Bisphénol A : et l’émail s’effrite doucement

5. août 2013
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Le plastifiant bisphénol A (BPA) semble être un véritable produit du diable. Récemment, les scientifiques ont montré qu’il peut aussi endommager l’émail de manière durable et irréversible.

Le bisphénol A (BPA) est fabriqué en grandes quantités dans le monde entier. Il entre dans le corps humain principalement par la nourriture, dont l’emballage contient le composé. Boîtes et contenants de boissons en plastique, mais aussi conserves et canettes métalliques contiennent du bisphénol A. Dans le corps humain, ce produit chimique omniprésent semble, même à de faibles concentrations, agir comme des œstrogènes féminins. Le BPA pourrait être responsable de troubles du développement, dommages neurologiques, affaiblissement du système immunitaire, risque accru de cancer, (notamment cancer du sein), troubles comportementaux, infertilité chez les hommes, obésité, diabète et problèmes cardiovasculaires selon les avis et discussions actuelles des scientifiques. On peut maintenant ajouter à cette liste un affaiblissement durable de l’émail des dents, parce que, surtout dans les premiers mois de la vie, au cours de la formation de l’émail, les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets du BPA et les concentrations dans leur corps sont élevées, rapportent des chercheurs français.

Cassantes, tachées et sensibles à la douleur

La Molar-Incisor-Hypomineralisation (hypominéralisation molaires incisives ou MIH) est un trouble de la minéralisation des incisives permanentes (incisor en anglais) et des premières molaires permanentes (molar en anglais) au niveau des mâchoires supérieures et inférieures. Les incisives supérieures sont plus souvent touchées que celles du bas. Une MIH ne doit pas être négligée. Les concernés ont une coloration allant de jaune-blanc à brun sur certaines zones ou la totalité de la dent. Plus la couleur est sombre, plus la structure de la dent est poreuse et plus le risque est grand de perte de substance en post-éruptif. L’émail hypominéralisé par rapport à l’émail normal a une teneur plus faible en calcium et en phosphore ainsi qu’une teneur en carbone plus élevée. La résistance mécanique de l’émail touché est réduite, ce qui peut entraîner, même en cas de forces de mastication normales, à un effritement de l’émail. Il n’est pas rare que la victime souffre d’une sensibilité accrue à des stimuli thermiques, chimiques et mécaniques. Si les soins dentaires font mal, on entre dans un cercle vicieux, car une hygiène bucco-dentaire négligée conduit à des caries dentaires. Pendant le traitement par le dentiste, la douleur de la plupart des jeunes patients peut souvent ne pas être substantiellement améliorée, même par une anesthésie locale. Les enfants atteints souffrent alors beaucoup des sessions chez le dentiste.

De plus en plus de cas de MIH

Selon la Zahnärzteblatt Baden-Württemberg, la prévalence de MIH est, en Allemagne, de 0,6% à 5,6%. Selon l’étude, les taux de prévalence se situent entre 3,6% et 25% – avec une tendance générale à la hausse. La phase de minéralisation de couronnes dentaires, qui a lieu du 8ème mois de grossesse aux 5 ans de l’enfant, est fortement perturbée au niveau de ces dents. L’émail est comme une archive qui enregistre de manière permanente et irrévocable les conditions durant cette période, écrivent les chercheurs. Les scientifiques suggèrent que, en cas de MIH, les adamantoblastes – des cellules spécialisées qui forment l’émail – sont en partie irréversiblement détruits au cours de cette phase.

Des causes peu claires

Quelles sont les causes de la MIH ? Les nombreuses études qui ont été menées à ce jour sont toutes arrivées à la même conclusion : bien qu’il existe des soupçons, l’étiologie unique de la MIH reste incertaine. Parmi les scientifiques, le manque d’oxygène pendant ou après la naissance, les maladies pulmonaires obstructives chroniques, l’administration précoce de certains antibiotiques, des niveaux élevés de dioxines et de polychlorobiphényles (PCB) dans le lait maternel, des maladies infectieuses telles que la diphtérie, la scarlatine, les oreillons, la rougeole, ainsi que des troubles du métabolisme minéral causés par la malnutrition, la maladie cœliaque ou une carence en vitamine D sont actuellement discutés. Des causes multifactorielles sont aussi actuellement l’objet des discussions sur les causes de cette pathologie. Dès 2004, des scientifiques évoquèrent l’hypothèse selon laquelle les composants libérés par les bouteilles en plastique, en particulier en cas d’habitude de tétée prolongée, auraient un impact négatif sur la formation de l’émail. Ainsi, les résultats d’une étude française suggèrent que le plastifiant bisphénol A pourrait affaiblir l’émail des dents durablement. Les bases de ce travail de recherche ne sont pas seulement l’augmentation de l’exposition au BPA et d’autres substances semblables aux hormones, mais aussi l’augmentation de la MIH.

Les limites de l’UE, trop élevées ?

Les chercheurs testèrent d’abord la manière dont le BPA affecte l’émail sur des rats. Ils exposèrent les animaux avant la naissance et au cours des semaines suivantes à des concentrations de BPA qui étaient inférieures d’un facteur dix à la valeur quotidienne tolérable spécifiée par l’UE de 50 microgrammes par kilogramme de poids corporel. Après un mois, 75% des rats présentaient une coloration blanche des dents et des zones fragilisées. Les scientifiques étudièrent les dents sous le microscope, ils constatèrent que les changements correspondent exactement à ceux des dents humaines en cas de MIH : l’émail contient trop peu de minéraux et trop de composés organiques – en particulier de protéines.

Le BPA perturbe la dégradation des protéines

Un examen plus attentif montre la cause du problème : la formation de l’émail des dents commence à l’intérieur de la dent par la construction d’une structure protéique. Elle est utilisée par la suite en tant que structure pour le dépôt minéral. Lorsque tous les minéraux sont positionnés, le squelette de la protéine est pratiquement obsolète et sera alors décomposé, de sorte que l’émail dur de la dent puisse être formé par cristallisation. Le BPA perturbe apparemment ce processus chez les rats et les humains de la même manière : sous l’influence du BPA, dans la première étape, les dents accumulent trop de protéines qui ne peuvent pas être correctement détruites dans la deuxième étape. Ainsi, ils entravent la cristallisation – l’émail reste mou et fragile. Par la suite, les scientifiques veulent tester les conséquences précises du BPA au niveau moléculaire. Bien que les expériences sur les rats laissent peu de place au doute, les chercheurs travaillent déjà à la preuve finale indiquant que le BPA déclenche une MIH chez l’homme.
En Allemagne, le 1er Mars 2011, le Ministère fédéral de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Protection des Consommateurs a interdit le BPA dans les biberons. La vente de biberons fabriqués auparavant avec cette substance a été autorisée jusqu’à la fin du mois de mai 2011. Mais dans de nombreux autres plastiques, l’utilisation du plastifiant BPA est toujours permise.

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Dentisterie, Études, Médecine

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