Paracétamol et Grossesse : nouvelles données

25.06.2014
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Contre toute attente, le paracétamol toujours privilégié sans preuve d’innocuité chez la femme enceinte dans les douleurs faibles à modérées et les états fébriles, ne serait pas dénué de séquelles sur le développement neurologique du fœtus.

Deux études de cohorte menées en Norvège et au Danemark apportent les premières données cliniques de l’exposition prénatale au paracétamol. L’acétaminophène (ou paracétamol) ralentirait le développement cérébral du fœtus avec des conséquences psychomotrices chez de l’enfant. 

Des troubles neuropsychiques tels le déficit de l’attention, l’hyperactivité, et les hyperkinésies chez les enfants dont les mères ont utilisé du paracétamol durant leurs grossesses, seraient justiciables du paracétamol. Ce sont les conclusions concordantes de deux études isolées et indépendantes, norvegienne et danoise. L'acétaminophène pris pendant la grossesse, ralentirait le développement neurologique du fœtus avec  des troubles neuropsychiques chez l’enfant.

Jusque là, il n’existait pas de données cliniques aussi probantes mettant en lumière le profil tératogène du  paracétamol. Les documents pharmaceutiques légaux continuent de ne mettre aucunement en garde de l’usage du paracétamol pendant la grossesse. A contrario, c’est devenu par ricochet une recommandation étant donné que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont déconseillés pendant la grossesse et contre indiqués à partir du 6ème mois d’aménorrhées.

En dépit de l'absence de données de sécurité clinique, l’usage du paracétamol sera progressivement accepté pendant la grossesse, ce par extrapolation laminaire des essais précliniques, qui ne révélaient pas de tératotoxicité chez l'animal. La plupart des résumés des caractéristiques du produit et des notices d'utilisation mentionnent encore ceci « Les études effectuées chez l'animal n'ont pas mis en évidence d'effet tératogène ou fœtotoxique du paracétamol. En clinique, les résultats des études épidémiologiques semblent exclure un effet malformatif ou fœtotoxique particulier du paracétamol. En conséquence, le paracétamol, dans les conditions normales d'utilisation, peut être prescrit pendant toute la grossesse ».

Les données des études toxicologiques sur l’animal sont-elles toujours transposables à l’homme ? Comment un médicament d'aussi grande consommation n'ait pu faire l'objet d'une évaluation approfondie 60 ans après la mise sur le marché de sa première spécialité ( PANADOL, 1953, United Kingdom) ?

CONDUITES ET RESULTATS DES DEUX ETUDES DANOISE ET NORVEGIENNES


De l’étude norvégienne

De 1999 à 2008 toutes les femmes enceintes norvégiennes ont été enrôlées dans cette étude prospective évaluant la tératogénicité du paracétamol. Il a été demandé aux femmes de noter sur un questionnaire toute consommation de paracétamol de la 17ème semaine à la 30ème d’aménorrhées d’une part et d’autres part toute consommation de paracétamol durant les 6 premiers mois du postpartum.

Une base de données à été élaborée en mai 2011 avec 48 631 enfants dont les mères ont rapporté leur questionnaire. Pour l’évaluation des effets neurologiques du paracétamol chez les enfants issus de grossesses exposées, 2919 enfants de chaque sexe,garçons et filles, ont été retenus.

Les chercheurs ont évalué chez tous les enfants plusieurs paramètres psychologiques, cognitifs et psychiatriques dont le tempérament (émotivité, activité, sociabilité et timidité) et des troubles du comportement (communication, motricité, intériorisation, extériorisation), ceci en tenant compte de certaines situations pathologiques induisant des signes similaires dont la fièvre, les infections et l’iatrogénie durant la grossesse.

Les résultats montrent que les enfants issus de grossesses exposées durant  plus de 28 jours au paracétamol ont un faible développement psychomoteur, faible dextérité en communication, des troubles d’intériorisation, des troubles d’extériorisation, et une hyperactivité. Cependant,  les enfants issus de grossesses exposées durant moins de 28 jours au paracétamol, présentent les mêmes troubles neuropsychiques mais avec une intensité moindre comparativement à une exposition de plus de 28 jours.

En conclusion, les chercheurs norvégiens admettent qu’une exposition fœtale prolongée au paracétamol a des séquelles neurologiques notables chez  l’enfant à partir  de 3 ans. Par contre, aucun  trouble de développement psychomoteur n’a été retrouvé sous ibuprofène, affirment les cliniciens.

De l’étude danoise

Les chercheurs danois ont évalué le risque d’occurrence du déficit de l’attention, de l’hyperactivité et des hyperkinésies  chez les enfants issus de grossesses exposées au paracétamol. L'initiative de leur étude a été nourrie d'essais cliniques ayant revélées des propriétés  perturbateur endocrinien du paracétamol, et que toute modification hormonale anormale durant la grossesse pourrait influencer le développement cérébral du fœtus.

