Vaccins et Scepticisme

31.08.2015
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La vaccination parce qu’elle vous protège et vous empêche de transmettre l’infection à votre prochain, reste un acte hautement altruiste. Certes, elle n’est pas sans effets secondaires, mais ceux-ci restent en générale bénins. Nonobstant, les tollés à propos des vaccins ne cessent depuis les années 50 avec le développement des vaccins contre la poliomyélite.

Les cas sporadiques qui suscitent la controverse, le dénigrement et le refus des vaccins se multiplient. Quelles en sont les raisons ?

Les vaccins sont des médicaments particuliers qui sauvent 2 à 3 millions de personnes par an à travers le monde selon l’OMS. En dépit de ces avantages certes salvateurs, les vaccins inquiètent plus d’un et la paranoïa est à son paroxysme en Europe, particulièrement en France. Parce que les polémiques sur les effets indésirables des vaccins sont légions, les populations et certaines autorités de réglementation pharmaceutique les boudent. Selon le Magazine Science et Santé de l’Institut Nationale de la Santé et de la Recherche Médicale(INSERM), près de 40% des français se sont détournés des vaccins la dernière décennie.

Pour le cas spécifique des populations du Nord du Nigeria qui ont refusé et peut être encore la vaccination contre la poliomyélite et bien d'autres vaccins, la cause est profondément culturelle et réligieuse: l'idée même d'injecter un germe étranger dans un corps saint, l'infodémie selon laquelle les vaccins sont des germes pathogènes sciemment préparés par l'Occident pour transmettre des maladies aux africains et augmenter par la même la consommation des médicaments fabriqués en réponse ; les vaccins servent à détruire la fertilité des africains...

Quelques faits marquants

La récente polémique en date est celle des vaccins contre le rotavirus, virus responsables de gastro-entérites chez les nourrissons. En cause, les vaccins anti-rotavirus seraient à l’origine du décès de deux enfants français des suites d’une invagination intestinale imputée aux vaccins RotaTecq® et Rotarix®. Le Haut Conseil de Santé Publique(HCSP) français a pris la décision d’arrêter le programme de vaccination généralisée des nourrissons contre le rotavirus. Cet avis n’est pas du tout partagé par le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) belge, qui recommande encore ces vaccins pour l’immunisation des enfants. Mais la position du CSS est d’ailleurs nuancée par le Centre Belge d’Information Pharmacothérapeutique (CBIP) qui pense que le rapport coût/bénéfice des vaccins anti-rotavirus bien que positif présente un rapport coût/bénéfice moins favorable dans leur pays et donc la généralisation des vaccins anti-rotavirus reste moins essentielle.

Les vaccins contre le cancer du col de l’utérus (due à 70% aux Papilloma Virus Humain, PVH) sont aussi pris sous les feux des critiques. Ces vaccins mis sur le marché en 2006 et 2007 ont suscité trop de controverses notamment à propos de leur prix exorbitant, leur efficacité vaccinale et leur intérêt de santé publique; et tout ceci couronné par leur mise en accusation dans des cas de Sclérose En Plaque (SEP). De récentes études confirment l’efficacité des vaccins anti-PVH avec une réduction de plus de 80% de légions précancéreuses de haut grade. Aussi, aucune étude n’a pu établir un lien de cause à effet entre la SEP et les Vaccins anti-PVH. 

Le vaccin contre l’hépatite virale B (VHB) est aussi accusé d’être à l’origine de sclérose en plaque. Cette longue polémique démarrée depuis 1993 n’a pas encore eu de raison valable, car toutes les investigations entreprises jusque là n’ont pu établir un rapport de causalité du vaccin dans l’occurrence des cas sclérose en plaque. Nonobstant, cette controverse a laissé une tache indélébile dans la mémoire collective des français, le ministre de la santé d’alors, Bernard Kouchner, contre l’avis des experts, avait restreint ce vaccin aux nourrissons en 1998, interdisant l’accès aux écoliers.

