Cholestérol HDL : un méchant garçon ?

22. février 2012
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Les résultats d’une étude récente pourraient révolutionner la quantification du cholestérol HDL : les chercheurs ont découvert que le soi-disant «bon» cholestérol HDL peut aussi être «mauvais» et peut même aggraver les réactions inflammatoires.

En règle générale, une différence est faite entre le taux de «bon» cholestérol HDL et de «mauvais» cholestérol LDL. « On parle d’une valeur de HDL ayant un effet positif sur le risque cardio-vasculaire quand elle se situe au-dessus de 40 mg / dL pour les hommes et 45 mg / dL pour les femmes. » dit le chercheur Dr. Marcus Säemann. En revanche, les patients à risque doivent maintenir le taux de mauvais LDL en dessous de 100 mg / dL, les patients à haut risque (diabétiques et maladies coronariennes) inférieures à 80 mg / dL. Ainsi, le LDL contribue aux maladies cardiovasculaires comme l’infarctus du myocarde et les hémorragies cérébrales, tandis que le bon cholestérol HDL en protège. Récemment, les experts de l’université de médecine de Vienne ont clairement établi que chez les patients dialysés l’effet anti-inflammatoire des HDL n’est pas présent.

« En plus, le HDL renforce la réponse inflammatoire et pourrait donc expliquer l’inflammation chronique latente qui est associée à un risque cardiovasculaire élevé », a déclaré Säemann. Dans une étude détaillée sur le HDL chez les patients dialysés, il a même été constaté chez des personnes atteintes d’insuffisance rénale la présence d’une molécule particulière, appelée sérum amyloïde A (SAA), qui est produite par le foie, à un taux significativement plus important chez ces patients. Le SAA est une cause très probable de certaines anomalies du HDL. « Si vous incluez le SAA dans un HDL sain, il devient inutilisable », a déclaré le Dr Thomas Weichhart. « Nous avons découvert quelques autres molécules dans le HDL des patients atteints d’insuffisance rénale qui n’ont presque aucun effet chez les personnes saines et nous les testons donc aujourd’hui en tant que potentiel marqueur pronostic », a ajouté Säemann.

La qualité plus importante que la quantité

Cette découverte pourrait modifier l’évaluation du cholestérol HDL. Jusqu’à présent, un niveau élevé de HDL était considéré comme idéal, car il fut démontré de manière convaincante dans le cadre d’études importantes qu’il empêche ou a un rôle prophylactique sur l’athérosclérose. «Plus important que la quantité, il y a évidemment la qualité du HDL. Le taux de cholestérol HDL non-fonctionnel est inutile – et même, des taux de HDL élevés n’indiqueraient pas une si bonne santé », ajoute Weichhart. Autre constatation : «La diminution de la valeur de LDL est donc plus importante que l’augmentation de la valeur de HDL», a déclaré Säemann. Toutefois, il n’est actuellement pas possible d’identifier rapidement et avec des tests simples le «mauvais» HDL. Les deux chercheurs travaillent actuellement au développement de tels tests.

Ils ont déposé en commun avec l’université de médecine de Vienne un brevet dans le but de déterminer les changements des taux de HDL en utilisant quelques tests de laboratoire simples et ainsi avoir dans le futur une meilleure estimation du risque de maladie cardio-vasculaire – et donc pouvoir intervenir plus tôt sur le plan thérapeutique. Ces dernières années, il a été montré pour certaines maladies comme la maladie coronarienne (CHD), le diabète ou l’arthrite rhumatoïde, que chacune a apparemment son propre HDL caractéristique. En outre, il arrive parfois que les nouvelles protéines de HDL trouvées chez les insuffisants rénaux soient aussi retrouvées dans le HDL de ces autres malades, le HDL perdant ainsi ses propriétés anti-inflammatoires, vasculaires et protectrices. «Nous avons caractérisé des protéines spécifiques dans le HDL des patients atteints d’insuffisance rénale qui font augmenter de manière exclusive ou importante le taux de HDL de ces patients. Nous voudrions les estimer quantitativement sans passer par l’isolation de HDL (coûteuse en temps et en argent) en utilisant des moyens de détection directe des protéines dans le sérum ou le plasma des patients à risque (idéalement en utilisant l’ELISA – enzyme-linked immunosorbent assay : méthode permettant d’estimer la quantité de protéine avec un anticorps), pour que le pronostic et la stratification (l’estimation du risque associé à la progression de la maladie) puissent permettre d’évaluer le risque cardio-vasculaire individuel », a déclaré Säemann.

Avec le nouveau test de laboratoire, on pourrait désormais examiner si l’altération du HDL est associée un mauvais pronostic chez les patients insuffisants rénaux, même à un stade précoce de leur maladie, et si cela se produit aussi chez les patients souffrant de diabète ou après un infarctus du myocarde. Ainsi, il serait possible, en utilisant un simple test, d’intervenir tôt d’un point de vue thérapeutique, et ainsi modifier de manière significative le pronostic global, selon les chercheurs de l’université de médecine de Vienne.

La conclusion du médecin

« La détermination seule des niveaux de HDL ne suffit pas pour prédire un risque cardiovasculaire, mais sa qualité ou sa composition est tout aussi importante. Un deuxième point important : le bon cholestérol HDL agit apparemment comme une molécule anti-inflammatoire majeure chez les personnes en bonne santé ; mais s’il perd cette fonction, cela pourrait expliquer pourquoi les patients atteints d’insuffisance rénale ont souvent des infections permanentes, ce qui est mauvais pour leur pronostic de survie », conclut Säemann.

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1 commentaire:

Votre article est si intéressant, que je me permets de rappeler ses idées essentielles émises par les chercheurs:
– Le HDL habituellement désigné bon cholestérol peut devenir mauvais (mauvais HDL) par la présence du sérum amyloïde A (SAA) chez les insuffisants rénaux
– On estime que les diabétiques, les insuffisants coronaires, les patients souffrants de polyarthrites rhumatoïdes, les AVC auraient des HDL spécifiques, anormaux ou non-fonctionnels
– Le taux de HDL serait mois important que la qualité
– La baisse du taux de LDL aurait un meilleur pronostic que la hausse du taux de HDL
– Des protéines biologiques (comme le SAA) peuvent inactiver le HDL, et donc leur recherche et dosage permettra d’apprécier la qualité du HDL et prévenir l’installation d’une pathologie chronique spécifique.
– Le HDL procède d¿une activité anti- inflammatoire, son inactivation expliquerait la fréquence des infections chez les dialysés qui ont des HDL inactivés par le SAA.
Vive la recherche médicale !

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