Prescriptions hors AMM: nos enfants en reçoivent encore trop

03.02.2015
Share article

Encore de nos jours, plus d'un tiers des enfants se voient prescrire par leurs médecins généralistes au moins un médicament en dehors des recommandations officielles. Heureusement, cette entorse aux bonnes pratiques de prescription thérapeutique ne semble pas accroître les risques d'effets indésirables si certaines évidences sont évitées.

Cet état de fait vient d'être révélé une nouvelle fois par une étude de l'Institut National de la Santé et de la  Recharche Médicale ( Inserm) de France. En dépit des mesures concrètes prises depuis 2000, la tendance n'a pas tellement été inversée une décennie plus tard. En effet , les investigateurs ont constaté que 37.6% des enfants de moins de 16 ans ont été exposés à au moins une prescription hors AMM en 2011, contre 42% en 2000.

Cette étude a été menée dans le sud de la France, et concernait évidemment les prescriptions en Pédiatrie. Entre mars et juillet 2011, 38 médecins généralistes ont participé à la collecte des données en rapportant toutes les consultations d'enfants agés de 0 à 16 ans, accompagnées des motifs de consultations et des prescriptions médicamenteuses qui en découlent. En somme, 2313 enfants ont été vus en consultations, et 1960 parmi eux ont reçus des prescriptions médicamenteuses. A l'analyse de ces prescriptions thérapeutiques, près de 38% étaient hors recommandations des Autorisation de Mise sur le Marché (AMM).

De la nature de ces distances avec les recommandations officielles de prescriptions des spécialités pharmaceutiques, il ressort que dans 56% des cas, le médicament est prescrit dans une autre indication thérapeutique; 26% concernait une baisse des doses usuelles; 20% concernait une hausse des doses usuelles; ou encore le non respect de l'âge minimal, de la voie d'administration et des contre-indications.

Les médicaments les plus concernés par les prescription hors AMM en pédiatrie dans cette étude, étaient les décongestionnants nasaux, les antihistaminiques anti-H1 et les corticoïdes. 

Les résultats de cette étude sont de même ordre dans d'autres menés en Espagne (1), au Royaume Uni (2), en Inde (3), et en Malaisie (4).

Peu de risque avec les prescriptions hors AMM !

Mais avant tout, il convient de noter que ces prescriptions hors AMM sont loin d'être des erreurs. Ce sont plutôt en général des prescription avisées pour parer à l'insuffisance des médicaments adaptés aux jeunes enfants. Cette pénurie de spécialités pharmaceutiques adaptées au profil des enfants s'explique par le fait que les essais cliniques, tests d'efficacité et d'innocuité des médicaments chez l'homme, ne sont que très peu réalisés chez les enfants. On assiste de fait à une absence de preuve clinique d'efficacité et de tolérance des médicaments adaptés aux adultes et qui n'ont pas d'indication thérapeutique chez les enfants. 

Que ces prescriptions hors AMM ne présentent que très peu de risque en pédiatrie, il y a des nuances à considérer.

En effet, la même équipe, auteure de la présente publication, avait mis en évidence en 2000, une corrélation entre l'incidence des prescriptions hors AMM et le risque d'effets indésirables , ce qui convergeait avec d'autres études en l'occurrence. Dès lors, la prise de conscience sur la dangérosité des prescriptions hors AMM était de mise, appelant à une impulsion des essais cliniques chez les enfants.

Si les campagnes de sensibilisation pour le bon usage des médicaments en pédiatrie n'a que très peu infléchi les prescription hors AMM entre 2000 et 2011; il reste qu'elles ont amené les médecins généralistes à abandonner les molécules incriminées dans les études précédentes comme potentiellement dangereuses pour les enfants. C'est notamment les dérivés terpéniques (camphre, menthol, huiles essentielles...). 

Pour tout, la prudence doit rester de mise pour la prescription en population pédiatrique. La règle, c'est de ne pas avoir la gachette facile sur les prescriptions médicamenteuses. Dans bien des cas, il faut déprescrire (infections virales, angines  virales, herpès labiale, diarrhéses...). 

Dr KONATE Boureima , Pharmacien

 

Copyright de l'image: CC BY

Copyright de l'image: Pink Sherbet Photography/flickr

La dernière fois mis à jour le 09.02.2015.

5 note(s) (4.6 ø)
1236 Consultations
La longitud máxima de un comentario es 1000 caracteres.
Le nombre maximum de caractères pour un pseudonyme est 30.
Veuillez remplir les champs suivants.
Please insert a valid comment!
invité
Merci Doc pour cette alerte. Puisse les prescripteurs en tenir compte. Pour un enfant de 20 mois souffrant d'une toux sèche ce fut une casse-tête pour lui trouver un antitussif adapté.
#1 à 09.02.2015 de invité
  0
Click here and become a medical blogger!
L'article est paru le 04 août 2016 dans la revue PLOS Pathogens, et avec comme premier auteur, Hien Domonbabele, un plus...
L'adoption de ce programme de gatuité des soins, vise à réduire la mortalité maternelle et infantile au Burkina plus...
La flambée urbaine de la fièvre jaune en Angola et en République Démocratique du Congo ( RDC) est grave et plus...

Disclaimer

PR-blogs on DocCheck are sponsored blogs which are published on DocCheck by commercial providers additionally to regular userblogs. They may contain promotional statements. DocCheck is not responsible for this content.

Langue:
Suivre DocCheck: