Amodiaquine: l'antipaludique qui effraye les patients

14.11.2014
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L'amodiaquine est une substance très présente seule ou en combinaison avec d'autres principes actifs dans les spécialités pharmaceutiques indiquées dans la prévention et le traitement du paludisme non compliqué. Si son efficacité reste relativement bonne, sa tolérabilité reste à désirer. En l'occurrence, dans les pharmacies au Burkina Faso, les patients ne cachent pas leur désamour.

Dans la nouvelle liste nationale des médicaments essentiels 2014 (LNME/Burkina Faso), l'amodiaquine est indiquée dans la chimioprophylaxie du paludisme saisonnier chez les enfants de moins de 05 ans en association libre avec la sulfadoxine -pyriméthamine ( AQ - SP) pendant la période de haute transmission. Chez l'enfant et chez l'adulte, l'association artésunate-amodiaquine (ASAQ)est aussi indiquée dans le traitement curatif du paludisme non compliqué, et en relais de l'artésunate injectable ou artéméther injectable dans les cas sévères de paludisme.

Certes,  l'efficacité de l'amodiaquine reste relativement bonne, mais ses effets indésirables semblent insupportables pour les burkinabè, comme d'autres essais cliniques avaient rapporté des incidences similaires

Différentes présentations des spécialités à base d'amodiquine en rapport avec la liste model des médicaments essentiels de l'OMS, EML 2013 -18th :

    Amodiaquine seule, dans la chimioprévention du paludisme chez l'enfant

   Amodiaquine en association libre avec artésunate dans le traitement curatif du      paludisme non compliqué chez l'enfant

   Amodiaquine en association fixe avec artésunate dans le traitement curatif du paludisme non compliqué chez l'enfant et chez l'adulte.

 

Pourquoi  l’amodiaquine effraye tant les patients burkinabè ?

De l’avis des intéressés, les effets indésirables d’amodiaquine sont insupportables : ils évoquent  des maux de tête (céphalées), vertiges,  fièvre, maux de ventre, vomissements,  perte d’appétit (anorexie), douleurs musculaires, courbatures, fatigue générale, troubles de la vision (ictère, phosphènes,) et de l’audition (acouphènes), des palpitations cardiaques... D’aucuns disent que l’amodiaquine « provoque le paludisme avant de le guérir, qu’il est pire que le paludisme qu’il est sensé soigné ; et quand on le prend, il faut toujours aller se coucher, tandis qu’on peut supporter le paludisme sans en être alité ». Il nous revient que beaucoup de patients arrêtent subitement leurs traitements qui de surcroît ne s’étalent que sur 3 jours, avec une ou deux prises journalières !

Attitude des patients burkinabè au comptoir des pharmacies

Dans les pharmacies, les patients ne cachent plus leur désamour pour l’amodiaquine et les spécialités qui en contiennent. Et quand ils demandent aux pharmaciens un antipaludique, ils n’oublient pas de préciser «  un antipaludique sans amodiaquine ». C’est clair, on n’en discute pas. Quand c’est le pharmacien qui leur propose l’antipaludique, ils n’hésitent pas non plus à lui demander «  est ce que ce médicament contient de l’amodiaquine ? ». La position des patients est clair : n’importe quel antipaludique sauf amodiaquine, tout sauf un médicament contenant une fraction d’amodiaquine, car cette substance est insupportable.  

Mais que dit la notice d’utilisation à propos des effets indésirables de l’amodiaquine ?

Tous les effets ainsi relatés par les patients burkinabè sont prévus dans la notice d’utilisation et le résumé des caractéristiques du produit. Donc, ce sont des effets indésirables attendus.

Les mentions légales préviennent de la toxicité hématologique (agranulocytose) et hépatique (hépatite  en préclinique) de l’amodiaquine au long court (en prophylaxie). Mais qu’en est-il de cette toxicité pour des cycles de traitements curatifs réitéré surtout qu’en Afrique la réinfection paludique est fréquente ?

L’agranulocytose est évoquée dans un tableau clinique associant hyperthermie et/ou angines et/ou ulcérations buccales. Quant à l’hépatite inductible par l’amodiaquine, elle se manifeste à fortiori par un ictère et une fatigue générale. Il est par ailleurs noté qu’amodiaquine présente des risques de torsade de pointe avec des doses supérieures à 30 mg/kg. L’on sait aussi que la plupart des antipaludiques sont plus au moins torsadogènes notamment la quinine, l’halofantrine, la méfloquine et la luméfantrine, et qu’une interaction in vivo entre ces substances ou avec d’autres molécules inhibiteurs des cytochromes CYP 2A6 ou ayant ce même effet indésirable chez une personne augmente le risque de torsade de pointe.

Si les effets secondaires annoncés à propos de l’amodiaquine sont effectivement ressentis par les patients, rien n’indique de leurs conséquences sur l’observance du traitement.

Au Burkina Faso, même si les autorités sanitaires n’ont fait aucune déclaration officielle sur la sécurité d’emploi des antipaludiques à base d’amodiaquine, les pharmaciens peuvent aujourd’hui témoigner du rejet de plus en plus prononcé de toutes les spécialités pharmaceutiques contenant de l’amodiaquine par leurs patients.

Par ailleurs, nous dotons dans la littérature que des études sur la sécurité d’emploi d’une association fixe et d’une association libre d’artésunate –amodiaquine, ont eu lieu au Burkina Faso, et celles-ci avaient mobilisées 750 enfants de moins de 05 ans. Ces conclusions étaient qu’aucun effet inattendu ne fût observé. Mais qu’est-il de l’observance du traitement eut égard aux effets indésirables ressentis ? Dans les essais cliniques, il y a comme une épée Damoclès qui pèse sur les individus à quant à leur volonté de poursuivre le traitement. Beaucoup s’efforcent de supporter les effets à la limite de leur état de santé. L’on ne peut écarter ce fait, difficile à évaluer, mais aussi sciemment mis de côté dans  les rapports des essais cliniques. La meilleure « tolérance » et la vraie « observance » étant toujours individuelles, s’apprécient mieux dans les études de pharmacovigilance post-marketing.

Que dire de l’imputabilité de l’amodiaquine

Il ne fait aucun doute que l’amodiaquine en soit responsable, d’autant qu’il est présent seul en spécialités pharmaceutiques, et aussi en association avec artésunate au Burkina Faso. L’artésunate est un dérivé de l’artémisinine tout comme l’artémether et l’Artééther, somme toute, bien plus tolérés comme en témoigne de l’engouement de la population pour l’association artémether+luméfantrine (AL).

Existe-t-il d’autres facteurs aggravant les effets indésirables prévisionnels imputables à l’amodiaquine ? Ou l’intolérance des effets indésirables de l’amodiaquine est-elle subjective, à comparer à la meilleure tolérance des dérivés de l’artémisinine aujourd’hui accessibles à tous ? Seules des analyses approfondies de pharmacovigilance re-situeront le rapport bénéfice /risque des spécialités pharmaceutiques à base d’amodiaquine. L’urgence semble être de mise. L'utilité de l'amodiaquine est à remettre en balance surtout quand le patient devra s'aliter, perdre de ses capacités et des  heures de travail des suites des effets indésirables ! 

Mais, au Burkina Faso, la pharmacovigilance est encore à ses débuts. La population devra encore supporter les indésirables des médicaments quitte à ce que les plus éduqués jettent l’anathème sur certains dès qu’ils auront le choix (cas actuel de l’amodiaquine), et les moins instruits devront encore prendre leur mal en patience.

La sélection de Darwin est en passe d’avoir raison des spécialités à base d’amodiaquine au Burkina Faso, du moins dans les grandes villes, et chez la population instruite, consciente et avertie de la mauvaise qualité de vie sous amodiaquine. 

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Dr KONATE Boureima

Pharmacien,  E-mail: boureimakonate@gmail.com

Copyright de l'image: donna rae moratelli/thinkstock

La dernière fois mis à jour le 26.11.2014.

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invité
bjr doc apres 3 jours de traitement par l'amodiaquine et l'artesunate mes TGP/TGO sont eleves comment faire ? Car c'est pas seulement les population burkinabe qui ont resentit effets indesirable de ce medicament.. Meme en cote D'ivoire..
#2 à 20.10.2016 de invité
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invité
je viens de finir mon traitement de palu et ce médicament me fait souffrir
#1 à 23.02.2016 de invité
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