Abus des antalgiques dans le sport

18.02.2014
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Si le dopage a longtemps été la problématique majeure de la Médecine du sport ; l’abus des médicaments de la douleur est devenu un secret de polichinelle, défrayant la chronique la vielle des grandes compétitions sportives. Qu’en sera-t-il des présents Jeux Olympiques d’hiver Sotchi 2014 et de la coupe du monde de football Brésil 2014 ?

Vouloir coûte que coûte jouer afin de préserver son poste malgré des douleurs parfois handicapantes, pousse les sportifs à l’automédication abusive aux analgésiques. Le plus utopique, c’est de chercher à prévenir l’occurrence des blessures et les douleurs par la prise préventive des analgésiques.

Dans la pratique, parfois, les médecins de sport sont complices de ces mésusages et abus d’analgésiques ou se voient des fois contraindre par le directoire du club sportif de recourir à l’administration des analgésiques à leurs sportifs. Ils pratiquent des injections intra-articulaires, intraveineuses, intramusculaire ou anales, d’anti-inflammatoires, d’antalgiques, de corticoïdes parfois associé à des anesthésiques pour maintenir opérationnel des joueurs ou les faire revenir précocement d’une blessure pour un match ou pour toute une compétition sportive.

En marge de l’Euro 2012, la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) avait tiré la sonnette d’alarme en l’occurrence, estimant très exagéré l’usage des antidouleurs dans le football. Le Responsable de la commission médicale de la FIFA, le Dr Jiri Dvorak fustigeait en ces termes « Sur le plan médical, le grand problème du football est l’abus d’anti-inflammatoire »

 
Des chiffres pour s’en convaincre !
Au cours de la coupe du monde FIFA 2010 en Afrique du Sud, 60% des joueurs ont pris au moins une fois un antalgique, 39% en consommait avant chaque match. 
En marge des coupes du monde FIFA 2002 et 2006, une étude de la FIFA sur les 72 heures d’avant les matchs, montrait que les anti-inflammatoires venaient en tête des antidouleurs pris.
Durant les Jeux Olympiques de Sydney 2000, 25% des athlètes ont eu recourt aux antidouleurs. Les JO de Londres 2012 n’ont pas manqué de confirmer le fléau ! 
En première division du football italien (Série A), 86% des joueurs prennent régulièrement des antidouleurs. 
La FIFA, déplore surtout la proportion (20%) de jeunes footballeurs de moins de 17 ans accros à la consommation des médicaments de la douleur. 
 
Toutes les douleurs ne sont pas d’origines inflammatoires !
Prendre des anti-inflammatoires sans évaluation clinique de l’étiologie de la douleur, relève d’un mésusage. Selon le Dr Alain Simon, ex-médecin de l’équipe de France, « 60% des tendinopathies résistent aux AINS ». Voilà qui pourrait justifier l’usage régulier des médicaments de la douleur par bon nombre de sportifs, parce qu’il se trompe de type de douleur. 
 
Prévenir les douleurs, c’est aussi masquer les plus graves et entretenir leurs complications
Il n’est pas toujours certain que la durée d’action des antalgiques correspondent à la survenue de la douleur ! Cela montre, combien il est inutile de vouloir les prévenir de la sorte. Il serait d’autant nuisible de prévenir les douleurs, car l’atténuation ou la suppression de leur sensation fausse l’évaluation de leur gravité et peut être à l’origine d’une impasse diagnostique : des factures, déchirures, qui, n’ont pris médicalement à temps peuvent se compliquer. Car, Supprimer la douleur n’est pas soigner la blessure
 
Différentes classes pharmacologiques entre dans les cocktails analgésiques des sportifs
Les analgésiques de palier 1 et 2 (paracétamol, codéine, tramadol, dextrométhophane, dihydrocodéine, éthylmorphine, pholcodine), les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (diclofénac, ibuprofène), les myorelaxants sont autorisés par le code mondial antidopage. 
Tous les médicaments retirés du marché ou n’ayant pas encore été autorisés désignés sous le nom de substances non approuvées sont interdites. Annuellement, l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) publie la « Liste des substances et méthodes interdites » (www.wada-ama.org ).
Les infiltrations aux corticoïdes ainsi que l’usage systémique par injection intraveineuse, intramusculaire, par voie orale ou anale est interdit d’après la liste 2012 du code antidopage (www.afld.fr ). 
Si les AINS sont en peloton de tête des antidouleurs utilisés dans le sport, l’un des grands fléaux reste l’usage abusif des corticoïdes en particuliers les infiltrations.
Selon la Professeure Christine Ayotte, Directrice du laboratoire de contrôle antidopage de l’Institut National de Recherche en Santé (INRS, www.iaf.inrs.ca ) du Canada, experte mondiale, les opiacées et les narcotiques antalgiques bien que interdits par l’AMA sont retrouvés dans les prélèvements lors des tests de contrôle antidopage. 
 
