Le gène de l’Alzheimer est bon pour la calcification

22. novembre 2011
Share article

Pourquoi le gène de risque APOE4 impliqué dans la maladie d´Alzheimer et les maladies cardiovasculaires n´a-t-il pas été sélectionné au cours de l´évolution ? Tout simplement car chez les personnes jeunes, il protège par exemple la santé osseuse.

L’Apolipoprotéine E (ApoE) a un rôle central dans la régulation de l’homéostasie des triglycérides et du cholestérol dans l’organisme. Le gène codant, le gène APOE, est un gène polymorphe ; trois allèles existent : APOE2, APOE3 et APOE4. La variante APOE4 est la forme la plus ancienne du point de vue de l’évolution biologique et a été identifiée dans différentes études comme étant un facteur de risque pour l’apparition de la maladie d’Alzheimer et de maladies cardiovasculaire chez les personnes à un âge avancé (late-onset). En Europe du nord plus de 20% de la population est porteuse de l’allèle APOE4, en Europe du sud, le taux est en-dessous de 10%.

Pourquoi au nom de Dieu, ou mieux, au nom de Darwin, APOE4 n’a-t-il pas été sélectionné au cours de l’évolution malgré les conséquences négatives sur la santé du porteur? Cette question a été posée par une équipe de recherche de l’Excellenzcluster de recherche sur l’inflammation de la Christian-Albrechts-Universität de Kiel et ils sont ainsi arrivés à un résultat intéressant : les porteurs de l’APOE4 jouissent d’avantages dans leurs jeunes années par rapport aux porteurs d’APOE 2 et APOE3.

Approvisionnement en vitamine D

Il a été attribué à la vitamine D une certaine fonction de protection contre la maladie d’Alzheimer, les maladies cardiovasculaires et les maladies osseuses. Elle est synthétisée par l’organisme humain sous l’effet de l’exposition solaire ou prélevée dans l’alimentation, par exemple le poisson et les produits laitiers. Conformément à « l’étude nationale sur la consommation 2 » du ministère fédéral allemand de l’alimentation, de l’agriculture et de la protection des consommateurs, 40 à 50% des personnes en Allemagne manqueraient de vitamine D. Dans les pays ensoleillés d’Europe du sud, les besoins en vitamine D sont en majorité comblés. Patricia Hübbe de l’institut pour la nutrition humaine et les sciences alimentaires et son collègue Gerald Rimbach se consacrent à l’effet conjoint de l’alimentation et de la génétique.

« Nous en avons profité et nous nous sommes interrogés sur l’existe d’un lien entre le faible taux de vitamine D et le haut taux d´APOE4 en Europe du nord, ainsi que sur l´augmentation de l’apparition de la maladie d’Alzheimer ou de maladies cardio-vasculaires en comparaison avec des contrées situées plus au sud ». Almut Nebel de l’institut de biologie moléculaire et chef du « Groupe de recherche pour un vieillissement sain » complète : « D’autant plus que la variante génétique APOE4 -pour autant que nous le sachions actuellement- n’a pas d’effet négatif au cours de la phase reproductive de l’être humain, mais seulement dans des âges plus avancés, durant lesquels il ne se reproduit plus ».

Résultats des recherches sur la souris confirmés

Les scientifiques ont examiné des souris transgéniques qui portent différentes variantes de l’APOE humaine dans leur patrimoine héréditaire. Les souris avec l’allèle APOE4 ont les plus hauts taux de vitamine D, en comparaison aux transgéniques APOE2 et APOE3. Pour vérifier ces observations chez l’être humain, l’équipe de recherche a examiné le statut en APOE et le taux en vitamine D dans les prélèvements de sérum et de plasma d’un échantillon aléatoire de la population. Les résultats des recherches sur la souris pourraient ainsi être effectivement confirmés. Gerald Rimbach résume les résultats de cette manière : « Le taux plus élevé en vitamine D des porteurs de l’APOE4 est probablement dû à une meilleure absorption de la vitamine présente dans l’alimentation. L’absorption et la concentration en calcium osseux sont également plus élevées chez les souris APOE4 que chez celles porteuses de l’APOE3 et l’APOE2. Nous avons ainsi pu montrer aujourd’hui pour la première fois l’influence de l’APOE4 sur le taux de vitamine D. Dans la phase de vie reproductive, les porteurs de l’APOE4 ont par rapport aux autres l’avantage que leur taux en vitamine D est plus élevé. Cela explique peut-être pourquoi cette variante génétique est toujours autant retrouvée, elle procure au minimum ces avantages jusqu’à un certain âge. ». Par ailleurs, l’influence négative de l’allèle APOE4 n’apparait clairement que maintenant, puisque les personnes âgées restent en bonne santé plus tard et vivent plus longtemps.

5 note(s) (4.6 ø)
Non classé

Comments are exhausted yet.



Langue:
Suivre DocCheck: