VIH : Safari de dons en Afrique

20. décembre 2011
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La lutte contre le VIH en Afrique est aussi un concours pour la meilleure mobilisation de fonds d’aide aux victimes. Des Big Pharma aux Big Gates, ils sont tous sur le terrain et distribuent de l'argent en grandes quantités. Les succès se positionnent là où chacun trouve sa place - et le plus important : ceux qui ont le pouvoir dans ces pays se joignent à eux.

L’information est toute récente : le taux global de primo-infection par le VIH a diminué de 21 % depuis 1997, indiqua un rapport de l’UNAIDS avant le 1er décembre, jour mondial contre le SIDA cette année. Même en Afrique sub-saharienne, où 68 pour cent de toutes les personnes infectées par le VIH vivent et où 70 pour cent de toutes les nouvelles infections apparaissent, les taux d’infection ont diminué depuis 1997 d’à peu près 26 pour cent. C’est grâce à une série de différents facteurs que ce premier obstacle important dans la lutte globale contre le VIH a pu être franchi. En premier lieu sont cités les fonds considérables d’aide qui abreuvent financièrement depuis quelques années la lutte contre le SIDA, particulièrement en Afrique. Cependant, l’importance des gouvernements ne doit pas non plus être sous-estimée.

Lutte contre le VIH : les médicaments ne sont pas tout

C’est un fait qui a pu être bien étudié en Tanzanie. D’un point de vue purement numérique, le pays est au quatrième rang mondial quant au nombre de personnes infectées par le VIH. Comme c’est un grand pays, cela ne se reflète pas tellement sur la prévalence moyenne qui est, pour la population totale, de trois à quatre pour cent et pour les adultes d’environ six pour cent. D’autres petits pays en Afrique se trouvent à ce niveau-là à des taux beaucoup plus importants. Le problème vraiment brûlant en Tanzanie est celui des régions comme celles tout à fait au nord autour de la mer Victoria ou de quelques pauvres provinces à proximité de la métropole Dar-es-Salaam, où les taux sont clairement à deux chiffres.

La Tanzanie a longtemps essayé de résoudre l’épidémie de HIV par l’attentisme : ce n’est qu’en 2007 que, un quart de siècle après la découverte du virus, le gouvernement proclama une stratégie nationale anti-VIH. Les médicaments antirétroviraux n’étaient auparavant souvent obtenus que difficilement. Et le test de dépistage du VIH lui-même devait fréquemment être payé, au moins partiellement, par les concernés. Depuis 2007, c’est différent : « Il y a, uniquement à l’ouest de la mer Victoria, plus de 50 Care-and-Treatment-Center » dit le Dr. Jonathan Stephen du village de Bukoba sur la rive de l’ouest du lac Victoria, qui agit avec l’organisation non-gouvernementale tanzanienne TADEPA ; celle-ci se déplace avec des équipes de consultation et de diagnostic mobiles dans les villages de pêcheur de la région, identifie des personnes infectées par le VIH et effectue un travail de prévention.

Les Care-and-Treatment-Center couvrent le pays entier. Ils forment la colonne vertébrale de l’infrastructure de thérapie nationale. Là, chaque personne infectée par le VIH reçoit gratuitement des multithérapies composées de combinaison d’antirétroviraux. Les différents tests rapides de détection du VIH sont également gratuitement disponibles dans l’ensemble du pays. Cela fut possible grâce aux gros bonnets des fonds d’aide aux victimes. Des organisations comme la Gates Foundation et le Global Found ne donnent pas seulement de l’argent pour des médicaments, mais acceptent en partie eux-mêmes d’avoir des partenariats avec des « Big Pharma » ou des « Big industries du diagnostic », ou alors ils négocient directement en prenant en compte les budgets des gouvernements régionaux respectifs. La conséquence : « Aujourd’hui, les médicaments ne sont plus un problème » , selon Stephen.

Empower your granny !

En revanche cela devint un problème pour de nombreuses initiatives de promotion plus petites qui durent s’orienter tout à coup vers de nouveaux objectifs. L’initiative Secure-the-Future de la Bristol-Myers-Squibb Foundation commença par exemple dans les années 90 en Afrique avec des projets anti-SIDA. Équipée avec un capital de base de 150 millions d’euro, ils glissèrent dans une sorte de crise d’identité, alors que Bill Gates et le Global Fund envoyait des milliards d’euros en Afrique sub-saharienne. « Nous devions nous réorienter », dit Phangi Mtshali Manciya, directrice de la fondation. Ce ne fut pas voué à l’échec. Car le problème du VIH en Afrique ne peut être résolu que par l’argent. La BMSF, comme quelques autres organisations de soutien, se concentre en particulier sur des projets sociaux et communaux, que ce soit pour s’occuper des enfants qui ont perdu leurs parents à cause du VIH, ou pour l’organisation de réseaux de consultation et de diagnostic mobiles comme TADEPA.
Dans la région de Kibaha, à une heure et demie de voiture au nord-ouest de la métropole côtière Dar-es-Salaam, on peut observer à quoi cela ressemble concrètement. Celui qui voyage dans cette région trouve des villages dans lesquels la moitié des enfants ont perdu leurs parents à cause du VIH. Sur les places des villages, tout est vivant et joyeux comme si souvent en Afrique. Ce n’est que lorsqu’on regarde avec plus d’attention qu’il devient clair qu’il manque la génération d’âge moyen, ou au moins que celle-ci est fortement diminuée.
La lutte contre le VIH se développe dans une configuration sur 2 niveaux. D’une part, les autres adultes doivent être aidés pour veiller à leur subsistance et à celle des enfants, indépendamment du fait de savoir si ce sont les leurs ou pas. Dans le cadre du programme Secure-the-Future, uniquement dans la région de Kibaha, 45 groupes de grands-mères avec plus de 700 grands-mères, auxquelles on a appris des gestes artisanaux et agricoles et qui sont aussi soutenues autrement par la fondation, par exemple grâce au don de tracteurs, ont été développés.

Microcrédits pour les orphelins du VIH

D’autre part, les enfants doivent devenir vraiment beaucoup plus indépendants vraiment beaucoup plus tôt que « la normale ». Pas indépendants n’importe comment, mais de manière à pouvoir poursuivre leur scolarité. Sur ce point aussi, on prend des chemins innovateurs dans le Kibaha : des programmes de micro-crédits que les enfants et les jeunes organisent eux-mêmes ont été développés. Ils fonctionnent ainsi : les actionnaires, exclusivement enfants, se rencontrent une fois par semaine et déposent la contribution de la semaine de 200 de schilling tanzanien, environ 10 centimes. Par leur contribution régulière, les actionnaires acquièrent le droit de demander, en cas de besoin, des microcrédits qui sont donnés par « le comité de direction composé de trois personnes » – trois filles adolescentes-. Les crédits sont normalement demandés pour des fournitures scolaires et le taux d’intérêt forfaitaire est de 2 %. Celui qui nécessite ainsi 10.000 schillings, en obtient effectivement 9.800.

Si durant une réunion tous les capitaux recueillis ne sont pas redistribués sous forme de microcrédits, le reste est déposé dans une caisse avec trois serrures. L’argent n’est accessible que si les trois « directrices de banque » ouvrent chacune sa serrure. L’objectif est clair : un groupement de capitaux qui est complètement soustrait au contrôle des adultes est créé. L’argent permet aux enfants de se soutenir mutuellement pour achever leur scolarité en évitant le plus de heurts possibles. Les premiers projets de ce genre furent si réussis qu’entre-temps, uniquement dans la région de Kibaha, plus de 100 sociétés de micro-crédit gérées par des enfants naquirent. En outre de telles structures peuvent aussi être utilisées pour informer les enfants sur le VIH, et empêcher que le même destin que celui de la génération de leurs parents ne leur arrive.

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1 commentaire:

Très informatif comme article!
L’initiative de la fondation ATEPA est très imaginative. C’est à la racine du problème qu’il faut agir à savoir la pauvreté, qui pousse les filles et femmes à se prostituer ou à s¿attacher à des hommes dans l¿espoir que ceux-ci les épousent où les prennent en charge, les jeunes à manquer du minimum d’argent pour se payer les préservatifs.
Et c’est là, que les programmes gouvernementaux doivent agir: lutter davantage contre la pauvreté par l’octroi des crédits à la création de petites et moyennes entreprises, la subvention et l¿accompagnement technique aux activités du secteur primaire (agricole, élevage) , scolariser gratuitement les enfants…
C’est cette pauvreté extrême qui fait le nid à la corruption et aux détournements de deniers publics grandissants dans bon nombre de pays africains. Il est bien admis qu’une part importante des fonds alloués à la lutte contre la pandémie du VIH est détournée.
Aussi dans certains pays, des malades doivent des fois octroyées des pots de vin aux acteurs de prise en charge des personnes vivants avec le VIH. Je cite ici une actualité chaude venant du Burkina Faso où les parlementaires ont mis en place un groupe d’enquête sur les marchés publics et la gestion des programmes de santé publique (celui du VIH-SIDA, où des patients sont amenés à payer 50% du coût des ARV avant d’être pris en charge!)
L¿indicateur sur lequel l¿ONUSIDA se réjouit est flatteur : il s¿agit de la prévalence. Certes elle est en baisse dans certains pays, constante dans d¿autres, mais évolue ailleurs ! (moyen orient). Le nombre de personne vivant avec le VIH continue d¿augmenter : 7000 nouvelles infections par jour ! De 1997 à 2010, on est passé du pire au mauvais, alors, il n¿ya rien de réjouissant. Il faut davantage de programme intégré de prise en charge du VIH-SIDA : lutte contre la pauvreté, l¿analphabétisme, la mauvaise gouvernance, la prise en charge des séropositifs et les personnes affectées par le VIH-SIDA.
L¿objectif Zéro de l¿ONUSIDA est un tonneau vide. Quel crédit accordé à ce programme au moment où les financements du programme s¿effondrent !

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