Vulvodynie : City sans sexe

22. février 2012
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Des sensations de brûlure ou des douleurs dans la région pubienne, qui durent souvent depuis des années, suggèrent une vulvodynie. Le fardeau de la maladie est difficile à porter pour les patientes et les médecins n’ont toujours pas de thérapies établies. Dans certains cas le succès peut venir de la chirurgie.

Voici une histoire, comme on en trouve dans la vie réelle : Charlotte York-actrice dans « Sex and the City » – dut se faire traiter pour une douleur vaginale dans la série. Quand son médecin diagnostiqua une vulvodynie, il dit laconiquement que la souffrance n’était pas grave, juste inconfortable. Charlotte reçut un antidépresseur à faible dose, et tout semblait être rentré dans l’ordre. Des médecins et des organisations de patients, fédérés par des représentants de la National Vulvodynia Association livrèrent bataille contre ce point de vue aux États-Unis. Leur mot d’ordre : la série banalise une maladie grave, chronique, conduisant à de grandes souffrances pour les patientes et leurs partenaires.

Agonie

En cas de vulvodynie, un simple effleurement des parties génitales tourne à la torture, même si ce n’est que par les sous-vêtements ou les tampons. La douleur parfois décrite comme insupportable peut se propager à l’anus et affecte immensément la vie quotidienne : dans les cas extrêmes, les personnes atteintes ne peuvent même pas rester assises pendant de longues périodes. D’autres patientes signalent des démangeaisons, une miction douloureuse et des sensations de pression. Inévitablement, elles se restreignent très souvent à faire l’amour, la pénétration s’avérant pratiquement impossible.

Pas rare – mais rarement diagnostiquée

Uniquement aux États-Unis, des millions d’habitantes sont concernées, comme le prouve une étude de population. Ces chercheurs interrogèrent 2269 femmes du Michigan. Leur résultat : environ 8,3 pour cent souffraient au moment de la collecte de données d’une vulvodynie. Il y en avait aussi près de 18 pour cent qui avaient eu au moins une fois dans leur vie des symptômes semblables. Les auteurs commentèrent que, par conséquent, la vulvodynie correspond à une maladie courante, bien que rarement diagnostiquée, avec une prévalence élevée chez les femmes sexuellement actives de tout âge. Sur 208 femmes qui énoncèrent des critères correspondants à la maladie, seulement 101 avaient cherché une aide médicale, et le bon diagnostic ne fut effectivement posé que dans seulement trois cas. «Jusqu’à présent, aucun médecin n’a pu m’aider, car la plupart ne sait même pas ce qu’est la vulvodynie » expriment en ce sens les femmes sur un forum d’entraide. Les patientes atteintes consultent un certain nombre de médecins avant que la maladie ne soit diagnostiquée. Cependant, on ne sait pas clairement comment la vulvodynie se déclenche.

Des causes énigmatiques

Malgré de nombreuses investigations, les scientifiques n’ont encore trouvé aucune cause. Ils ont même développé de nombreuses hypothèses : les infections aux trichomonas, par des mycoses ou par le papillomavirus humain semblent plus que suspectes. Souvent elles ne guérissent pas correctement, et l’inflammation persiste à des niveaux infracliniques. D’autres facteurs de risque sont détectés au niveau de l’utilisation des médicaments qui agissent sur les voies génito-urinaires, y compris lors d’une thérapie ancienne par antibiotiques. Les hormones ont également été citées, qu’elles soient administrées par voie topique ou systémique – ce dernier cas pour la contraception orale. Une hypersensibilité aux produits d’hygiène personnelle et des réactions à l’oxalate dans l’alimentation sont également en cause. Comme autre déclencheur possible, les gynécologues ont aussi remarqué des rapports sexuels tôt et réguliers. Par ailleurs, les suites de chirurgie dans la région génitale ne sont pas totalement écartées. D’autres études font porter la responsabilité aux maladies auto-immunes comme le lupus érythémateux ou le lichen scléreux. Les généticiens ont également signalé des mutations dans le matériel génétique, les zones qui sont touchées étant celles codant pour des médiateurs tels que l’interleukine-1β. Les anomalies correspondantes ont été associées à des processus inflammatoires beaucoup plus longs comparés à ceux de la population normale.

