Environnement, santé et société : un tandem pour le meilleur et le pire

20.01.2016
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L’Ecologie, cadre de vie, peut être un facteur de risque pour la santé des populations. La société avec ses croyances, traditions et habitudes peut constituer aussi un obstacle au bien-être des individus, et à la promotion de la santé. Les environnements écologique et social sont des socles indispensables à ménager pour améliorer l’état de santé des populations.

Et, La santé, bien entendue, reste un prérequis à la productivité de l’individu, donc au développement socio-économique.

Pour mieux situer les interactions entre environnement, santé et société, un ouvrage vient de paraître, et intitulé « Santé et sociétés en Afrique de l’Ouest ».  C’est Le fruit des travaux d’un groupe pluridisciplinaire de chercheurs franco-africains et dirigé par l’anthropologue Gilles Boëtsch, Directeur de recherche au Centre National de Recherche Scientifique de France (CNRS). Dans une interview parue dans les colonnes du Magazine Science & Santé, N°28, le Professeur Gilles Boëtsch dévoile succinctement le contenu original de ce livre.

L’approche anthropologique, environnementale et sociale de la santé

Ce concept dans les interventions en santé en général, et en santé communautaire en particulier n’est pas étranger dans les pays du Nord. En Afrique subsaharien, la nécessité de la prise en compte de ces contextes est une urgence tant la dégradation de l’environnement (avancée du désert ; sécheresse ; inondations ; pollutions atmosphérique, souterraine, aquatique, haute des températures avec des impacts certains sur la santé des populations), le conservatisme culturel et religieux, l’ignorance, l’analphabétisme, le changement des modes de vie s’affiche en défaveur d’une approche intégrée de la santé. L’épidémie de la maladie à virus Ebola apparue en Afrique de l’Ouest en fin 2013, concentre en elle seule des problématiques écologiques, anthropologiques, et médicales (lien Ebola : les leçons à tirer).

L’approche purement médicale et sanitaire dans les interventions en santé reste échoue toujours. L’intervention des anthropologues a été décisif dans le contrôle de la maladie à virus Ebola : les populations ont fini par comprendre et accepter les enterrements sécurisés contre les rituels funéraires, s’interdire les viandes sauvages, limiter les contacts physique lors de salutations…  Pour dire que les sciences humaines servent de beaucoup les sciences en santé.

Les enjeux sanitaires dans leur complexité dans les sociétés ouest africaines

L’ouvrage, comme annoncé par Gilles Boëtsch, s’efforce de présenter les enjeux sanitaires dans leur complexité au sein des sociétés de l’Afrique occidentale. C’est notamment les maladies transmissibles, les pollutions, les maladies chroniques non transmissibles, les mutations alimentaires, les conduites sexuelles, les représentations du corps et des maladies… Il souligne par ailleurs que la prise en charge des personnes âgées reste un problème de santé publique en devenir sur le continent Afrique.

Sur ce dernier point, force est de constater l’avènement d’un choc social : les sociétés africaines ont un fort attachement aux personnes âgées. Dans les zones rurales, la problématique de la prise en charge des personnes du troisième âge n’est pas encore perceptible. A contrario, dans les populations urbaines la gêne commence à s’installer. Comment porter toute l’attention sur ses géniteurs de 3ème âge quand les occupations professionnelles indisposent, quand le logement par la flambée du bail de location impose l’exiguïté et la promiscuité ? Les hospices, comment les accepter comme une solution de la société moderne qu’un débarras de ses géniteurs vu par la société traditionnelle ? Quel programme santé en la matière ?

Dans certaines sociétés africaines, l’embonpoint chez les hommes est vu comme signe de bien-être ; et l’obésité chez la jeune femme est un caractère de beauté (ex. le gavage des jeunes filles en Mauritanie). Sous cet angle, l’obésité, un facteur de risque sanitaire, devient une urgence sanitaire en Afrique occidentale.

La dépigmentation reste un fléau sanitaire. Dans certaines sociétés africaines, la femme claire a une dote plus élevée que celle au teint noir. La peau claire reste donc une perfection de beauté. Mais, c’est avec la modernisation des sociétés africaines, notamment les populations urbaines que la dépigmentation est devenu le parchemin de l’embellissement autant pour les jeunes femmes que les jeunes hommes.  Considérant les conséquences sanitaires de la dépigmentation, une réponse sanitaire s’impose.  

Les représentations du corps et des maladies dans des sociétés ouest africaines

Dans des sociétés africaines, la maladie est vue comme une malédiction des ancêtres, la conséquence d’une désobéissance ou d’une erreur commise dans les rites cultuels. Donc, la maladie a une origine métaphysique. Le remède ne pourrait être issu que des tradipraticiens non des remèdes du Blanc. Dans la récolte des matières premières des médicaments traditionnels, leur préparation et leur administration des invocations sont faites par le guérisseur. Toute chose qui affiche un traitement métaphysique de la maladie.

Le corps, le cadavre, bien enterré avec le respect strict des rites funéraires est considéré comme un esprit qui veillera sur la famille d’autant que le défunt est une personne âgée. Les cadavres qui n’ont pas reçu les bonnes pratiques funéraires représentent pour la famille un esprit maléfique, qui envoutera plus d’un.  Voilà pourquoi, en Guinée, Sierra Léone et au Libéria, certains cadavres des victimes d’Ebola ont été enlevés secrètement ou même violemment par la population afin d’accomplir les rites dont ils ont droit.

La promotion de la santé passera nécessairement par la compréhension préalable des traditions ensuite une éducation douce de manière à contourner les pratiques traditionnelles qui peuvent constituer des obstacles à la mise en œuvre et à l’atteinte des objectifs des programmes de santé.

Dr KONATE Boureima, Pharmacien

Copyright de l'image: South African Tourism, flickr CC-BY

La dernière fois mis à jour le 25.01.2016.

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