Antalgiques et sport font-ils bon ménage ? 
Les anti-inflammatoires, au vu de leur mécanisme d’action peuvent s’opposer à l’effort physique : la diminution de la synthèse des prostaglandines, puissantes vasodilatatrices et accélératrices de la filtration glomérulaire, peut retarder l’épuration du sang, entraînant logiquement l’accumulation précoce des déchets organiques. Ceci a pour conséquence immédiate la fatigue prématurée du sportif. Aussi en induisant cette insuffisance rénale aiguë , les AINS peuvent augmenter par ricochet leur propre toxicité par défaut d'une épuration sanguine normale.
 
Aussi l’inhibition de la synthèse des prostaglandines, induit une hausse de la production enzymatique des leucotriènes C par les lipo-oxygénases à partir de l’acide arachidonique, qui sont de puissants bronchoconstricteurs, donc à l’origine de l’essoufflement précoce du sportif. 
 
Les corticoïdes utilisés au long court induisent une augmentation de la masse osseuse et musculaires ; des phlébites par augmentation du taux de cholestérol, donc une lourdeur des membres, une diminution de la souplesse du sportif d’où la survenue des craquages ; une hausse du risque cardiaque pouvant conduire aux morts subites mainte fois constatées. 
 
Les antalgiques opioïdes peuvent entraîner une dépression du système nerveux central et induire ipso facto une baisse des performances cognitive, visuelle, respiratoire et physique. 
 
Les anesthésiques en plus de leur effet torsadogène, sont des vasodilatateurs locaux. Ils peuvent aggraver une hémorragie locale, et causer des phlébites. 
 
Au cours de l’activité physique les médicaments à métabolisme hépatique voient augmenter leur toxicité du fait de la surcharge fonctionnelle (épuration, détoxification des xénobiotiques) du foie. 
 
Sur le plan pharmacocinétique, la baisse de la filtration glomérulaire au cours du sport conjuguée à la déshydratation, est un facteur de risque de survenue d’intoxication médicamenteuse par défaut d’élimination et d’hémodilution. Si la cortisone est l’hormone du stress, il a été mis en évidence qu’un bolus de corticoïde induit un effondrement de la cortisolémie avec risque d’insuffisance surrénalienne (Guinot et al. 2007), un trouble physiologique pouvant occasionner des séquelles irréversibles. 
 
Du caractère dopant de l’usage préventif des antidouleurs
Peut-on parler de dopage aux antidouleurs dans le sport ? Le sport, en l’occurrence le football est une épreuve de souffrance. L’endurance est capitale dans le football. La limite de l’endurance, c’est la fatigue, qui, s’exprime par la douleur dans les muscles, les os etc. 
 
Un sportif sous antalgique, anti-inflammatoire, myorelaxant, antispasmodique pourrait ressentir à un seuil individuel plus élevé la douleur. Les masquant de la douleur, antalgique de palier 1 et 2 bien que autorisés, font reculer les limites de l’individu. En cela, on peut parler logiquement de dopage s’ils sont pris à visée préventive. C’est aussi de l’avis du Dr Bruno Sesbouë « En prendre systématiquement avant chaque match s’assimile à une pratique dopante ». 
 
L’abus des antidouleurs tue 
Le 03 Octobre 2011, Zakaria Zerouali, joueur du raja de Casablanca rendait l’âme des suites d’une hépatite fulminante induite par un surdosage sans appel de paracétamol. Selon le Médecin de l’équipe, Dr Arsi ALM, le regretté joueur a consommé 03 boites de paracétamol en l’espace de 24 heures pour se débarrasser d’une fièvre. Visée Suicidaire ou erreur médicamenteuse, ce cas laisse à méditer. 
Au canada, la tragédie des 03 hockeys décédés, et rapportée par l’Institut National de Recherche en Santé (INRS) du Canada en Septembre 2011, laisse perplexe.
 
Les quelques morts subites de footballeurs ont peut être des liens avec les médicaments de la douleur comme facteurs de risques. Marc Vivien Foé, international camerounais, 28 ans, est mort subitement le 26 juin 2003 au stade de Gerland de Lyon d’une rupture anévrisme lors d’un match de la coupe des confédérations contre la Colombie. Hédi Berrekhissa mort d’un arrêt cardiaque le 4 janvier 1997 au stade Chedly-Zouiten. John Ikoroma, footballeur nigérian s’en est allé à l’âge de 17 ans. Miklos Feher, footballeur hongrois a tiré sa révérence à 24 ans. 
 
Des antidouleurs à tout prix pour une fin prématurée de carrière 
Le meneur de jeu de l’équipe tchèque de l’EURO 2012, Tomas Rosicky, l’a peut être bien entériné. Incontournable, et annoncé absent pour cause de blessure au tendon d’Achille pour le match contre le Portugal en quart de finale, l’infiltration d’anti-inflammatoire était en option mais au risque d’aggraver la blessure de la star. 
 
Ronaldo Luiz Nazário de Lima, dit Ronaldo, est un cas édifiant. 
Le prodigieux attaquant du Brésil, est connu pour ces récurrentes blessures. A trois reprises, il a eu une rupture du tendon rotulien, en sus des déchirures répétitives. Des zones d’ombres de la carrière révélées dans l’ouvrage de Jean-Pierre de Mondenard, médecin spécialiste « Le dopage dans le football, la loi du silence » rapporte qu’il a été mis sous corticoïdes en vue de fortifier sa corpulence lors de son passage au PSV Eindhoven, qu’il usait régulièrement des AINS dont le diclofénac, comme avait lâché dans les colonnes Folha de Sao Paulo le Dr Bernardino Santi, médecin coordonnateur antidopage de la fédération brésilienne de football. 
Le malaise de Ronaldo à quelques heures de la finale de la coupe du monde France 98 face à la France laisse présager du lien avec une infiltration combinée d’AINS et d’anesthésiques. Cette thèse met en lumière, les effets indésirables à court et moyen terme des antidouleurs sur la résistance physique du sportif. « Je voulais continuer, mais je n’y arrive plus. Je pense à une action, mais je n’arrive pas à l’exécuter comme je le souhaite. Il est temps » a confié Ronaldo à la TV Globo. 
 
Au Burkina Faso, deux joueurs prodigieux ont connu des cas similaires de blessures à répétitions , et les liens avec les antalgiques seraient intéressant à sonder : Mamadou ZONGO, dit Bebeto, prodigieux attaquant des étalons et de l’ASEC d’Abidjan, aujourd’hui sélectionneur du Santos FC à Ouagadougou , a raccroché ses crampons la veille de la CAN 98 au Burkina Faso ; 
Alain Sibiri TRAORE, le gaucher mystique et sauveur des étalons et actuel sociétaire de Lorient en France, continue de tenir en haleine les fans du football par ses blessures incessantes.
 
Que des jeunes joueurs s’adonnent précocement à ces abus des médicaments de la douleur, il ya de quoi en être inquiété. « La société a tout intérêt à s'interroger sur l'usage souvent abusif de médicaments antidouleur chez les athlètes sportifs » dixit Pr Christine Ayotte. 
 
Dr KONATE Boureima , Pharmacien
 
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Pour en savoir plus 
 
« Dopage dans le football » : qui a tué Ronaldo (le Brésilien) ? http://www.rue89.com/rue89-football-club/2010/11/24/dopage-dans-le-football-qui-a-tue-ronaldo-le-bresilien-177458. 
 
La FIFA dénonce un abus d’antidouleurs chez les footballeurs. http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/sante-publique/la-fifa-denonce-un-abus-d-antidouleurs-chez-les-footballeurs. 
 
Analgesics and anti-inflammatory medications in sports: use and abuse. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20538155 
 
The athlete’s pharmacy. http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278591911000299
 

Copyright de l'image : Erich Ferdinand/ flickr  Licence : CC BY

La dernière fois mis à jour le 11.03.2014.

5 note(s) (5 ø)
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Qu'en est-il de la place de la mésothérapie dans ces études?
#3 à 05.03.2014 de Docteur Denis langinier (Médecin)
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très bonne constatation..davantage d'études dans ce sens sont necessaires
#2 à 05.03.2014 de Dr samir Bensouda (Médecin)
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invité
Excellent article Dr KONATE
#1 à 19.02.2014 de invité
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