Ebola : les leçons à tirer

11.12.2015
Share article

La fièvre hémorragique Ebola, n’est pas nouvelle en soi, puisque depuis sa découverte en 1976 , 23 épidémies résurgentes sont apparues en Afrique. Ce qui parait surprenant, c’est la nouvelle aire de survenue de cette épidémie à savoir l’Afrique de l’Ouest ; et l’ampleur de sa propension. Qu’à cela ne tienne, il y a une faiblesse notoire dans la gouvernance globale de la santé.

Le Rapport N°11 de la GLOBAL REPONSE EBOLA en date du 25 novembre 2015, fait ressortir des points critiques, des pays déclarés exempts de la transmission de la Maladie à Virus Ebola (MVE) notent encore de nouveaux cas. Mais, la situation peut être considérée sous contrôle tant les plans de riposte restent bien coordonnés et sont encore sur le qui-vive. Mais la MVE a mis à rude épreuve la gouvernance de la santé à plus d’un  titre à toute les échelles nationale, regionale et mondiale. 

Ebola, une maladie émergeante, pas vraiment prise au sérieux !

Les chercheurs savaient déjà beaucoup de choses sur le virus Ebola,  la maladie à virus Ebola, son épidémiologie et sa symptomatologie. Mais d’après le Pr Christian Bréchot, Directeur Général de l’Institut Pasteur, il y a eu, somme toute,  une mauvaise analyse de l’épidémiologie de la MVE, un manque de travail sur certains sujets, et une difficulté à transmettre le savoir. En ce qui concerne l’épidémiologie de la MVE, si Ebola ne renvoyait ailleurs qu'à Afrique Centrale, il y avait des indices quant à l’existence de ce virus en Afrique de l’Ouest notamment en Côte d’ Ivoire. Et, our cause, deux articles datant de 1999 en ont fait le point :

(1)   Formenty et al. (1999) Ebola Virus Outbreak among Wild Chimpanzees Living in a Rain Forest of Côte d’Ivoire.

(2)   Formenty et al. (1999). Human Infection Due Ebola Virus, Subtype Côte d’Ivoire: Clinical and Biologic Presentation.

Toute chose devant conduire à une divulgation du risque potentiel et une surveillance épidémiologique surtout vétérinaire de cette fièvre hémorragique dans la sous-région ouest africaine, et partout dans le monde, d’autant que l’on savait déjà qu'il s'agissait d'une zoonose et que la transmission est exponentielle du fait qu’elle est liée aux comportements de la population : le contact et la transmission par les liquides biologiques (sang, sueur, salive, diarrhées, vomissements, le cadavre)

Ebola, la défaillance des systèmes de santé

Aux premières heures de l’épidémie, ce sont les personnels de santé qui ont payé les plus lourdes tribus avec plus de 400 décès dans les trois pays touchés.  Cela se comprend aisément dans la mesure où l’application des bonnes pratiques de soins n’est pas une précaution ni une sécurité vue par les soignants et  les pouvoirs publics. Dans les formations sanitaires en Afrique subsaharienne, les soignants inspectent les patients sans aucune protection, mains nues, sans gans ni masque… Voilà des précautions de base qui non observées, accroissent la contamination des personnels de santé par le virus Ebola. Gans et masques, de simples consommables médicaux, manquent dans les formations sanitaires. De fait, il est donc facile d’imaginer l’état de ces formations sanitaires et tout le système de soins et de santé.

Aussi, le ratio nombre de professionnels de santé par habitants sont très en deçà des normes OMS : en guinée il y a seulement 1000 médecins pour 11 millions d’habitant, avec une concentration de ceux-ci dans la capitale ;  au Liberia et en Sierra Léone c’est respectivement 130 et 90 médecins en tout par pays. Ces trois systèmes de santé contrastent de beaucoup avec celui du Nigeria qui a su circonscrire au plus vite ces cas d’Ebola et s'en est débarrassé dès octobre 2014.

Dans la plupart des pays subsahariens, les budgets alloués à la santé restent très dérisoires. Les pouvoirs publics n’ont pas encore compris que « La santé est un prérequis au développement économique, un aboutissement et un indicateur d’une société pleinement engagée dans le développement durable - » Pr Michel Kazatchkine, envoyé spécial des Nations Unies pour le SIDA en Europe Orientale et Asie Centrale, Senior Fellow Programme Santé Globale (IHEID). Il dira par ailleurs que «  c’est aux états qu’incombe la responsabilité de prendre en charge les victimes, de construire la réponse, d’anticiper et de réduire l’impact d’une crise sanitaire ».  A ce niveau, il est fort remarquable qu’il y a eu un défaut de gouvernance nationale de la santé dans les trois pays durement frappés par Ebola. N'eût été les organisations non gouvernementales (ONG) dont Médecins Sans Frontières (MSF), déterminée par l'urgence d'après Pr Bernard Kouchner, cofondateur de MSF et de Médecin du Monde (MDM), l'épidémie d'Ebola aurait plus durement frappé dans les premiers mois. MSF  a su non seulement  alerté au plus vite l’existence de l’épidémie mais aussi apporter promptement les secours nécessaires pour sauver des vies. Où était l’organisation Ouest Africaine de la Santé ? , l'OMS ?

Les coutumes, meurs, habitudes et l’éducation pour la santé

Ebola a montré que sans une implication efficace des communautés,  la réponse aux épidémies intimement liées aux comportements de la population resteront vaine. Les premiers cas d’Ebola sont apparus dans une famille où un guérisseur , à la demande de la famille, était passé jeter le mauvais sort sur les coupables d’un vol. Il était donc difficile pour cette famille de croire que les nombreux décès survenus en son sein soient dus à Ebola. Par ailleurs le lavage des corps est un rituel des traditions africaines, et comment amener ces populations à l’éviter dans cette situation d’épidémie Ebola ? D’après Dr Sylvie Briand, Directrice du département Epidémies et Pandémie de l’OMS, la mobilisation sociale et l’engagement des communautés est une stratégie salvatrice  pour éviter le déni, les rumeurs et la stigmatisation. En l’occurrence, l’apport des anthropologues a été  d’une importance capitale. D’après  Dr Alain Epelboin, Médecin anthropologue, CNRS-MNHN Paris, l’anthropologie appliquée va  " utiliser les codes locaux de salutations , mobiliser des personnalités et des populations pertinentes afin de contourner les interdits"  faisant le lit de la propagation de certaines maladies.

La résistance de la population aux mesures de prévention a été parfois violente, et d’après le Pr Babacar Ndoye, Expert- Consultant pour l’OMS, environ 7 professionnels de santé ont été tués par les parents des patients. A ceci s’ajoute, le vol des cadavres dans les formations sanitaires par les parents des patients en vue faire les obligations rituelles qu’ils doivent à leurs defunts.

L’éducation pour la santé est une bonne stratégie et un  investissement fort utile. Elle permet de montrer les risques sanitaires liés à certains comportements, rituels et habitudes, et leurs délaissements en cas de problème de santé à potentiel épidémique.

Le Règlement sanitaire international, pas vraiment au rendez-vous

D’après le Pr Michel Kazatchkine La réponse internationale a été trop fragmentée et trop tardive. L’Organisation mondiale de la santé n’a reconnu l’urgence de l’épidémie que 3 mois après le diagnostic, et n’a exécuté son plan de riposte que 5 mois plus tard. Pour le Pr Xavier de Lamballerie, Emergence des Pathologies Virale – Aix Marseille université,  le manque de réactivité de l’OMS est intrinsèquement lié aux phénomènes d’émergence qu’il soit très difficile de gérer les aspects de santé publiques qui y sont rattachés. Pour lui, " dans les maladies émergentes, les victimes sont les acteurs de l’épidémie, et on ne peut pas faire des prédictions".

La gouvernance mondiale de la santé, devant appartenir à l’OMS, ne l’est vraiment pas, de l’avis du Pr Michel Kazatchkine. Il fait remarquer qu’il y a une sorte de dualité dans cette gouvernance, où à Genève se prennent les décisions scientifiques, à New York les décisions politiques. Toute chose ralentissant la mise en place des plans de riposte.

L’autre phénomène constaté au cours de cette épidémie d'Ebola, est cette sorte de conférence de Yalta dans la conduite des aides humanitaires : la France dépêchant son aide pour son ancienne colonie la Guinée, l’Angleterre pour la Sierra Léone et les Etats Unies d’Amériques pour le Liberia. Dans un tel contexte, il est diplomatiquement difficile pour les états épidémiques de recevoir promptement des aides d’autres pays comme la Chine, Cuba etc.

Encore de nouveaux cas

D’après le rapport n°11 de GLOBAL EBOLA RESPONSE, des cas résiduels d’Ebola existent encore :

Bien d’autres leçons sont à tirer d’Ebola :

Les pathologies infectieuses sont toujours un problème de santé à l’échelle internationale. Le monde a connu au début de ce 21ème siècle, la grippe aviaire, le SRAS, la pandémie grippale, le MERS coronavirus… C’est pourquoi, la lutte contre les pathologies infectieuses n’est possible d’après Dr Daniel Lavanchy, consultant indépendant, ex-coordinateur des maladies virales à l'OMS, que dans une collaboration intense internationale entre le service publique et les intervenants privés ; une coordination intense entre les chercheurs, les soignants, les malades, les populations locales et les décideurs.

Les réponses aux problèmes de santé doivent toujours être d’ordre multisectoriel et multidisciplinaire dans une démarche transdisciplinaire. 

Dr KONATE Boureima, PharmD

Copyright de l'image: Michael Coghlan, flickr CC BY-SA

La dernière fois mis à jour le 16.12.2015.

7 note(s) (4.86 ø)
629 Consultations
Médecine, Pharmaceutique
La longitud máxima de un comentario es 1000 caracteres.
Le nombre maximum de caractères pour un pseudonyme est 30.
Veuillez remplir les champs suivants.
Please insert a valid comment!
Click here and become a medical blogger!
Dans le cadre de mon Mémoire de Master en Santé (Publique) Internationale de l'Université Senghor d'Alexandrie, je plus...
L’exploitation optimale de cette plante médicinale et alimentaire, qualifiée « d’Or vert », pourrait plus...
L'article est paru le 04 août 2016 dans la revue PLOS Pathogens, et avec comme premier auteur, Hien Domonbabele, un plus...

Disclaimer

PR-blogs on DocCheck are sponsored blogs which are published on DocCheck by commercial providers additionally to regular userblogs. They may contain promotional statements. DocCheck is not responsible for this content.

Langue:
Suivre DocCheck: