Antipyrétiques, le recours systématique n'est pas à conseiller

04.02.2014
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Les antipyrétiques sont sans conteste les médicaments les plus prescrits en volume dans le monde. Libres d’accès, ces médicaments dits OTC over the counter, font l’objet d’une automédication pour les moindres sensations de fièvre par les patients.

Aussi, médecins, pharmaciens, et autres professionnels de santé ont-ils la gâchette facile sur cette classe de médicaments qu’ils conseillent à tord dès fois ! Loin d’être anodins en termes de sécurité sanitaire, les antipyrétiques (aspirine, paracétamol, ibuprofène …) doivent maintenir la retenue afin de limiter les abus ou mésusages en automédication ou en prescription dans les syndromes infectieux. 

Et pour raison, une étude canadienne parue récemment dans Proceedings of the Royal Society B révèle que les antipyrétiques amplifiaient les épidémies de grippe, non seulement en termes de gravité de l’infection chez l’individu mais aussi en termes de contagiosité pour l’entourage du malade.

Explications…

La fièvre est un mécanisme naturel de défense de l’organisme. Elle est utile en réponse aux infections virales, bactériennes et mycosiques (antigènes microbiens). Induite durant ces infections microbiennes par des pyrogènes endogènes cytokiniques dont les interleukines 1,6 et 11, les interférons, les prostaglandines E2 et le Tumor Necrosis Factor, la fièvre est donc une arme immunitaire. La fièvre aigue récente est définie par une hyperthermie pathologique inférieure à 5 jours avec une température centrale matinale supérieure à 37,5°C ou vespérale supérieure à 37,8°C.

Dans le cas particulier de l’immunité antivirale, une simple augmentation de la température de 37°C à 38°C peut induire une inhibition importante de la réplication virale permettant d’abaisser la prolifération et la virulence du virus pathogène. Par la même, la fièvre stimule la génération des lymphocytes T cytotoxiques pour une réponse immunitaire spécifique.

C’est dire qu’en l’absence de signes de gravité cliniques et de facteurs de gravité sous jacents (notamment chez le nourrisson et l’enfant de moins de 4 ans, la femme enceinte, le vieillard, l’immunodéprimé), il vaut mieux laisser agir la fièvre !

Les antipyrétiques haussent la mortalité et la contagiosité de la grippe

Dans le cas de la grippe saisonnière, l’étude canadienne montre bien l’intérêt de la fièvre.

En effet, selon les chercheurs, dès la baisse de la fièvre chez les patients grippés, ces derniers se sentant soulagés ont tendance à sortir très tôt de chez eux. Alors que leurs toux et éternuements ne sont pas atténués. En contact avec la population, ces grippés augmentent le risque de propager le virus grippal (Myxovirus influenzae) par les excrétions respiratoires. Le risque est d’autant élevé que ces liquides contagieux sont chargés de virus.

La baisse systématique de la fièvre par l’administration des antipyrétiques aura surtout contribué à rendre propice le milieu intérieur humain à la prolifération virale.

Le recours systématique à l’apyrexie par l’administration des antipyrétiques et la mobilité des patients durant la phase d’état (période de forte prolifération virale dans les cellules épithéliales de la muqueuse respiratoire) seraient donc responsables d’une hausse de 5% de l’incidence de la grippe.

De toute évidence cette estimation de 5% parait très en deçà de la réalité, car les chercheurs n’ont pas été en mesure de déterminer l’allongement de la durée de contagiosité (dépendant de l’individu et de l’âge) et la propension des patients à sortir de chez eux lorsque leur état fébrile aura été atténué.

Bien avant d’autres études menées sur le furet, le meilleur modèle animal pour la grippe humaine, avaient mis en évidence une hausse de la charge virale dans les excrétions après une administration de molécules antipyrétiques.

Et,  les chercheurs de faire le lien entre l’hécatombe de la grippe espagnole de 1918 et l’usage répandue de l’aspirine à l’époque.

Quelle attitude face à la fièvre ?

Il faut avant tout mettre à l’idée que la fièvre est un mécanisme naturel de défense anti-infectieuse en général, parfois elle est le signe de pathologies graves d’urgence médicale.

Le retentissement de la fièvre est quasi individuel : certains se sentent dans un four crématoire à 38.2°C pendant que d’autres ne sont aucunement affecté avec 39°C de température centrale.

C’est dire que la prescription systématique des antipyrétiques reste à justifier au cas par cas. Les pédiatres l’ont vite compris en abandonnant l’usage de l’aspirine et de l’ibuprofène chez leurs protégés, et de plus en plus ils ne recourent plus au paracétamol pour des fièvres peu intenses et peu incommodantes.

Néanmoins le recours systématique resterait justiciable pour les cas de fièvre iatrogénique. Certains médicaments sont connus pour induire des effets pyrogènes. La fièvre iatrogénique représente 3% des iatrogénies conduisant à une hospitalisation. Parmi ces médicaments pyrogènes on peut répertorier les interférons, les vaccins vivants atténués, le ténofovir, l’amphotéricine B, des antibiotiques, cytostatiques, vasoconstricteurs dont l’ecstasy…

En somme, le recours à l’apyrexie dans le cas de la grippe en particulier et dans les pathologies infectieuses doit être judicieusement argumenté, de sorte que l’usage des antipyrétiques ne soit une anti-arme à l’encontre de la réponse immunitaire anti-infectieuse.

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Dr Boureima KONATE , Pharmacien

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David J. D. Earn, Paul W. Andrews and Benjamin M. Bolker. Population-level effects of suppressing fever. Proceedings of the Royal Society B(2014).

Copyright de l'image : Claus Rebler /flickr / Licence: CC BY-SA

La dernière fois mis à jour le 11.03.2014.

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