Recherche sur la toxicomanie : les cowboys sniffent (la coke) plus vite que leur ombre

22. février 2012
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Pour les fumeurs, le seuil de dépendance à la cocaïne est beaucoup plus faible. C’est à cause de la nicotine qui change les nerfs dans le centre de récompense du cerveau. Les médicaments qui interfèrent avec la régulation des gènes dans ce domaine pourraient être un moyen pour remédier à la dépendance.

L’ « overdose » est la fin du chemin d’un drogué. Cela aurait-il pu être évité, ou la victime a-t-elle été poussée dans cette voie, à cause de la dépendance qui lui aurait été fournie par son matériel génétique à la naissance ? Le code génétique détermine pour près de moitié si une personne a un risque particulier de dépendance aux drogues ou à l’alcool. Mais on ne sait pas encore à quoi ressemblent exactement ces gènes de risque.

La nicotine incite les souris à devenir accro à la cocaïne.

Depuis l’automne dernier, nous savons que l’utilisation régulière de la cigarette facilite grandement la transition vers la cocaïne. La nicotine augmente l’activité des gènes dans le centre de récompense du cerveau, le striatum, en interagissant avec les histones, des protéines liant l’ADN.

Le groupe de recherche du prix Nobel Eric Kandel de la New Yorker Columbia University simula chez la souris des bouffées de cigarette par de la nicotine dans l’eau potable durant une journée ou une semaine. Puis il ajouta de la cocaïne, et la sensibilisation locomotrice de l’animal augmenta de près de 100 pour cent. Les animaux devinrent hyperactifs quand ils attendaient leur récompense tant espérée. En comparaison avec leurs congénères sans traitement à la nicotine, ils préféraient beaucoup plus souvent (78 pour cent des cas) avoir une place dans la cage dans laquelle ils avaient obtenu le stimulus.

Même dans le cadre du remodelage des synapses chez les souris cocaïnomanes, les auteurs de l’article de «Science Translational Medicine» observèrent des variations en fonction de l’histoire de l’animal. La nicotine provoqua dans le noyau accumbens une réduction plus importante des potentiels de longue durée induite par la cocaïne. Cela provoque une libération locale de dopamine et donc un effet de récompense.

La modification des histones : dépendance par boucle de rétro-contrôle.

En regardant les gènes dans le striatum, les personnes qui analysent l’ADN enregistrèrent une augmentation de la fabrication des produits du gène FosB. Ce facteur de transcription est une vieille connaissance des spécialistes de la toxicomanie. Presque toutes les drogues induisent sa sécrétion en continue, qui est à son tour étroitement liée à des changements dans le comportement des toxicomanes. Dans les expériences des chercheurs de New York, le traitement à la nicotine provoque une augmentation supplémentaire de la production de FosB. Le poison du tabac modifie aussi l’activité d’enzymes, la quantité d’histones acétylés liés à l’ADN (H3 et H4), et inhibe les désacétylases appropriées. Les histones avec leurs résidus acides ne lient plus le brin d’ADN aussi efficacement. En conséquence, de nombreux gènes sont plus souvent transcrits, y compris celui de FosB, ce qui permet de maintenir l’envie de consommer de la drogue.

Les chercheurs furent également en mesure de simuler l’effet de la nicotine grâce à un inhibiteur synthétique de l’histone-desacétylase. Il serait possible, en tout cas c’est ce que les auteurs espèrent, que cela puisse donner une indication sur des possibilités d’intervention médicale quand goûter à la drogue a tourné à la dépendance. Une chose semble déjà être certaine : pour ceux qui essaient d’échapper à la dépendance avec des patchs à la nicotine ou des e-cigarette, cela peut-être bon pour les poumons, mais le désir permanent d’être contenté ne diminuera probablement pas.

Particulièrement à risque: les adolescentes stressées

Un certain nombre de facteurs contribuent à expliquer l’attrait de la toxicomanie. Surtout chez les jeunes, le stress permet un remaniement malsain au sein des grands interneurones de notre centre de récompense. Une fois en place, les changements dans l’expression des gènes sont extrêmement stables. Par conséquent, même ceux qui ont renoncé depuis de nombreuses années à assouvir leur soif de drogues ont un risque de rechute. Les femmes ont un risque plus élevé que les hommes. Chez elles, le centre de récompense réagit aux stimuli déclencheurs à des niveaux de dopamine plus élevés que chez les hommes.

Dans un récent numéro de la revue «PNAS» des chercheurs montrèrent chez le rat de laboratoire que les adolescents sont particulièrement vulnérables. La satisfaction, telle que mesurée par l’activité dans le noyau accumbens, était la même chez les animaux adultes et ceux plus jeunes, mais la propension à avoir certains comportements chez le rat adolescent était beaucoup plus grande.

Les chercheurs autour d’Eric Kandel ne limitèrent pas leurs recherches sur la nicotine comme drogue d’introduction à la cocaïne en faisant des expériences sur des souris, ils testèrent également leurs hypothèses dans le milieu de la drogue à New York. Une recherche sur plus de mille élèves du secondaire réalisée à partir d’une étude précédente montra que trois cocaïnomanes sur quatre commencèrent leur vie de drogué avec le tabagisme. L’alcool est une autre drogue qui est souvent au début de la chute des toxicomanes. Est-ce que la bière et les alcools forts peuvent accomplir la même chose que la cigarette au niveau du centre de récompense dans le cerveau? Qu’en est-il de la marijuana? Ce sont des questions auxquelles l’équipe du département de neurosciences de l’Université de Columbia souhaiterait répondre.

Une thérapie d’avenir contre la dépendance : « réinitialiser » les synapses?

Dans le «Nature» qui fut publié plus tôt cette année, un article de Christian Lüscher et ses collègues de l’Université de Genève montre comment aider les toxicomanes à trouver un moyen de sortir de ce cercle vicieux. Au moins chez les souris, les chercheurs purent arrêter ce comportement addictif (habituation au stimulus et comportement correspondant). En utilisant des méthodes optogénétiques, ils firent des changements permettant un retour en arrière au niveau des modifications des synapses qui avaient été causées un usage régulier de cocaïne. Après cela, les souris préalablement dépendantes se comportèrent normalement. Bien que la méthode issue des expériences sur les animaux ne peut pas être directement extrapolée à l’homme, Luscher et d’autres experts mettent de grands espoirs dans l’idée d’influencer les ondes cérébrales par des méthodes physiques telles que la stimulation magnétique transcrânienne ou la stimulation cérébrale profonde, et ainsi réprimer le besoin extrême des toxicomanes pour leur drogue.

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1 commentaire:

Excellent rêve de chercheur!

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