Gaz lacrymogènes: les dangers pour la santé

03.11.2014
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Les gaz lacrymogènes sont des composés chimiques sous formes de sprays pour l'autodéfense et surtout sous formes de grenades utilisées par les forces de l'ordre pour disperser les émeutiers. A ces effets aigus incapacitants et parfois mortels , s'ajoutent des effets toxiques cancérigènes à long terme. Conseils aux burkinabè exposés les 28, 29, 30 octobre 2014 à ces intoxications populaires.

Pour la deuxième fois dans l'histoire du Burkina Faso ( ex- Haute Volta), le peuple burkinabè vient de chasser du pouvoir le 31 octobre 2014 son sixième président, Blaise Compaoré. La première insurrection populaire de ce peuple est celle du 3 janvier 1966 ayant conduit à la démimission de son tout premier président , Maurice Yaméogo. 

Epilogue d'une intoxication massive au gaz lacrymogènes de la population burkinabè:

Ouagadougou, le 28 octobre 2014 aux environ de 12h GMT, la marche populaire pacifique convoquée par l'opposition politique burkinabè (CFOP) et les organisations de la société civile (OSC), contre le projet de loi modificatif de l'article 37 devant octroyé de nouvelles candidatures présidentielles au Président Blaise Compaoré déjà en poste depuis 27 ans, a dégénéré en un bombardement de gaz lacrymogènes par la police. Dans la débandage, des manifestants s'écroulèrent par axphyxie à ces gaz toxiques, d'autres trébuchèrent , tombèrent dans des fosses, cognèrent des obstacles par aveuglement des suites des irritations oculaires, larmoiement et oedèmes oculaires. Des dermites étaient visibles sur des peaux par réactions ou agressions épidermiques des toxiques des bombes lacrymaogènes. Dans la nuit du 29, les manifestants qui campaient sur la place de la nation avec pour ambition d'occuper les locaux de l'assemblée nationale très tôt avant l'arrivée des députés, ont été gazés par les forces de l'ordre. 

Dans les grandes villes du Burkina faso, notamment Bobo dioulasso, ouahigouya, koudougou, dédougou, banfora, l'effet  domido déferlait.La matinée du 30 octobre 2014 a été le summum immémorable de largage de grénades lacrymogènes à Ouagadougou. comme présageait le slogan d'une organisation de la société civile burkinabè, le balai citoyen, " notre nombre est notre force "; cette avalanche de gaz lacrymogènes n'a pas empêché les manifestants de défier les forces de l'ordre. L'assemblée nationale a été assiégée et incendiée par les manifestants, et le vote du projet de loi n'aura jamais lieu.Durant cette journée du 30 octobre 2014, une trentaine de manifestants sont tués par balles et des suites d'intoxications aux gaz lacrymogènes. Face à la pression de la  population massée sur la place de la nation , ce 31 octobre 2014, dans l'après midi, le Président Blaise Compaoré est contraint à la démission. Rien ne resiste à la volonté du peuple. Aux prix  des vies perdues, des larmes versées et des suffucations morbidiformes et mortelles aux gaz lacrymogènes , les burkinabè sont enfin arrivés à balayer ce  dictateur  et l'ont jetté à jamais dans la poubelle de l'hsitoire. Heuresement, les gaz étant plus lourds que l'air, il n'en plane plus dans l'air. 

De la composition chimique des gaz lacrymogènes:

Les gaz lacrymogènes sont des composés chimiques causant une incapacité temporaire par irritation des yeux et des voies respiratoires. Les substances entrant de ce cocktail chimique sont choisies à priori pour leur faible toxicité, donc non létales. Parmi ces substances, on peut retenir comme irritants oculaires le 2-chlorobenzylidène malonitrile ou « CS » le chloracétophénone ou « CN », et le dibenzoxazépine ou « CR » ; et comme irritant respiratoire le « piment OC ». La grenade lacrymogène peut être lancée à la main sur 15 à 20 mètres, et le plus souvent par un propulseur appelé « cougar » sur une portée de 100 mètres.Les cougars, en sus de leurs longues portées, restent plus dissuasifs par la détonation effroyable du propulseur.L’usage des gaz lacrymogènes est réglementé dans certains pays, incluant la composition et l’ordre d’utilisation.

