Pénuries des médicaments essentiels dans les hôpitaux africains

19.03.2014
Share article

Le fractionnement du marché reste la solution. Les pays subsahariens notamment le Burkina Faso, importent la quasi-totalité de leurs besoins en médicaments conventionnels, dispositifs médicaux, matériels et réactifs de laboratoires.

Ces pays connaissent de façon intempestive des pénuries de médicaments essentiels à l’échelle nationale. L'achat de ces produits pharmaceutiques est régi par le code des marchés publics qui ne distingue pas les produits de santé des autres fournitures.

Et, l’existence d’un monopôle d’état sur la commercialisation des médicaments essentiels et des consommables médicaux essentiels dans les formations sanitaires publiques d’une part , d’autre part la passation des marchés basée sur le concept du meilleur offrant concurrentiel qui emporte tout, sont de nature à assurer la survenue des pénuries de produits pharmaceutiques.

En dépit de l’insuffisance de budget alloué en général au secteur de la santé, en particulier pour la fourniture des produits de santé et des contraintes en matière d’importation des produits de santé , une gestion conséquente des offres de marchés basée sur le fractionnement peut alléger les ruptures intempestives des médicaments essentiels et faciliter une prompte gestion de ces pénuries tant dans les établissements de soins du public que du privé.

En quoi consiste le fractionnement des offres du marché ?

Dans les appels d’offres nationaux et internationaux, le premier critère d’attribution quand l’offre est conforme aux exigences du marché, est le fameux moins-disant ou le meilleur offrant concurrentiel. Il emporte à lui seul tout le lot, quel qu’en soit la valeur du lot et la diversité des items du lot. On croît de la sorte faire des économies de santé, mais à quel prix ?

Qu’advient-il quand ce seul fournisseur tombe en rupture de stock pour un des items du marché dont il est attributaire ? Pensez le cas particulier du Burkina Faso où c’est la Centrale d’Achat des Médicaments Essentiels Génériques et des Consommables médicaux essentiels (CAMEG) qui est le seul fournisseur (sous convention d’Etat avec un marché de gré à gré) pour les médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux du secteur public. C’est tout le pays qui tombe du même coup en rupture. C’est ce que nous observons stupéfait au quotidien ! Pénurie des produits les plus ordinaires tels le paracétamol, ibuprofène, amoxicilline, de prednisolone, de fluconazole, de solutés massifs, d’anesthésiques, d’antalgiques morphiniques, d’antipaludiques C'est ça, le prix à payer quand on opte pour un seul attributaire par marché. Voilà la raison principale qui explique les ruptures intempestives de médicaments essentiels et de consommables médicaux essentiels dans les pays où des centrales d’achats bénéficient d’un monopôle d’état sur les MEG (médicaments essentiels génériques).

En Afrique francophone, ces centrales d’achats en dépit de leur statut juridique, association à but non lucratif, et des avantages fiscaux et des facilités douanières qui leur sont octroyés en sus du monopole sur les MEG pour les formations sanitaires publiques sont loin de pourvoir aux besoins des populations démunies en médicaments essentiels. Regroupées dans l’ACAME, Association Africaine des Centrales d’Achat de Médicaments Essentiels, ces structures pharmaceutiques ont tout l’air d’une machine impérialiste. Elles ont été crées et fiancées avec l’aide des éternels partenaires techniques et financiers au lendemain de la dévaluation du Franc CFA en 1994. Pour des pays mieux connus, ces centrales jouissent d’un monopôle très large en violation de certains droits des affaires comme le traité de l’OHADA, Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires, qui prône la libre concurrence  ; et vont jusqu’à s’accaparer du marché privé par la baisse des prix de nature à assommer les grossistes pharmaceutiques du privé qui ne jouissent pas des même avantages fiscaux et douaniers. Le monopôle des ACAME sur les MEG attise la reticence des banques à soutenir les grossistes pharmaceutiques du secteur privé. C’est une tactique commerciale non catholique puisque sort non seulement de son aire commerciale de monopôle, mais elle contribue à affaiblir les sociétés du secteur privé qui font du surstock et beaucoup de périmés. Le monopôle dans la distribution pharmaceutique à l’inconvénient d’asseoir les pénuries à répétition et rendre malsain le climat des affaires, surtout d’inciter à l’entorse des textes réglementaires.

Le fractionnement des offres de marché est un gage de sécurité en matière de disponibilité des médicaments. Elle consiste en fonction de la teneur de l’offre, à attribuer un lot homogène de produits à deux ou trois soumissionnaires les meilleurs offrants ce, à un taux de 70% et 30% (s’il s’agit de deux attributaires), soit 50%, 25% et 25% (s’il s’agit de trois attributaires). Ainsi, pour un item donné, sa disponibilité est assurée par plusieurs fournisseurs sur le territoire national. En cas de rupture chez un des attributaires, l’on pourra compter sur les autres. Dans le cas particulier du Burkina Faso, le fractionnement des offres du marchés publics pour l’approvisionnement en médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux essentiels, aura la bénédiction d'accroître la disponibilité des MEG et permettant l’émergence d’un excellent secteur de la répartition pharmaceutique, notamment en impulsant les jeunes sociétés pharmaceutiques génériqueurs tenues par des pharmaciens burkinabè.