Le vaccin ROR (Rougeole -Oreillons-Rubéole) est indexé dans l’occurrence d’autisme régressif au Royaume Unis et aux Etats Unis d’Amérique. En 1998 cette polémique était alimentée par une étude aux résultats frauduleux et publiés par la revue The Lancet qui établissait une corrélation entre le vaccin ROR et des cas d'autisme regressif et de troubles gastro-intestinaux. La publication n’a été retirée qu’en 2010.

Le vaccin antigrippal A/ H1N1 lors de la pandémique de 2009- 2010. Les prévisions alarmistes qui se sont avérées faibles,  conjuguées à l’achat massif des vaccins ont suscité des doutes au sein de la population mondiale, en particulier en France. L’efficacité vaccinale escomptée  reste bonne d’après plusieurs études. Mais les sceptiques ont mis le doigt sur la survenue de narcolepsie associée ou non à une catalepsie en lien avec le vaccin antigrippal A/H1N1.Ces effets indésirables se sont révélés dès 2010 dans plusieurs pays. Les résultats des études conduits à cet effet n’ont identifié que 60 cas de narcolepsie chez 6 millions de vaccinés en France. 

La couverture vaccinale lors de la pandémie A/H1N1 est disparate et montre le dégré de scepticisme d'un pays à l'autre. La couverture du vaccin A/H1N1 était de 8% en France contre  55% au Québec, 65% en Suède et  85% en Hollande. Ici l’adjuvant du vaccin antigrippal, la squalène, est l'objet de la méfiance. 

L'aluminium contenu dans une trentaine de vaccins sucite de vives réactions depuis 1993 , l'année où les Professeurs Romain Gherardi et Patrick Chérin ont mis en évidence des dépôts d'aluminium dans des biopsies du muscle deltoîde de patients immunisés avec des vaccins contenant sels d'aluminium. L'aluminium est un adjuvant inclus dans les vaccins afin d'augmenter leur immunogénicité, donc leur efficacité vaccinale. En 2004, l'OMS soucieuse des effets indésirables des sels aluminim adjuvants des vaccins , avait fixé la dose maximale de 1.25mg par dose de vaccin. L'aluminium contenu dans les vaccins dont ceux contre le Hépatite Virale B est suspecté d'être à l'origine de la Myofasciite à Macrophage (MFM). En France plus de 640 personnes à dominance féminine accusent l'adjuvant du vaccin VHB , l'aluminium, d'être la cause directe de leur mal.

Le 11 janvier 2013, le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) français donna sa position sur cette affaire en concluant que la litterature scientifique ne permet pas de faire le lien entre la myofasciite à macrophage (MFM) et des manifestations systémiques.

Par ailleurs , de jeunes femmes ayant reçues  courant 2014-2015 des doses des vaccins PVH consultent l'Institut Mondor de Recherche Biomédicale pour des troubles neurologiques pouvant être associés aux sels d'aluminium contenus de ces vaccins. 

Les vaccins sont des médicaments qui beneficient d'un suivi miticuleux tant en production industrielle ( d'une durée 6 mois à 2 ans, dont 70% de ce temps est consacré aux contrôles en cours de production) qu'au cours de la commercialisation (mise en place d'un Plan de Gestion de Risque). 

Mais le scepticisme des populations et de certains experts à propos des vaccins tient de la mauvaise gestion de l'information sanitaire autour des vaccins, des umeurs et des projections sceintifiques alarmistes sur certaines épidémies ou des pandémies; le manque de transparence et d'indépendance dans l'avis des experts; l'ombre des grandes firmes pharmaceutiques; la non-implication de certains professionnels de santé dans des programmes de vaccination; l'intérêt réel de certains vaccins , les circonstances attenantes de leur développement etc.

Dr KONATE Boureima

Pharmacien

Copyright de l'image: thinkstock/ Jeffrey Hamilton

La dernière fois mis à jour le 15.09.2015.

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