirétroviral.

Les contrôleurs du VIH, des cohortes pour en savoir davantage

L’actualité fait écho des cas d’insolites de l’infection à VIH. La dernière en date, cette jeune fille séropositive de 18 ans, née d’une mère séropositive chez qui la PTME a été un échec reste assez spectaculaire. Dès la 6ème semaine après sa venue au monde, sa séropositivité est révélée, avec une forte charge virale. Elle est alors mise sous une trithérapie et suivie pendant 6 ans dans un service hospitalier.

Exaspérée sans doute, sa famille la soustrait de cette thérapie pendant un an. Soumis à un contrôle après une année sans ARV, sa charge virale se révèle toujours contrôlé et les LTCD4 aussi stables. Les médecins décident alors de la surveillée sans traitement. Depuis, 12 ans se sont écoulées, et la jeune fille aujourd’hui âgée de 18 ans contrôle toujours son VIH avec une charge virale inférieure à 400 copies/Ml. Ce cas clinique fut présenté le 25 juillet 2015 lors de la 8ème conférence de la société internationale sur le sida par Asier Saez-Virion, de l’Unité HIV de l’Institut Pasteur.

Les contrôleurs du VIH sont de deux types : les contrôleurs naturels sont ceux qui n’ont jamais pris d’ARV qui contrôle le virus depuis plus de 10 ans ; et les patients en rémission prolongée sont les séropositifs qui ont reçu plus tôt des ARV et qui l’ont interrompu pour diverses raisons et qui contrôlent encore leur infection. Le point commun entre ces deux catégories de contrôleurs du VIH est qu’ils ont tous un réservoir très limité du virus.

C’est des réservoirs où le virus reste dormant sous forme d’ADN viral et alors inaccessible aux ARV, qui n’agissent que sur le cycle de réplication virale (par inhibition du corécepteur CCR5, de la fusion, de la transcriptase inverse, de l’intégrase et de la protéase), que la réplication virale se réactive chez les patients ayant interrompu le traitement.

Une particularité mise en évidence chez la jeune fille de 18 ans est le mécanisme par lequel son système immunitaire réagit pour contrôle le VIH : son immunité adaptative médiée le système HLA (Human Leukocyte antigens) ne semble pas assez efficace quant à la présentation du VIH par les CPA (cellules présentatrices d’antigènes) et afin qu’il soit détruit. Il a par contre été remarqué que c’est son immunité innée médiée les cellules NK (Natural Killer) qui s’attaquent au mieux aux virus circulant et les détruits.

La cohorte ARNS CODEX suit environ 272 sur un total d’environ 500 contrôleurs en France. Les lymphocytes T CD8 des contrôleurs naturels auraient cette particularité de pouvoir lyser facilement les LTCD4 infectés. Quant à La cohorte Visconti, elle suit 21 patients en rémission prolongée.

Le traitement du VIH reste à vie. Aucune recommandation en termes d’interruption temporaire n’est jusque-là émise. Les cas des contrôleurs du virus sont exceptionnels, et ses interruptions de thérapie se font dans le contexte strict d’étude clinique. Cette exigence tient au fait qu’il aujourd’hui impossible de savoir à l’avance qui pourra contrôler ou non son infection.  La caractérisation biologique de ces patients dans un avenir tenant au temps du scientifique permettra d’identifier des marqueurs de contrôle !

Dr KONATE Boureima

PharmD, MPHst.

Source :

1) Science & Vie, N°28, p4-5, novembre- décembre 2015.

2)A. Damouche et al. Plos pathogens, 24 septembre 2015 ; 11 (9) : e1005153 doi: 10.1371/journal.ppat.1005153

3) P. Frange et al. 8th IAS Conference on HI Pathogenesis, Treatment and Prevention, Vancouver 2015

Copyright de l'image: Sham Hardy, flickr CC BY-SA

La dernière fois mis à jour le 05.02.2016.

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