De la toxicité des gaz lacrymogènes:

Les effets aigus sont multiples, parmis lesquels on note:

-         les  irritations des voies respiratoires, avec gène respiratoire et douleurs thoraciques;

-         les  nausées et vomissements;

-         les  irritations des voies lacrymales , avec larmoiements, rougeurs, et œdème oculaires;

-         les dermatites et rash cutanés...

Ces effets sont accentués en période chaude et humide. L’inhalation des gaz lacrymogènes peut être limitée par un mouchoir imbibé de citron ou de vinaigre, le masque du chirurgien; et l’instillation des yeux est limitée par les lunettes de plongée. 

A fortes doses, des suites d'une exposition à une pulvérisation massive ou en cas d'exposition quotidiennement fréquente, les gaz lacrymogènes peuvent provoquer :

-          des brûlures cutanées allant jusqu’au second degré;

-          des lésions de la cornée, avec hémorragie vitrée;

-          des nécroses du tractus respiratoire et des alvéoles avec œdèmes pulmonaires;

-          des hémorragies internes, notamment celles des glandes surrénales...

Les effets à long terme, ou toxicité reportée sont de trois natures: 

-         les  effets mutagènes fortement cancérigène, avec surtout des carcinomes pulmonaires; 

-          les effets tératogènes, c'est-à-dire que les femmes exposées aux gaz lacrymogènes courent un risque d’accoucher des bébés avec des formations;  aussi le risque de fausse couche est réel. Ceux-ci sont justiciables de certains produits de dégradation des gaz lacrymogènes que sont les cyanures, pouvant par ailleurs conduire à des paralysies;

-         les effets nécrotiques, surtout des voies respiratoires,  peuvent conduire à une pneumopathie irréversible...

Quelques conduites à tenir après une exposition aux gaz lacrymogènes; :

-          éviter de s’enduire le corps de pommades ou de crèmes, qui fixent davantage ces gaz sur la peau;

-          ne pas se frotter les yeux;

-          éviter de s’enfuire, car c’est en courant qu’on aspire plus de gaz;

-          aux femmes enceintes, il est conseillé d’augmenter la surveillance médicale de leur grossesse;

-          aux  personnes  qui présentent des gènes respiratoires persistants, il est conseillé de consulter un médecin, surtout un pneumologue. Par ailleurs, il est conseillé aux médecins de prescrire à ces patients des radiographies pulmonaires à distance de l’exposition à ces gaz toxiques.

Au Burkina Faso, pays toujours dirigé par des régimes militaires, celui du régime Blaise Compaoré a été de loin le plus répressif. Depuis le 13 décembre 1998, date de l’assassinat de l’émérite journaliste Norbert Zongo, le régime est devenu viscéralement allergique au moindre mouvement populaire, notamment les vindictes des élèves et étudiants. A notre connaissance, aucune réglementation ne régie l’usage des gaz lacrymogènes au Burkina Faso. La règle est que  sous un régime militaire, comme celui du Président Blaise Comaporé, la population se doit d'apprendre à défier ces gaz toxiques. In fine , elle  n'en devient pas moins immunisée ! 

 

Dr KONATE Boureima, Pharmacien

E-mail: brahim_konate@yahoo.fr 

 

 

 

La dernière fois mis à jour le 10.11.2014.

3 note(s) (5 ø)
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Médecine, Pharmaceutique
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invité
Je me suis pris environ 15 jets de gaz lacrymogènes durant une manifestation ( qui durait de 11h à 16h30 ) y a-t-il des chances qu'une pathologie pulmonaire soit apparue ? Car je tousse beaucoup et crache du mucus jaune, de plus hier j'avais de la fièvre et mal au crâne et la tête qui tourne. (Syndromes qui persistent encore aujourd'hui..)
#1 à 03.04.2016 de invité
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