Cette étude danoise a enrôlé 64 322 enfants nés entre 1996 et 2002 ainsi que leurs mères respectives. Par trois entrevues téléphoniques, les mères ont rapporté leur consommation de paracétamol pendant la grossesse et durant les 6 premiers mois du post-partum c'est-à-dire le temps de l’allaitement exclusif au lait de la mère. Au cours de ces mêmes entretiens, les mères se sont aussi prononcées sur les troubles de comportement de leurs progénitures âgés de 7 ans suivant un questionnaire élaboré et rempli à cet effet par les cliniciens. Les chercheurs ont aussi recueilli des données psychiatriques hyperkinétiques sur chaque enfant dans les registres de l’hôpital national ou ceux du centre national de psychiatrie avant 2011. Par ailleurs, les prescriptions médicamenteuses à visée traitement du déficit de l’attention , principalement la  ont été consultées dans le registre danois des prescriptions, ce pour tout enfant inclus dans l’étude.

Avec ces différentes sources d’informations, les experts ont pu évaluer le risque d’occurrence des troubles neurologiques en lien avec le paracétamol.

Ils rapportent que plus de la moitié des femmes enceintes ont eu recourt à l’acétaminophène, et que les enfants issus de grossesses exposés au paracétamol ont un risque élevé

-          de développer des hyperkinésies (hazard ratio = 1.37; 95% CI, 1.19-1.59)

-          de développer un déficit de l’attention à l’âge de 7 ans (risk ratio = 1.13; 95% CI, 1.01-1.27).

Par ailleurs, l’usage des médicaments anti-déficit de l’attention étaient plus important chez les enfants dont les mères ont utilisé de l’acétaminophène pendant la grossesse (hazard ratio = 1.29; 95% CI, 1.15-1.44).

Les chercheurs danois concluent qu’il y a une évidence entre l’exposition in utéro au paracétamol et la survenue chez l’enfant de déficit de l’attention, de l’hyperactivité, des hyperkinésies, et que l’usage relativement important de la RITALINE chez ces enfants tient aussi de preuve. Ils soutiennent enfin que l’influence d’autres situations pathologiques chez la femme enceinte dont les inflammations, les infections et les troubles psychiatriques ont pu être évaluées et écartées.

L’antalgique et antipyrétique n°1 chez la femme enceinte, le médicament le plus vendu en volume et en chiffre d’affaire en France en 2013,  n’est donc pas aussi anodin que ça ! Le recours systématique au paracétamol n’est donc pas à recommander  surtout chez la femme enceinte au regard de ses effets neurologiques sur le fœtus et ses conséquences mentales chez l’enfant.

En définitive, l’usage du paracétamol pendant la grossesse expose l’enfant à de hauts risques de développer des troubles du comportement tels les hyperkinésies, le déficit de l’attention et des hyperactivités. D’autres études sont nécessaires pour  incriminer davantage le paracétamol, et situer les étapes de la gestation les plus vulnérables à ses effets nocifs et ainsi sécuriser éventuellement son usage chez la femme enceinte.

Dr KONATE Boureima

Pharmacien

 


Sources :

1)     Zeyan L, Beate R, Cristina R and all.Acetaminophen use during pregnancy: behavioral problem and hyperkinetic disorders. JAMA Pediatr. 2014;168(4):313-320. doi:10.1001/jamapediatrics.2013.4914.

http://archpedi.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1833486

2)     Ragnhild E, Eivind Y,  Irena N and all. Prenatal paracetamol exposure and child neurodevelopment: a sibling-controlled cohort study. Accepted August 5, 2013.

http://ije.oxfordjournals.org/content/early/2013/10/24/ije.dyt183.short?rss=1

3) http://news.doccheck.com/fr/blog/post/1207-antipyretiques-le-recours-systematique-nest-pas-a-conseiller/

Copyright de l'image: Kit4na/flickr

La dernière fois mis à jour le 04.08.2014.

10 note(s) (3.7 ø)
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Dr D.Bayot
L'aspirine aux doses nécessaires pour avoir un effet antalgique a les mêmes contre-indications que les AINS (diclofécac ea). Si le paracétamol n'est pas totalement anodin à en croire les articles ci-dessus, il reste le premier choix d'antalgique pendant la grossesse. Limiter son emploi dans le temps est sage...
#3 à 07.07.2014 de Dr D.Bayot (invité)
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j'ose espérer que le commentaire concernant l'aspirine est du second degré
#2 à 07.07.2014 de invité (invité)
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invité
Vive l'aspirine. .... qui ne connaît pas de contre-indications dans ce cas ( ou anodines) ....
#1 à 07.07.2014 de invité
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