Méningites : les professionnels de santé burkinabè immunisés

22.12.2015
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Les méningites à méningocoques sont endémiques dans 26 pays subsahariens allant du Sénégal en Afrique de l'Ouest à l'Ethiopie en Afrique Orientale: c'est la "ceinture de la méningite". En 2015, des épidémies sont apparues au Ghana, Nigeria et au Niger. En prévision à ces récurrences, le ministère de la santé du Burkina Faso a offert des vaccins aux professionnels de santé.

La survenue de cas de méningites au Burkina Faso et dans la sous-région ouest africaine est toujours préoccupante d'autant qu'en 2015 au moins un district sanitaire au Burkina Faso avait atteint le seuil épidémique pendant que l'état épidémique était déclaré au Ghana, Nigeria et au Niger

La méningite à méningocoque, méningococie,  est une urgence médicale. En dépit d'un diagnostic précoce et d'une administration optimale des thérapeutiques, 5 à 10% des patients meurent dans les 24 à 48 heures après l'apparition des symptômes. La méningococie est une maladie à potentiel épidémie. 

Prévenir vaut mieux que guérir !

La note d'information et de sensibilisation  du Ministère de la santé vient en prélude à la saison à risque épidémique, la saison sèche, où l'harmattan, ce vent chaud et sec, balaie les pays saheliens, accroissant l'infestation et la  contamination par les méningoccoques et pneumoccoques par déssèchement des voies respiratoires et la dissémination des germes pathogènes. 

Le bulletin d'épidémiologie et d'information sanitaire du Burkina Faso fait état respectivement aux 1er  trimestres 2010 et 2012, de 3343 cas de méningites et 3632 cas; aux 2ème trimestres de 2010, 2012 et 2014, 2774 cas, 2357 cas, et 2700 cas. L'endémicité des méningites à méningocoque n'est point à remettre en cause au Burkina Faso. Les vagues marquantes d'épidémies à méningocoque sont celles de 1996, 2002 et 2003.

L'épidémie de 1996 a durement frappé les pays de la ceinture de la méningite avec 250 000 cas enregistrés dont 25 000 décès sans compter les invalidités et les coûts liés aux prises en charge médicale. 

En novembre 2015, le ministrère de la santé burkinabè a distribué des doses de vaccins tétravalants A, C, W135, Y aux agents de santé du secteur public et privé. L'Association Professionnelle des Pharmaciens du secteur privé ( APROPHARM) a reçu 3300 doses pour le secteur privé pharmaceutique, à savoir les officines pharmaceutiques, les grossistes -repartiteurs, les laboratoires d'analyses biomédicales etc. 

Les souches de Neisseria meningitidis en cause

Dans le monde, douze sérogroupes de méningocoques peuvent causer des méningites, et seulement 6 souches sont  impliquées dans des épidémies . Ce sont, le sérogroupe A, B, C,  W135, X et Y. On note un différentiel épidémiologique tant en la prévalence, l'incidence et la répartition géographique des sérogroupes. 

Avant 2010 et les campagnes de vaccination massive avec le MenAfriVac , ce  par la bénédiction de l'OMS, GAVI, du Fond Mondial, la Fondation Bill et Melinda Gates et bien d'autres partenaires et philanthropes , le méningocoque A était responsable de 70 à 85% des cas dans la ceinture méningitidique

Les épidémies de 2015 sont justiciables du sérogroupe C pour le Nigéria, le W135 et le pneumocoque pour le Niger.

Le Programme MenAfriVac, fruit d'une solidarité internationale sans précédent, reste une réussite  en intervention de santé globale. Les recommandations voudront que l'immunisation contre le sérogroupe A entre dans les programmes de vaccination de routine chez les nourrissons.  Mais, le MenAfriVac n'immunise que contre le méningocoque A et le tétanos ( conjugué à la toxine tétanique) , pendant que des épidémies avec les sérogroupes C et W135 font aussi des pertes en vies humaines. 

L'éminence des résurgences d'épidémie à méningocoque

En l'absence de vaccination de routine chez les nourrissons et les jeunes enfants avec le MenAfricVac , les experts prevoient une résurgence des épidémies au méningocoque A dans les quinze prochaines années. Dans la mesure où l'ALLIANCE GAVI s'engage à soutenir les gouvernements qui incluront le MenAfriVac dans leur programe élargi de vaccination, on peut s'attendre à une attenuation quasi-totale du risque d'occurrence d'épidémies à méningocoque A. Pour les autres sérogroupes à potentiel épidémique, la problématique reste posée. Y aura t-il une nouvelle solidarité internationale pour accroitre l'accès aux vaccins tétravalant A, C, W135, Y ? Les gouvernements africains auront-ils le minimum de décence pour faire valoir leur souverainété régalienne en matière de gouvernance santé ?

Le mieux est de prévenir plutôt que de riposter. Et, une étude pharmacoéconomique réalisée au Burkina Faso, et portant sur les coûts d'une campagne de vaccination de routine ( prévention) avec le MenAfriVac en comparaison avec ceux d'une stratégie de riposte à une épidémie de méningite A , crédite qu'un investissement d'un dollar US en prévention permet d'économiser 1,30 dollar US additionnel par rapport à une riposte.

En matière de santé, tout est question de gouvernance, de droit à la santé et d'honneur. Quel honneur aurions-nous à laisser passer des vies ? 

Dr KONATE Boureima, PharmD

Copyright de l'image: Neil Conway/flickr/CC BY

La dernière fois mis à jour le 28.12.2015.

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Médecine, Pharmaceutique
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