Virtopsy : Mort sous IRM

5. mars 2012
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Les Experts : Berne: Grâce aux experts médico-légaux suisses, les procédures d’imagerie sont de plus en plus mises en avant dans le cadre des autopsies. L’autopsie virtuelle est le mot magique, avec la tomodensitométrie et les ordinateurs au lieu de scies à os. Mais le scalpel a encore un long chemin devant lui avant d’être remisé au placard.

« Si nous devions brûler un cierge sur toutes les tombes de personnes assassinées pour lesquelles nous croyons à tort qu’elles sont décédées de mort naturelle, tous les cimetières seraient éclairés pendant la nuit. », tels sont les mots radicaux de Horst Herold, ancien chef de l’Office fédéral de police criminelle. Aujourd’hui, la situation ne s’est pas nettement améliorée – autour de 860.000 personnes meurent chaque année en Allemagne, mais seuls quelques-unes finissent sur la table des médecins légistes, principalement pour des raisons de coût.

Très chère mort

Les autopsies médico-légales doivent être effectuées par deux médecins dont un médecin assermenté ou le directeur d’une institution compétente, conformément au Code de procédure pénale allemand. Après l’inspection à l’œil nu de l’extérieur du corps, le ventre, la poitrine et le crâne sont examinés, puis des tests toxicologiques, de biologie moléculaire et pathologiques suivent. Mais le personnel est coûteux, et de nombreuses institutions ont déjà fermé ou fusionné. Et les certificats de décès délivrés négligemment empêchent également de détecter tous les crimes violents. Ainsi, les techniques d’imagerie pourraient au moins fournir des indications préliminaires sur les causes non-naturelles de la mort. Cette hypothèse est par ailleurs étayée par la constatation suivante: quand le corps est finalement rendu pour inhumation, voir même incinération, tous les indices sont définitivement perdus. Toutefois, les données peuvent être analysées plusieurs années plus tard, dans une perspective entièrement nouvelle, si de nouveaux soupçons apparaissent ou si une potentielle arme du crime est soudainement découverte. D’un point de vue méthodologique, les médecins légistes profiteraient de l’expérience obtenue sur les patients vivants.

Mais qui a inventé cette procédure?

Des méthodes particulières telles que la tomodensitométrie (TDM) ou l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ont été mises en place en médecine humaine depuis longtemps. Concernant l’exposition aux rayonnements, les médecins légistes n’ont pas à le prendre en compte, et ils peuvent donc utiliser des doses plus élevées de rayons X. La tomodensitométrie post-mortem multi-couches par ordinateur permet ainsi de fournir des images claires avec une excellente résolution, et en un rien de temps. Les données peuvent être archivées sur disque ou envoyées à des experts externes. En outre, les membres de la famille se sentent plus à l’aise si elles savent que leurs proches ne passent pas sous le scalpel de la médecine légale avant les funérailles.
L’un des pionniers dans ce domaine est le Professeur Dr. Michael J. Thali. Avec son équipe de l’Université de Berne, il a développé « Virtopsy », une association de plusieurs techniques d’imagerie : le scanner laser sonde la peau pore après pore, ils ne peuvent manquer aucune piqûre, éraflure ou coupure. Puis on passe au Multiline-CT et à l’IRM en profondeur. On obtiendra finalement sur l’ordinateur une image en trois dimensions de la dépouille mortelle grâce à toutes ces données. Avec la virtopsy, Thali a obtenu de bons résultats au niveau des lésions des tissus mous telles que les morsures, qui ont été comparées avec les dents des auteurs potentiels. On peut aussi associer les actes violents tels que des coups de fusil ou des coups de couteau avec de potentielles armes de crime et déterminer la trajectoire des coups de couteaux et des projectiles.

Des crimes terribles précisément reconstruits

Le Professeur Dr Michael Tsokos et le Dr Lars Oesterhelweg de l’Institut de Médecine Légale de la Charité à Berlin ont aussi annoncé avoir obtenu avec cette nouvelle technologie des succès d’avant-garde: ils déterminèrent, sur la base de l’air contenu dans les poumons de deux bébés qui ont été jetés par la fenêtre, qu’ils étaient encore en vie avant la chute. Éléments de preuve incriminants pour le criminel : la question de savoir s’ils étaient mort-nés, put être réfutée rapidement. L’injection d’air dans le cas de l’euthanasie n’est également plus un secret, il est classique dans de telles situations qu’on ne dépasse pas le stade du doute raisonnable. En outre, le médecin légiste identifia de petites traces laissées par un projectile dans un crâne complètement fracassé, et cela après plusieurs décennies. Les os en disent aussi beaucoup plus long dans le cadre de l’autopsie virtuelle: des fractures, cicatrisées longtemps avant, par exemple causées par des mauvais traitements, deviennent visibles.

Ou sinon, dans le cadre d’un accident de la circulation ayant entraîné la mort : sur la base de la reconstruction tridimensionnelle de fractures le médecin légiste pourrait conclure qu’un cycliste a été heurté par l’arrière et ne venait pas – comme le prétend l’automobiliste – d’une route secondaire, en violation des règles de circulation sur la route principale. Quand il s’agit de structures fines comme les vaisseaux sanguins, afin de mieux les observer, les médecins utilisent une astuce: si la décomposition n’est pas encore très avancée, ils font circuler avec une machine cœur-poumon l’agent de contraste dans la dépouille mortelle, ces efforts sont alors récompensés par une angiographie détaillée. En plus des avantages purement scientifiques, les collègues bénéficient également d’aspects éthiques, dans les cas où des parents refusent d’autoriser l’ouverture du corps si les cadavres n’ont pas été saisis par le parquet. En outre, dans de plus en plus d’endroits, les personnes décédées sont systématiquement examinées par des procédures virtuelles dans le cadre de l’assurance qualité pour éliminer les erreurs médicales.

Jamais sans mon scalpel

Néanmoins, les techniques d’autopsie virtuelle ne rendent pas les techniques établies superflues, selon le résultat d’une étude à l’hôpital John Radcliffe, Oxford, Royaume-Uni. Des collègues autour de Ian SD Roberts ont comparé la précision de la TDM et l’IRM post mortem à l’autopsie classique. L’équipe a étudié 182 cas – et recensé un certain nombre d’erreurs: 32 pour cent pour la TDM et de 43 pour cent pour l’IRM. En particuliers, des maladies cardiaques ischémiques, des embolies pulmonaires, des inflammations pulmonaires ainsi que des lésions abdominales n’ont pas été remarquées. En outre, même si dans 42 pour cent (IRM), ou 34 pour cent (CT) des cas les radiologues étaient sûrs que le passage sous le scalpel n’était pas nécessaire – lors de l’autopsie ultérieure, il y avait encore dans 21 pour cent (IRM) et 16 pour cent (CT) des cas une divergence significative sur la cause supposée de la mort. La conclusion: Ian SD Roberts certifie que les méthodes virtuelles ont sans aucun doute un potentiel formidable, mais il voit encore des améliorations significatives à faire. Cela se reflète dans la pratique légale allemande, durant laquelle les preuves obtenues par imagerie ne sont actuellement utilisables qu’en combinaison avec une autopsie devant le tribunal. Cependant, avec les données de reconstitutions numériques des lieux du crime, les juges, les magistrats et les procureurs présentent des preuves au procès qui sont plus claires que ne pourraient l’être des pièces écrites ou des schémas seuls. Maintenant, les scientifiques travaillent sur l’optimisation plus poussée de ces technologies.

Recherche sur la décomposition

Avec l’aide de l’IRM on peut détecter des produits de dégradation venant de divers processus de décomposition – ce qui est important pour la détermination la plus précise possible de l’heure de la mort. Par ailleurs, des projets sont en cours dans le style de la «Body Farm » aux États-Unis : des expériences de décomposition y commencèrent en 1971, dans différentes conditions et avec une évaluation macroscopique ; maintenant, les médecins légistes essaient de reconstituer les événements en TDM. Comment les organes évoluent-ils – et quelles sont les répercussions des gaz de décomposition ou des fluides sur l’enquête ? De ces données, on attend en définitive de savoir si ou quand l’autopsie virtuelle va supplanter les méthodes traditionnelles.

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2 commentaires:

Dr Jean SURZUR
Dr Jean SURZUR

Il fallait y penser. Bravo !

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docteur Aitsaid Samia
docteur Aitsaid Samia

trés interressant article.

#1 |
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