Le principe du fractionnement des offres de marchés entre plusieurs attributaires reste valable et bénéfique dans n’importe quel appel d’offres. Les appels d’offres ouverts exclusivement au secteur privé de la répartition pharmaceutique devront être conduits sous le même principe du fractionnement de sorte à pallier aux éventuelles pénuries de médicaments chez l’unique attributaire, et donner l’opportunité aux autres entreprises d’avoirs des parts de marchés afin d’exister ( en phase avec les politiques de développement des PME/PMI). Exister, il le faut, car non seulement les sociétés en activités dans la plupart des pays africains sont incapables de satisfaire les besoins du marché, mais aussi l’absence de concurrence rude a l’effet de maintenir haut les prix des médicaments.

Ne vous faites aucune illusion, les prix des MEG tels que appliqués par les centrales d’achats membres de l’ACAME sont encore trop chers nonobstant leur statut juridique (Association à but non lucratif), et les marges commerciales réglementaires applicables sur le prix de revient des MEG au bénéfice de ces centrales ne sont jamais tenues.

La stratégie sure et durable pour minimiser l’occurrence des pénuries de médicaments, est d’alléger voire supprimer le monopôle de la distribution pharmaceutique et de toujours opter pour le fractionnement des offres de marchés entre plusieurs attributaires.

Homogénéiser les lots d’appel d’offres pour une meilleure exécution

Il arrive très souvent sous nos tropiques que le taux d’exécution des offres de marché n’atteigne pas toujours les 100%. Dans le domaine de la santé, tout médicament est prioritaire et indispensable. Mais l’hétérogénéité des lots amène l’attributaire quand il est seul, de faire le choix d’en livrer certains et pas d’autre. Un lot composé de médicaments génériques, de spécialités, dispositifs médicaux, de réactifs et matériels de laboratoire coure toutes les malchances d’être exécuter en deçà des attentes ;  car, toutes les sociétés grossistes  ne disposent pas de toutes ces catégories de produits pharmaceutiques en quantité, et sont limitées souvent par le manque de ressources financières pour passer les commandes de fourniture de large gamme. C’est à l’occasion d’une telle offre de marché que certaines chercheront à diversifier leur gamme pharmaceutique : rechercher de fournisseurs à l’étranger, recherche de visa d’importation, recherche d’un accompagnement bancaire ( lettre de crédit), délai de livraison… De là, advient le retard dans l’exécution de certains marchés.

Mieux homogénéiser les lots d’appels d’offres c’est tenir compte de la spécificité des différentes classes et catégories des produits de santé dont le degré d’urgence, les difficultés d’approvisionnement, la ponctualité des besoins, produits de forte rotation… La prudence serait de constituer un lot de médicaments d’urgence, un lot d’anesthésiques, lot de solutés massifs, lot de médicaments anticancéreux, lot de dispositif médicaux, lot de réactifs de bactériologie…Ceci a l’avantage de porter l’attention sur chaque catégorie de produits de santé permettant d’assurer sa gestion particulière.

Mettre un terme à la segmentation des circuits d’approvisionnement en médicaments. Dans certains pays membres de l’ACAME , on constate une segmentation des circuits d’approvisionnement : les centrales d’achats jouissant d’un monopôle d’état sur les MEG, approvisionnent les formations sanitaires publiques, tandis que les grossistes privés ne desservent que les établissements sanitaires privés. Par ailleurs, si les centrales d’achats s’arrogent le droit de conquérir le secteur privé (officines de pharmacies et dépôts pharmaceutiques), les grossistes du privé ne peuvent approvisionner le secteur public qu’en cas de rupture notifiée par les centrales d’achats ou en cas d’appels d’offre exclusivement ouvert au privé. Cette segmentation a l’inconvénient de voir délaisser les catégories et items de produits pharmaceutiques objet du monopôle des centrales d’achats par les sociétés privées qui ne disposeront que des spécialités de marques dont les prix flambent et des MEG en quantités très limitées. Le recours au secteur privé pour faire face aux pénuries de médicament dans le secteur public est non seulement lourd de procédures, mais il créée toujours un revers budgétaire (les médicaments équivalents de marque coûtent plus chers que les MEG) de nature à affaiblir les liquidités allouées aux hôpitaux publics pour leur réapprovisionnement en MEG.

Permettre le réapprovisionnement des produits passés sous appels d’offres

La pénurie des médicaments dans les formations sanitaires publiques au Burkina Faso tient des fois à l’impossibilité pour les pharmacies hospitalières de passer des réapprovisionnements pour les items des marchés exécutés. C’est le cas très déplorables et incompris des médicaments anticancéreux dans les CHU du pays. En dépit de l’existence de cancérologues dans ses structures et des grosses marges engendrées sur la vente des anticancéreux préalablement acquis sur appels d’offres à ordre de commande avec les jeunes sociétés pharmaceutiques de la répartition, l’on constate qu’une fois fini le stock aucun bon de réapprovisionnement n’est émis par la pharmacie pendant que les cancérologues continuent de prescrire. C’est une situation qui découle du monopôle de la CAMEG qui veut que les formations sanitaires publiques ne s’approvisionnement que chez elle, malgré qu’elle ne dispose pas de certaines classes thérapeutiques dont les antinéoplasiques et adjuvant de chimiothérapie anticancéreuse.

Aussi, la dépendance des pharmacies hospitalières publiques du directoire général des hôpitaux publics ainsi que la gestion des marchés publics , affectent beaucoup l'aptitude des pharmaciens à mieux penser des stratégies d’approvisionnement novateurs de sorte à assurer au mieux  la disponibilité des médicaments et gérer avec promptitude les éventuelles ruptures de stock.

La diversification des fournisseurs est la meilleure des solutions permettant d’assurer la disponibilité des articles et de minimiser leur rupture. Des exemples malencontreux de fournisseurs ont donné des leçons à prendre au sérieux : Sanofi était le seul fournisseur du vaccin contre la grippe pour la Nouvelle –Zélande en 2005 . Or, suite à un problème de production où un des souches virales avait été sous-dosée, le gouvernement, conscient et soucieux de la santé de sa population a beaucoup peiné pour trouver les quantités du vaccin avec d’autres fournisseurs. Dans le cas des importateurs, un accident de transport ou une incidence au cours du transport maritime (chute de centenaires dans les eaux) peut être à l’origine d’une rupture de stocks des mois durant, surtout quand il est seul attributaire d’un marché ou s’il détient un monopole (cas de la CAMEG). Au canada, la pratique du fractionnement des marchés est si avancé que même pour un item donné, on a recourt à plusieurs fournisseurs de médicaments essentiels.

Il est de la plus grande importance pour les Pharmaciens hospitaliers de convaincre les administrateurs des hôpitaux et le gouvernement d’envisager des méthodes d’approvisionnement novatrices de sorte à impulser une saine concurrence sur le marché du médicament , la seule garantie pour nos patients de pouvoir disposer des médicaments essentiels à prix accessible.

Tant que persistent les pénuries et la cherté des médicaments essentiels et des consomables médicaux essentiels , faire de l'accès au médicament un droit, n'est que démagogie. Contre le monopole et la concentration des offres du marché, le fractionnement des appels d'offres est l'innovation gage d'une meilleure disponibilité et accessibilité au médicament.

 

Dr KONATE Boureima

Pharmacien, Grossiste Répartiteur

........................

Sources :

(1) Charte des centrales africaines d’Achat des Médicaments Essentiels, juin 2008

(2) MacKay P. Is PHARMAC’s sole supply tendering policy harming the health of New Zealanders? J N Z Med Assoc 2005;118(1214):U1433. Publié au http://journal.nzma.org.nz/journal/118-1214/1433/. Consulté le 28 mars 2012

(3) Pour une concurrence avantageuse des médicaments génériques au Canada : Préparons l’avenir. Ottawa (ON) : Bureau de la concurrence Canada; 2008 nov. Publié au www.bureaudelaconcurrence.gc.ca/eic/site/cb-bc.nsf/ vwapj/GenDrugStudy-Report-081125-fin-f.pdf/$FILE/GenDrugStudy-Report-081125-fin-f.pdf. Consulté le 25 mai 2012

 

Copyright de l'image : tanakawho / flickr / Licence: CC BY-SA

La dernière fois mis à jour le 31.03.2014.

2 note(s) (4.5 ø)
1391 Consultations
Pharmaceutique
La longitud máxima de un comentario es 1000 caracteres.
Le nombre maximum de caractères pour un pseudonyme est 30.
Veuillez remplir les champs suivants.
Please insert a valid comment!
Click here and become a medical blogger!
Dans le cadre de mon Mémoire de Master en Santé (Publique) Internationale de l'Université Senghor d'Alexandrie, je plus...
L’exploitation optimale de cette plante médicinale et alimentaire, qualifiée « d’Or vert », pourrait plus...
L'article est paru le 04 août 2016 dans la revue PLOS Pathogens, et avec comme premier auteur, Hien Domonbabele, un plus...

Disclaimer

PR-blogs on DocCheck are sponsored blogs which are published on DocCheck by commercial providers additionally to regular userblogs. They may contain promotional statements. DocCheck is not responsible for this content.

Langue:
Suivre DocCheck: