C’est celui qui est pauvre qui y est

3. février 2012
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Il n’y a pas que le statut socio-économique objectif qui joue sur la santé. Le statut social subjectif a également apparemment une influence sur notre bien-être sanitaire, puisqu'il est étroitement lié à la fonction des bêta-adrénorécepteurs.

Aux USA il existe déjà depuis longtemps des études concernant le lien entre le statut social subjectif (SSS) et la santé, mais cela arrive avec hésitation dans les pays germanophones. En novembre 2010, Ruth Hegar et Andreas Mielck du Helmholtz-Zentrum Munich ne purent pas trouver la moindre étude germanophone sur le thème « statuts sociaux subjectifs et santé ».

Frank Eutenheuer (Philipps-Universität Marburg), Paul J. Mills (University of California, USA) et al. montrèrent dans leur récente étude qu’un faible statut social ressenti de manière subjective peut apparemment réguler négativement in vivo les récepteurs bêta-adrénergiques. Les bêta-récepteurs régulés négativement sont considérés comme signes d’hyperactivation sympathique continuelle – celle-ci étant par ailleurs liée à un risque cardio-vasculaire élevé.

Les scientifiques examinèrent 94 participants sains au cours de cette étude. Ceux-ci devaient estimer leur statut au moyen de « l’échelle de MacArthur du statut social subjectif ». L’échelle de MacArthur est l’instrument habituel pour illustrer le statut social subjectif (SSS). Il s’agit de l’image d’une échelle à 10 niveaux sur laquelle les participants doivent indiquer par une croix le niveau auquel ils pensent appartenir.

Les barreaux de l’échelle sociale

Les participants à l’étude durent placer sur deux échelles différentes leurs croix : une fois sur celle se référant à l’échelle de statut social aux Etats-Unis (SSS-USA), et une fois sur une échelle qui considère le statut local (SSS-C, « C »= community). Il est intéressant de constater qu’il peut tout à fait y avoir des différences entre ces deux positionnements : un participant peut par exemple se positionner dans son pays comme relativement bas sur l’ « échelle sociale » car il est peu formé et a un revenu faible. Il peut toutefois se sentir localement positionné relativement haut, parce qu’il est par exemple un membre estimé dans une communauté confessionnelle locale ou dans une association sportive. Le statut objectif des participants a été saisi avec le Hollingshead Two-Factor Index, qui s’intéresse aux statuts « profession » et « formation ».

Pour comprendre la sensibilité des récepteurs bêta-adrénergiques, les auteurs utilisèrent la « dose chronotrope 25 », brièvement « CD25 », comme marqueur. En même temps, l’isoprotérénol, un agoniste bêta-adrénergique, fut injecté aux participants à l’étude. Ainsi, la quantité nécessaire de l’agoniste pour augmenter la fréquence cardiaque de 25 battements par minute fut déterminée. Plus la sensibilité aux bêta-récepteurs était faible, plus les doses nécessaires d’isoprotérénol étaient élevées. Il s’avéra que la sensibilité des bêta-récepteurs était significativement réduite chez les participants avec un faible statut social subjectif (SSS-USA : p = 0,007, SSS-C : p < 0,001). Après l’adaptation des données en fonction de variables socio-démographiques (âge, ethnicité, sexe), des facteurs de santé (sédentarité, fumeur, Body-Mass-Index) et aussi du statut social objectif, le SSS-C était toujours un prédicteur significatif de la sensibilité des bêta-récepteurs. Les auteurs en conclurent que la fonction du récepteur bêta-adrénergique représente un lien crucial entre le statut social subjectif et la santé.

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