Ebola: le traitement compassionnel defie l'éthique

29.08.2014
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La fièvre hémorragique à virus Ebola découvert il y a près de 40 ans, soit en 1976 aux berges de la rivière Ebola en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) par des chercheurs dont Peter Piot (actuel directeur exécutif de l’ONU SIDA), fait montre de la plus grande épidémique de son histoire en Afrique.

Le bilan de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en date du 26 août fait état de 1500 décès, 3069 infectés recensés , avec une estimation à plus de 20 000 infections non identifiées. La menace d’une flambée épidémique va grandissant avec la contamination du Nigéria, la plus démographie africaine, et le réveil du foyer originel en RD Congo avec de nouvelles infections et des décès.

En l’absence de financements publics et de l’intérêt des firmes pharmaceutiques (retour sur investissement incertain en raison de la faiblesse du pouvoir d’’achat des pays africains concernés), l’infection à virus Ebola reste encore sans traitement homologué. Et aucun des candidats-médicaments n’avait encore atteint la phase clinique avant le début de l’épidémie en décembre 2013 en République de Guinée.

Aujourd’hui la situation épidémique débordante à virus Ebola donne l’occasion belle, aux chercheurs de court-circuiter les procédures des essais cliniques telles que recommandées par la déclaration d’Helsinki adoptée en juin 1964 par l’Association Médicale Mondiale (AMM). Ainsi ce sera en début septembre, que débutera le premier essai clinique d’un vaccin expérimental aux Etats-Unis d’Amérique (USA) selon une procédure accélérée approuvée par la Food and Drug Administration (FDA) d’après la National Institut of Heath (NIH). Dans le même mois d’autres essais cliniques du même vaccin débuteront au Royaume-Uni, en Gambie et au Mali, cofinancés par l’association britannique caritative Wellcome Trust.

Sans efficacité thérapeutique préalable le ZMapp a été administré de façon compassionnelle à des spécialistes médicaux infectés sur les champs de prise en charge en Guinée, Libéria et en Sierra Léone. Les deux médecins guéris, ayant reçu le ZMapp serait une preuve mitigée d’une efficacité substantielle de ce sérum fait de trois anticorps monoclonaux. Mais, il faut aussi noter qu’en dépit de l’administration de ce sérum chez d’autres médecins infectés, il y a eu des décès (le médecin libérien, le missionnaire espagnol). Dans tous les cas, une guérison spontanée sans traitement est déjà bien connue de l’ordre de 10 à 40% selon les zones, et qu’une prise en charge précoce par des traitements symptomatiques augmente les chances de guérison spontanée. Ce qui serait pour beaucoup dans le cas des deux médecins américains et des patients africains sortis guéris des camps d’isolement. Dans la foulée, le médicament canadien TKM-Ebola jusque-là bloqué par la FDA pour l’entame des essais cliniques, se voit lever cette restriction. Quid du favipiravir ou T-705, déjà homologué au Japon en mars 2014 contre la grippe saisonnière, il est en phase clinique aux USA pour une extension d’indication dans l’infection à virus Ebola.

La recherche effrénée d’un traitement efficace ou d’un vaccin ne doit cependant pas occulter la meilleure mesure de lutte qu’est la prévention. A ce titre, l’OMS est critiquée pour sa léthargie face à l’épidémie à virus Ebola, car ce n’est qu’en mars 2014 qu’elle a reconnu la situation épidémique, et ce n’est qu’en juillet dernier  qu’elle déclencha une timide riposte au moment où les compagnies aériennes eurent menacé de ne plus desservir les pays touchés et que les pays frontaliers annoncèrent la fermeture en cascade des frontières et des ponts aériens. L’arrêt des vols aériens vers les pays touchés et la fermeture des frontières des pays riverains sont véhément dénoncés par l’OMS, qui qualifie ces comportements de contre-productifs et rendant difficile les interventions de riposte épidémique.

La prévention n’aura d’effet que si les mesures sont suivies. A ce sujet, l’on craint le scepticisme des populations touchées notamment au Libéria face aux mesures de prévention édictées, ce qui va annihiler et retarder  l’impact des efforts en la matière.

Où est la riposte des pays africains ? Toujours-là à pleurnicher et appelant toujours au secours. Au Burkina Faso, où devrait se tenir le sommet de l’Union Africaine (UA) sur l’emploi en début septembre (annulé pour risque propagation d'Ebola) , le ministère de la santé estime avoir besoin de 13 milliards de Francs CFA pour instaurer un programme de riposte anti-Ebola, mais  le gouvernement dit ne disposer que du 1/10ème

La méfiance des populations touchées n’existerait point si une éducation sanitaire préalable afin de révéler l’infection Ebola et mieux la faire connaitre, ce par le biais d’une éducation de masse aux moyens des médias et l’enseignement scolaire et supérieur.

L’inconsistance et l’incohérence des structures sanitaires constituent un handicap supplémentaire pour circonscrire l’épidémie. Les ONG comme MSF ont atteint les limites  de leur capacité. Mais l’état horrible dans lequel meurent les infectés va vite ramener les sceptiques à la raison, et de se plier aux mesures préventives. La question n’est plus de savoir comment est advenue cette flambée épidémique, mais comment  la booster hors du continent.

Et voilà, une fois de plus les conséquences de la démission des gouvernements africains dans le financement de la recherche en santé et le développement de thérapeutiques contre les fléaux endémiques du continent. L’Afrique attend, toujours elle attend - l’absurde -  de croire que les occidentaux et la communauté internationale assureront la recherche de thérapeutiques contre toutes les maladies endémiques en Afrique, encore absurde de s’en tenir aux orientations – stratégiquement pécuniaires – des firmes pharmaceutiques.

Face à la mort, toutes les potions sont bonnes, d’où qu’elles viennent. Nonobstant, la rigueur et l’éthique médicale se doivent de préserver leurs fondamentaux, aux risques que les patients, notamment africains, ne se voient en cobayes vendus subtilement par leurs autorités nationales pour ces essais cliniques accélérés avec d'éventuels résulats sujets à beaucoup d'approximations, d'extrapolations inprudentes et mitigées. Sommes-nous loin de la psychose mondiale de la grippe porcine de 2009 et son corollaire de  scandales financiers et économiques pour les commandes prévisionnelles de vaccins antigrippaux , de Tamiflu , de masques et l'abattage systématique des élévages de volailles et de porcs ?

De la mesure ! La menace épidémique voire pandémique du virus Ebola semble être centuplée. Le dernier bilan de l'OMS à la date du 04 septembre, porte à 1 900 le nombre de décès liés à Ebola. Aussi, l'OMS approuve le developpement rapide de 08 molécules thérapeutiques et deux vaccins d'ici fin 2014. Belle OP pour les labos !  Mais pour cette épidémie d'Ebola , telle que catastrophiquement présentée, aucune pillule , ni un vaccin ne fera le miracle, mieux que la prévention assortie de mises en quarantaine honteuses des arrondissements de villes, de couvre-feu insensés, de fermetures irraisonnées des frontières, l'arrêt de desservissement arérien et de la stigmatisation des ressortissants des pays touchés.

Dr KONATE Boureima

Pharmacien

Copyright de l'image: https://www.flickr.com/photos/niaid/14440817981

La dernière fois mis à jour le 24.12.2014.

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invité
Bonjour, Je découvre votre blog, via DocCheck. Bravo!!! Je partage votre avis et vos inquiétudes sur ce qui se passe autour d'Ebola.
#2 à 23.12.2014 de invité
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Que pensez-vous du tapage médiatique et diplomatique sur l'épidémie Ebola ? Exagéré ou à juste raison ? Comment contenir l'épidémie ?
#1 à 09.09.2014 de Dr. Boureima Konaté (Pharmacien)
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