Chirurgie esthétique : le triomphe du néné

1. août 2013
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Les chirurgies pour avoir de plus gros seins et le ventre plat, mais aussi de plus petites de lèvres au niveau de la vulve, sont très demandées. L’industrie de la chirurgie esthétique est en plein essor et se nourrit de clients nantis. Mais cela a-t-il encore quelque chose à voir avec l’idéal du médecin de guérir des malades ?

De plus en plus d’allemands, inconnus mais avec un porte-monnaie relativement bien rempli, passent sous le bistouri. La République fédérale se situe à la huitième place internationale pour les opérations de chirurgie esthétique, derrière les leaders : États-Unis, Brésil et Chine. Les estimations concernant le travail des chirurgiens plasticiens et de leurs collègues sont ainsi actuellement d’au moins 300 000 à environ un million de procédures sur des personnes en bonne santé qui estiment que leurs corps n’est cependant pas parfait, et veulent faire quelque chose pour y remédier.<

Le plus souvent, il s’agit d’un changement au niveau de la poitrine, d’une chirurgie de la paupière ou d’une liposuccion. Parfois, les médecins accomplissent les souhaits un peu étranges des patients. En 2003, « Vogue » rapporta la demande de femmes de New York de modeler la forme du pied pour qu’elle soit adaptée à la mode des talons aiguilles et des tongs. « Et si raboter rendait heureux », titrait DocCheck il y a quelques mois sur les motifs, mais aussi la satisfaction des clients à optimiser la forme du corps.

Aspect inadéquat sous la culotte

La chirurgie de la partie la plus intime du corps de la femme, les lèvres de la vulve, subit un essor important et intensif. 5440 opérations furent réalisées par les chirurgiens de la Société allemande de Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique (DGPRÄC) en 2011. Les enquêtes auprès des patients montrent les faits suivants : seulement environ la moitié des femmes se sont plaints de douleurs lorsqu’elles étaient sur un vélo ou pendant les rapports sexuels. L’autre moitié n’était tout simplement pas satisfaite de leur apparence et décida donc de faire réduire la taille de ses lèvres. Une autre étude chez 33 femmes en bonne santé ayant pris la décision de cette correction décrit l’anatomie externe de leurs organes reproducteurs chez presque toutes les concernées comme optiquement normale. Même après une explication appropriée du médecin, près de la moitié des femmes gardèrent leur projet.

Il n’existe pas de chiffres exacts sur la fréquence et le lieu où les chirurgiens esthétiques en Allemagne manient le scalpel ou aspirent la graisse. Ainsi, près d’une demi-douzaine de sociétés professionnelles en Allemagne revendiquent représenter la médecine esthétique. Par conséquent, le nombre de complications et les effets indésirables de ces opérations sont largement inconnus. Comme chaque médecin agréé peut se prévaloir du titre de « chirurgien plastique » même sans qualification particulière, il est aussi probablement plus fréquent que dans le cadre d’autres interventions que les résultats soient différents de ceux imaginés par le patient.

La médecine qui exauce les souhaits

Qu’est-ce que tout cela a encore à voir avec l’éthique du médecin ? La médecine ne devrait-elle pas être utilisée pour le traitement médical des maladies et des incapacités plutôt que pour la « déformation » de personnes saines selon leurs souhaits ? Matthias Kettner de l’Université de Witten / Herdecke inventa, il y a quelques années, le terme de « médecine qui exauce les souhaits », grâce à laquelle on peut gagner beaucoup d’argent – surtout grâce à la demande croissante au cours des dernières années. Certains médecins attirent beaucoup plus d’argent que le produit des nombreuses restrictions dont de plus en plus de médecins de la sécurité sociale souffrent, en plus de la charge de travail croissante. Pas étonnant qu’Uwe Boldt de « Medical One » à Düsseldorf dit de son travail dans le domaine médical privé : ici, vous avez la possibilité de profiter en tant que médecin et de consacrer plus de temps au patient. Les détracteurs de la « médecine esthétique » pure – indépendamment de l’utilisation de la chirurgie plastique après un accident ou un handicap -, les accusent cependant souvent « de rendre malade des gens en bonne santé », comme le formula Adrien Daigeler, professeur de chirurgie plastique à la Berufsgenosseschaftlichen Klinik Bergmannsheil à Bochum.

Engouement pour la beauté chez les jeunes

Le médecin doit-il alors seulement être le fournisseur de services pour les gens malheureux avec un budget de santé important ? Un service considéré comme coûteux et honteux ? Mais les chirurgiens plasticiens ne sont pas les seuls assis sur le banc des accusés. Les êtres humains veulent de plus en plus, une amélioration de leurs qualités physiques ou mentales ou simplement rajeunir avec l’aide du médecin et du pharmacien. Des idéaux de beauté exagérés mais qui apparaissent déjà lorsque le corps adolescent n’est pas encore mature. Par conséquent, l’Association médicale allemande appela les politiciens et les églises en 2005 à une « coalition contre l’obsession de la beauté » dans les médias, pour, au minimum, ne pas cibler les jeunes. Le nombre d’intervention étant assez faible comparée à l’activité totale de cette branche, cela empêche, principalement pour des raisons juridiques (autodétermination des mineurs et les droits des parents), d’interdire la chirurgie esthétique sans indication médicale.

Normes de qualité au lieu de messages publicitaires

Il y a presque un an, la Commission centrale d’éthique de l’Association médicale allemande publia un communiqué sur « les traitements médicaux sans maladies liées ». Avant chaque traitement, il doit donc y avoir une consultation approfondie. Il faut faire passer en premier la santé, et ensuite seulement les souhaits du patient et certainement pas les intérêts commerciaux du médecin ou de son employeur en premier lieu. Cela signifie inclure d’autres options de traitement que celles de la clinique visée par le patient – mais aussi la capacité de s’adapter à la situation actuelle. Le médecin doit proposer uniquement des traitements pour lesquels il dispose des compétences nécessaires. En général, la commission d’éthique ne se retourne pas contre le mercantilisme dans la chirurgie esthétique – sachant que le patient peut continuer à chercher après un refus et donc parfois passer entre les mains d’un « médecin » moins qualifié.

Cependant, dans le cadre de ces services, souvent généreusement récompensés, de chirurgie cosmétique sans maladies liées, on a l’impression que le médecin se rapproche plus du vendeur que du thérapeute bienveillant. Ainsi, on perdra de plus en plus confiance dans le corps médical dans son ensemble. Confiance, que certains vendeurs d’IGeL trop zélés ont déjà mise à rude épreuve. Pour gagner une certaine réputation dans ce domaine, des standards de qualité et des codes de déontologie devraient être mis en place le plus vite possible dans les messages publicitaires. Les erreurs et bâclages ne doivent pas rester sans conséquences et doivent être contrôlés et sanctionnés par les chambres compétentes autonomes.

La mort plutôt que de gros seins

Ainsi, en 2011 à Hambourg, eut lieu un incident fatal lors d’une augmentation mammaire. Il s’agissait de la cinquième opération d’une star du porno qui voulait atteindre une taille de bonnet « G ». L’anesthésiste a été condamné à une peine avec sursis, mais le juge a également fait des reproches importants à la clinique : la santé doit primer sur le profit au niveau du personnel et du matériel. Quand, par exemple, la page d’accueil de la prestigieuse chaîne d’hôpitaux citée au début participe au casting de l’émission de chirurgie esthétique de RTL-2 « Extrem Schön », cela réveille globalement le souhait de passer du fait d’être malheureux à la sensation d’être plus attrayant. Certains observateurs voient ainsi une division de la société, même dans le domaine de la santé. Ceux qui peuvent devenir plus attractifs avec l’aide de médecins et ceux qui restent proscrits. Et puis il y aurait ceux pour lesquels une intervention de chirurgie plastique-discount suffit – sans gestion de la qualité.

Chirurgie esthétique = blessure corporelle ?

Le « nihil nocere » joue-t-il encore un rôle important dans l’action médicale au cours des procédures esthétiques sur un corps sain ? « Les interventions chirurgicales qui cherchent à modifier le corps humain sans nécessité médicale », s’apparentent au sens juridique strict à des blessures physiques, mais sans conséquences à cause du consentement des patients, interprète l’avocat berlinois Carsten Zabel sur la chirurgie esthétique sans maladie. La question reste cependant de savoir si le mécontentement des gens avec leur propre corps conduit à une grave perte de qualité de vie – et peut-être à un besoin de correction par des professionnels bien formés. La vérité se situe probablement quelque part au milieu, et parait bien différente pour chaque patient qui subit une opération de son plein gré. Celui qui aide les gens malheureux à être plus satisfait et gagne de l’argent grâce à cela, peut toujours être un bon médecin respecté. Toutefois, celui qui explique aux personnes que sans un corps impeccable, elles auraient un désavantage concurrentiel dans leur carrière et leurs relations personnelles, devrait réfléchir si de médecin, il n’est pas devenu homme d’affaires.

15 note(s) (4.6 ø)
Chirurgie, Médecine

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6 commentaires:

clinicien norbert chembou
clinicien norbert chembou

Bonjour,
Très bon article. Ne sommes-nous pas sur la voie bien tracée d’une médecine déshumanisée? Les générations futures vont-elles pouvoir encore voir en la médecine, un métier avant tout humanitaire où l’homme est au centre et non l’argent?
Dans mon pays le Cameroun, ceci peut faire naître des »pseudos vocations médicales »
Merci pour ces analyses très pertinents.
A très bientôt!

#6 |
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Dr. Yen Bui
Dr. Yen Bui

Bonjour,
Très bon article. Mais Votre conclusion relance le débat que l’homme d’affaires peut-il être honnête. Si tel est le cas, faut -il tous les supprimer? D’autre part, un médecin honnête peut-il admettre sincèrement que l’apparence conditionne la carrière professionnelle et les relations personnelles? Selon le livre « Le corps des apparences »et d’autres études, c’est simplement de la réalité, décriée, mais strictement exacte! Notre société est ainsi faite!

#5 |
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PHARMACIEN LAURA TAGNY
PHARMACIEN LAURA TAGNY

C’est triste
La médecine est un métier plein de noblesse qui ne devrait pas ce rabaisser à fréquenter le monde du porno à la recherche d’une clientèle déjà tellement fragilisée
Où va t on?

#4 |
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pierrette meury
pierrette meury

Ma fille , 20 ans, souffrait d’une malformation mammaire, pas de prise en charge sécu car elle ne souhaitait pas de prothèse, juste avoir une forme de seins normale, vous trouvez cela injustifié ? Combien parmi ces interventions ont été essentielles pour que la patiente se sente bien dans sa vie et sa peau à la suite ? Difficile de porter un tel jugement quand on ne connait pas la part d’interventions ayant répondu à un besoin essentiel pour le patient. Si elle avait eu une demande de prothèse, il y aurait eu prise en charge sécu et son intervention aurait été classée comme médicalement justifiée? Nous ne sommes pas des nantis au porte feuille bien garni, je suis infirmière, mais le choix de le faire sans prothèse nous a semblé prudent sur un plan médical et nous avons assumé le coût de l »intervention.

#3 |
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médecine générale Danielle Moens
médecine générale Danielle Moens

Supprimer des complexes , améliorer l image de son patient sont des actes aussi essentiels et vénérables que de soigner ou tenter de soigner une pathologie. Du moment que le patient s implique financièrement. Il est grand temps de mettre fin à l hypocrisie autour de ce sujet. Et si le médecin gagne sa vie correctement grâce à son travail , tant mieux pour lui pour autant qu il met tout en œuvre pour ne pas sombrer dans la dérive
Danielle moens

#2 |
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je ne vois pas où est le problème à partir du moment où la sécurité sociale n’intervient pas et le patient est bien informé

#1 |
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