Infections nosocomiales : des nouvelles du labo

22. mai 2013
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Lorsque les patients tombent malade à l’hôpital et que les antibiotiques ne sont plus efficaces, cela peut devenir extrêmement dangereux et coûteux. Les chercheurs et les médecins tentent des approches différentes pour maîtriser ces infections à l’hôpital.

Les infections nosocomiales sont un problème. Un gros problème. Chaque année, on dénombre environ 400 000 à 600 000 de ces infections et environ 7 500 à 15 000 décès y sont associés. Dans ce contexte, un des dangers est le développement de germes multi-résistants qui peuvent être mortels particulièrement chez les patients immunodéprimés ou les patients gravement malades. Bien que la situation de la résistance chez les bactéries à Gram-positif multirésistantes (Staphylococcus aureus (MRSA), Enterococcus résistant à la vancomycine (ERV)) semble meilleure aujourd’hui qu’il y a 10 ans grâce à l’introduction de nouveaux antibiotiques, tôt ou tard, la résistance réapparaîtra. Par conséquent, les chercheurs ne sont pas seulement à la recherche de nouveaux antibiotiques, mais explorent aussi d’autres directions.

Vaccins spécifiques prêts en quelques jours

Un exemple est le projet du Dr Andreas Wieser et du Pr Sören Schubert, tous deux de l’Institut Max von Pettenkofer de l’Université Ludwig-Maximilians de Munich. Ils développèrent une méthode pour produire des vaccins spécifiques contre les agents pathogènes isolés en moins de deux semaines. Les bactéries des malades sont isolées, puis mises en culture, génétiquement modifiées et ensuite purifiées et stabilisées grâce à une méthode basée sur des colonnes. De minuscules particules de bactéries forment la base pour le vaccin. Une telle formulation est particulièrement adaptée pour les patients qui ne sont pas encore infectés par l’agent pathogène, mais qui, en raison d’un traitement long ou difficile, doivent passer plus de temps à l’hôpital ou qui sont en plus immunodéprimés.

Dans quelle mesure la vaccination est efficace chez les patients déjà infectés, cette question n’est pas encore suffisamment clarifiée. « Ce n’est certainement pas une solution miracle, mais peut-être un autre moyen de protéger certains patients », déclara le Dr Wieser. Chez l’animal, le vaccin fut efficace sous forme de pulvérisation nasale, ainsi qu’en injection.

« La nouvelle méthode, pour laquelle nous avons déposé un brevet, offre une perspective intéressante à la fois en médecine vétérinaire et en médecine humaine. Principalement car on utilise une méthode préventive contre les agents pathogènes de plus en plus résistants sans utilisation d’antibiotiques chimiques. Cela pourrait ralentir le développement de la résistance des agents pathogènes et éviter des morts inutiles. Tout dépend, bien sûr, de la vitesse de fabrication, ce qui ne peut finalement être évaluée qu’après les études d’enregistrement et les limitations des autorités de régulation », déclara Wieser.

Profiter de la vulnérabilité des micro-organismes

Une autre approche dans la recherche de traitement contre les agents pathogènes multi-résistants est suivie par le Professeur Dr. Günter Fritz de l’hôpital universitaire de Fribourg. En collaboration avec des scientifiques américains, il put montrer que notre système immunitaire détient effectivement un antidote efficace contre le SARM. La protéine calprotectine, aussi connue sous le nom S100A8/A9, peut inhiber la croissance des agents pathogènes lorsqu’elle est amenée sur le site de l’infection par les cellules immunitaires, en liant les métaux zinc et manganèse. De nombreux micro-organismes nécessitent le manganèse pour la production d’une superoxyde dismutase fonctionnelle. « Avec cette enzyme, le micro-organisme se défend contre les molécules réactives d’oxygène émises par les cellules immunitaires sur le site de l’infection pour nuire aux envahisseurs. L’élément manganèse est donc vital pour le SARM », déclara le Dr Fritz.

Il est maintenant en mesure de révéler le mode d’action moléculaire de la calprotectine dans la fixation du manganèse et du zinc, ce qui montre un point faible des micro-organismes. Ces résultats vont maintenant être utilisés pour développer de nouveaux composés qui se lient au manganèse et sont donc bactériostatique, ou de trouver des moyens de stimuler le système immunitaire afin qu’il puisse faire face aux agents pathogènes eux-mêmes.

Mais si ce mécanisme existe déjà dans le corps, pourquoi des médicaments qui ont la même action sont-ils nécessaires ? C’est ce qu’explique le Dr Fritz : « Chez les patients infectés, le pathogène a simplement pris le dessus. Cela signifie que le système immunitaire n’a pas été en mesure de se défendre à temps et suffisamment contre les pathogènes envahisseurs. La complexation des ions de manganèse et de zinc par S100A8/A9 est l’un des mécanismes par lesquels notre corps essaie de maintenir les envahisseurs à l’endroit de l’infection, jusqu’à ce que plusieurs de nos mécanismes de défense immunitaire, tels que la production d’anticorps spécifiques, puissent être mis en place sur le site. » Comme S100A8/A9 est efficace contre de nombreux micro-organismes pathogènes, Fritz voit la possibilité qu’un médicament approprié puisse être utilisé pour de nombreuses applications.

Objectif principal : éviter la transmission

Dans le cadre des infections nosocomiales, il est particulièrement important de prévenir la transmission de micro-organismes potentiellement nocifs de patient à patient ou du personnel au patient (et vice versa). Les études en unité de soins intensifs montrent que jusqu’à 38 pour cent des agents pathogènes des hôpitaux proviennent d’autres patients ou des soignants, et ont donc une cause externe. « Dans ces cas, nous pouvons, grâce à l’identification systématique des problèmes infectieux, réduire les infections d’au moins 20 à 30 pour cent, et même jusqu’à 40 pour cent dans certains établissements », explique le Professeur Dr. Frank Brunkhorst de l’hôpital de l’Université d’Iéna lors du Congrès de la Société allemande de médecins interne (DGIM). « Cela signifie que jusqu’à 180 000 infections annuelles en Allemagne – 4 500 morts – sont évitables. »

Ces chiffres sont impressionnants. En plus des conséquences graves sur la santé pour les patients atteints, les infections nosocomiales sont aussi source de stress pour le personnel qui doit s’occuper de ces patients de manière intensive, et d’augmentation des coûts pour le système de santé en raison de séjours prolongés à l’hôpital.

L’étude ALERTES teste des mesures pour prévenir l’infection

Afin de réduire les infections nosocomiales, une gestion ciblée de la prévention des infections est nécessaire. Et cela coûte aussi de l’argent. Argent que, en raison de la hausse de la pression sur les coûts dans le système de santé, de nombreux établissements ne peuvent souvent pas se permettre de dépenser. Le Dr. Brunkhorst coordonne, en tant que président, le groupe de recherche Paul Martini pour la recherche sur la septicémie clinique de l’hôpital universitaire d’Iéna, la première étude de prévention à l’échelle de l’hôpital (ALERTES), financée par le Ministère fédéral allemand de l’Éducation et de la Recherche (BMBF). Il doit montrer comment les programmes de prévention réduisent les taux d’infection de manière durable. Après une première phase, la formation du personnel est maintenant mise en place. Le point le plus important est la désinfection des mains, mais aussi des mesures telles que des bains de bouche antiseptiques réguliers pour prévenir les pneumonies acquises sous ventilation, l’épilation appropriée avec la tonte des poils longs avant chirurgie pour prévenir les traumatismes de la peau et les infections résultantes, et de nombreuses autres méthodes fondées sur des preuves obtenues lors de la pratique sont données à la suite. Comment apparaît le rapport coût-bénéfice pour les hôpitaux, cela ne sera clair qu’après la fin de l’étude et de l’évaluation en 2014.

Toutefois, le Dr Stefan Hagel, directeur de l’étude ALERTES à l’hôpital de l’Université d’Iéna, souligne: « Il y a des études qui indiquent qu’une pneumonie associée à la ventilation a pour conséquence un coût supplémentaire de € 17 000 et un séjour à l’hôpital prolongé de neuf jours. » Certes, il serait utile que les patients insistent pour que les hôpitaux disposent d’un bon programme de prévention des infections. Si le taux des infections nosocomiales évitables est un critère pour le choix de l’hôpital, les hôpitaux pourraient mettre en œuvre plus rapidement un programme qui y soit relié.

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4 commentaires:

Docteur Nicolas Pitel
Docteur Nicolas Pitel

Tout à fait!

#4 |
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Medecin olivier Zinsou
Medecin olivier Zinsou

Ce ne sont pas seulement les patients qui risquent d’attraper les germes nosocomiaux mais aussi les accompagnants.Et la condition favorable a ce risque reste l’insalubrite de nos centres hospitaliers surtout en afrique sub saharienne.Dans ce cas comment lutter contre ces germes dans ces pays où la volonte politique dans le domaine sanitaire est de plus en plus absente.

#3 |
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Docteur Patrick Jault
Docteur Patrick Jault

Bonjour,
Il existe une autre voie de recherche par l’utilisation de prédateurs naturels des bactéries: les bactériophages. Ces virus s’attaquent spécifiquement aux bactéries, et pourraient présenter un réel intérêt à la place ou en complément des antibiotiques.
Dr Patrick JAULT

#2 |
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Jean Vicari
Jean Vicari

Excellent !

#1 |
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