Antivenin FAV Afrique: entre concurrence des industries et l'inconsistance de la santé internationale

16.10.2015
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Au plus tard, mi 2016, l'Anti-Vénin FAV Afrique quittera de lui-même le marché des médicaments. Le laboratoire fabricant a décidé depuis 2010 l'arrêt de la production de ce sérum, certes salvateur, mais certainement inaccessible financièrement à ceux pour qui il est destiné: les populations subsahariennes.

Début septembre 2015, des institution de santé internationale (OMS) et des organismes humanitaires (Médecin sans frontière) s'inquiètent de l'arrêt éminent de la mise sur le marché de l'Anti-Vénin FAV Afrique. Ce serum sauverait des dizaines de millions de personnes annuellement des morsures mortelles d'une dizaine serpents vénimeux de la faune africaine. 

Epidémiologie 

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 5 millions de personnes sont mordues par des serpents vénimeux avec 100 milles décès par an. En Afrique, la prévalence des empoisonnements par morsures de serpent est d'environ 100 pour 100 milles avec une mortalité de 10 à 12% en l'absence de traitement.  

L'inconsistance de la santé internationale

L'OMS, elle même, avait fait le constat de l'entrée sur le marché africain des immunoglobulines antivenimeuses de serpents inadaptées pour le contexte étiologique africain, de sérums non- préqualifiés, de sérums de contrefaçon etc. Qu'a t-elle dit aux gourvernements africains ? Quelles ont été les réactions de ces derniers ? La même institution, OMS, n'ayant pas de programme officiel de lutte contre les morsures de serpents, fait par richocet de ces cas d'urgences médicales, les morsures de serpents, des maladies négligées. Et les pouvoirs publics africains n'en demandent pas mieux que ça, eux qui se soucient peu de la santé de leurs populations. Les états africains sont dans un tel laxisme qu'ils ne peuvent élaborer et financer par eux-même des programmes de santé publique spécifique à leur pays.

L'incohérence des politiques pharmaceutiques nationales et internationales 

Le FAV Afrique coûte 100 Euros la dose.  Un coût inaccessible pour l'écrasante majorité de la population subsaharienne exposée aux morsures de serpents. C'est dans les campagnes où se concentre la pauvrété et la plus forte prévalence des cas de morsures de serpents que se trouve le marché des anti-venins de serpent. La stratégie commerciale du FAV Afrique a t-elle a été bien pensée ? Si l'on n'est pas dans une surenchère , si les concurrents du FAV Afrique n'étaient pas de si mauvaise qualité, pourquoi les pouvoirs publics et leurs partenaires n'auraient pas subventionné le prix du FAV Afrique ? Si les institutions de santé internationale se faisaient autant de soucis pour les morsures des serpents, à défaut de faire plier le prix du FAV Afrique, elles auraient ouvert la préqualification d'autres laboratoires producteurs de sérums anti-vénins adéquats et moins coûteux pour les populations Africaines. Dans tous les cas, il est impossible qu'un produit de santé puisse rester accessible et permanenment disponible  avec un seul fournisseur international. La diversification des fournisseurs est une logique sécuritaire et une stratégie commerciale pour plus d'accessibilité. 

La part des responsabilités 

A défaut de pouvoir se faire soigner avec un médicament efficace et onéreux, le recours aux concurrents du FAV Afrique, peut être moins efficace et certainement plus abordables financièrement,  ne laisse de choix aux populations subsahariennes! N'oublions pas que la médecine traditionnelle reste la première dans l'offre des soins de santé en Afrique ( plus 80% de la population africaine en a recours systématiquement). En réalité, ce sont les gouvernements africains qui ont opté pour le choix des concurrents du FAV Afrique, et ce avec juste raison: la surenchère de certains laboratoires internationaux ! Dans ce feuilleton d'alimentation crescendo de la peur avec  la rupture des stocks du FAV Afrique, les responsabilités sont partagées entre les décideurs de la santé internationale ( OMS), les bailleurs de fonds, les gouvernements et les firmes pharmaceutiques. 

Externaliser la fabrication ou vendre la licence

Le FAV Afrique pourrait être produit sous licence ou verra son brevet céder à une autre société dans l'optique certainement de baisser les coûts de production et partant du prix public du sérum. Cette piste serait en étude avec des firmes pharmaceutiques.

Dr KONATE Boureima

Pharmacien

 

Copyright de l'image: LongitudeLatitude/flickr/ CC BY

La dernière fois mis à jour le 29.10.2015.

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