Les neurologues et les psychiatres ne sont d’aucun secours

D’un point de vue neurologique un grand nombre de terminaisons nerveuses peut être localisé dans la région vaginale. Mais il y a des indices : des gynécologues de l’University of Rochester School of Medicine and Dentistry, USA, examinèrent chez des patientes atteintes de vulvodynie la réponse cutanée à la capsaïcine, connue comme un moyen efficace de stimulation de divers nocicepteurs. Durant la stimulation, les femmes avaient significativement plus de douleurs, accompagnées par une fréquence cardiaque au repos plus élevée et une pression artérielle systolique inférieure au repos comparées aux valeurs chez les témoins. Pendant ce temps, les psychiatres débattent sur la dépression et l’anxiété, ce qui ne parle pas en faveur de déclencheur psycho-sexuels. Un lien avec un traumatisme antérieur n’a pas pu être démontré.

Aucune preuve

Compte tenu du fait que l’étude reste évasive, voici ce qu’il y a comme conclusions : il n’y a pas de déclencheur typique de la vulvodynie, mais plusieurs facteurs semblent pertinents. À partir de cela, on peut développer quelques stratégies thérapeutiques : régime sans acide oxalique, TENS, des anesthésiques locaux ou des hormones devraient améliorer les symptômes. A titre expérimental, on en est venu à utiliser des antidépresseurs tricycliques, des ISRS, ou la gabapentine. Ces médicaments sont déjà le fruit d’une longue expérience dans la fibromyalgie et les douleurs neuropathiques. D’autres collègues recommandèrent des techniques de relaxation, allant du yoga à la relaxation musculaire progressive selon Jacobson. Et les thérapies sexuelles devraient permettre une vie amoureuse plus heureuse en indiquant des alternatives aux rapports sexuels douloureux. Dans les cas bénins, un anesthésique local accompagné de lubrifiant peut aussi aider.

Tous ces traitements reviennent à sonder le brouillard : selon une méta-analyse, les essais cliniques randomisés sont insuffisants. Des chercheurs de la Vanderbilt University de Nashville, Tennessee, ne trouvèrent aucune preuve de leur efficacité – autre que pour le placebo. Cependant, il y a une exception.

Le scalpel contre la douleur

En cas de syndrome de la vestibulite vulvaire (SVV), une forme particulière de vulvodynie, la chirurgie peut effectivement aider comme cela l’a été prouvé. Quels sont les symptômes ? Les patientes atteintes de VVS se plaignent de rougeur et d’inflammation de l’orifice vaginal, mais toutes les recherches réalisées ne donnent, sans surprise, que des résultats négatifs. Histologiquement, on observe des processus inflammatoires chroniques, mais sans infection active. En découle le procédé suivant : les gynécologues retirent les couches de peau touchées dans le cadre d’une vestibulectomie partielle et enlèvent également, si nécessaire, la zone de l’anneau hyménal. Enfin, ils couvrent la zone avec un plastique coulissant. Pour vérifier de manière critique la sécurité et le succès de cette méthode, les médecins finlandais menèrent une étude de cohorte rétrospective sur 57 patientes incluant des entretiens, des questionnaires, des examens gynécologiques et des tests de contact pour évaluer la sensibilité à la douleur. Un écrasant 91 pour cent des femmes étaient satisfaites de l’issue de la chirurgie. En ce sens, diverses échelles indiquèrent une diminution des scores de douleur et de problèmes lors des rapports sexuels. Mais quand il n’y a pas de SVV, la méthode chirurgicale est un échec.

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1 commentaire:

VULVODYNIE, une nouvelle pathologie à enrichir la pathologie médicale.
Excellante redaction

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