Chirurgie plastique : et si raboter rendait heureux ?

7. mai 2013
Share article

Des épouses de millionnaires qui s’ennuient ou des personnes ayant une estime de soi perturbée : selon le grand public, voilà la représentation de la clientèle typique pour la chirurgie esthétique. Une étude récente a montré que la réalité est toute autre.

La chirurgie esthétique est en plein essor. Selon l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery, dans le monde, en 2011, environ 8,5 millions de personnes, dont 200 000 en Allemagne, passèrent sous le scalpel pour améliorer leur aspect physique. Le désir d’une meilleure apparence pour des raisons esthétiques survient généralement chez les personnes jeunes ayant des revenus légèrement supérieurs à la moyenne. Il est apparemment plus important pour les femmes que pour les hommes car l’amélioration esthétique des femmes représente 87% de l’ensemble de la chirurgie esthétique en 2011. Mais le scalpel rend-il vraiment plus heureux ?

Première grande étude de satisfaction sur la chirurgie plastique

Bien qu’elle sache que, pour vivre plus heureuse, les valeurs intérieures sont les plus importantes, toute personne qui souhaite se réconcilier avec un nez crochu, des oreilles décollées ou de petits seins espère pouvoir s’embellir grâce aux chirurgiens esthétiques. C’est ce que le Dr. Jürgen Margraf, Professeur Alexander von Humboldt de psychologie clinique et de psychothérapie à l’Université de Bochum, en collaboration avec des collègues de l’Université de Bâle, constata dans son enquête sur 550 patients. « Le grand nombre de patients interrogés nous donne pour la première fois une image globale de la satisfaction des patients après diverses chirurgies esthétiques », expliqua le professeur Margraf sur la manière dont son étude diffère de celles précédemment effectuées.

Une qualité importante : un groupe témoin

Le professeur Margraf et ses collègues examinèrent si les patients qui subissent une chirurgie plastique diffèrent systématiquement d’autres personnes, quels sont les objectifs qu’ils se sont fixés avant la chirurgie et s’ils les atteignent après. Les chercheurs comparèrent 544 patients opérés pour la première fois âgés de 18 à 65 ans avec deux autres groupes : d’une part, avec 264 personnes qui souhaitaient une chirurgie plastique mais n’avaient pas encore sauté le pas, et, d’autre part, avec près de 1000 personnes de la population générale qui ne sont pas intéressées par une telle opération. « Ce n’est que par un groupe-contrôle que nous pouvons assurer les connaissances que nous avons acquises dans le groupe de patients », expliqua le professeur Margraf.

Mais mettre cela en place n’était pas tout à fait aussi facile que dans d’autres études. « Puisque nous ne pouvons pas procéder à des affectations aléatoires avec la chirurgie esthétique, comme cela est possible dans d’autres études avec placebo, nous avons choisi des gens qui sont intéressés par la chirurgie esthétique, mais pas encore décidés à y recourir », selon Margraf. Les auteurs de l’étude obtinrent les données de contact à partir du fichier d’adresse d’une clinique de chirurgie esthétique et plastique. En outre, le professeur Margraf et son équipe voulurent savoir si les gens intéressés par la chirurgie esthétique ou qui l’utilisent diffèrent de la population générale moyenne. « En tant que psychologue clinicien, je n’ai jamais eu l’impression que beaucoup de patients qui améliorent chirurgicalement leur beauté souffrent de problèmes de santé mentale », dit le professeur Margraf.

Au cours de leurs entretiens, les psychologues obtinrent leur premier résultat surprenant : les problèmes psychologiques ne jouent clairement aucun rôle dans la chirurgie esthétique, car il n’y avait au total, entre les trois groupes étudiés, aucune différence significative dans les variables psychologiques et de santé, telles que la santé mentale, la satisfaction de la vie et la dépression.

Les sujets purent formuler clairement leurs cinq désirs et attentes personnelles les plus importants avant l’opération. « Cela fausse moins les résultats si nous ne proposons pas de réponses pré-formulées à chaque question », déclara Margraf. Les patients exprimèrent des souhaits comme « se sentir mieux », « éliminer les imperfections » et « développer plus de confiance en soi ».Sur une échelle de 0 à 100%, les participants à l’étude indiquèrent dans quelle mesure ils furent remplis par la chirurgie plastique. En outre, les sujets répondirent à des questions au sujet de leur bien-être, leur attitude face à la vie et leur qualité de vie. D’autres questions donnèrent des informations aux chercheurs sur l’anxiété, la dépression et les phobies sociales des participants à l’étude. Dans l’ensemble, tous les sujets furent interrogés avant la chirurgie ainsi que 3, 6 et 12 mois après.

« Nous avons demandé à tous les participants s’ils se sentent plus beaux que d’autres personnes », déclara Margraf. Les sujets devaient évaluer sur une échelle leur pouvoir d’attraction. La valeur numérique de 100 correspond, dans le questionnaire, à une personne belle, et la valeur 0 à une personne laide. Les scientifiques découvrirent un second fait remarquable : « Notre sondage représentatif a montré que la majorité des Allemands s’évaluent, par rapport aux autres, comme plus attrayant que la moyenne », expliqua le psychologue clinicien. Un fait qui, déjà mathématiquement, ne peut pas correspondre à la réalité. « Le phénomène de l’excès de confiance, nous le connaissons déjà dans d’autres domaines de la psychologie, où les patients, par exemple, surestiment leur santé ou leurs revenus », selon Margraf. Les psychologues soupçonnent que ce genre d’auto-tromperie peut nous aider à mieux vivre.

Les sujets qui souhaitent subir une chirurgie plastique avaient des résultats presque identiques, sauf pour l’embellissement de la partie du corps qu’ils estiment moins attrayante que la moyenne. « Après l’opération, cette valeur récupéra un niveau de surestimation ordinaire, c’est à dire d’environ 75% », expliqua le professeur Margraf. L’autoévaluation de l’attrait général des patients ne changea que légèrement après la chirurgie plastique. « Les patients qui subissent une chirurgie esthétique se voient comme étant aussi attrayants que le reste de la population. Simplement le défaut enlevé dans une zone limitée joue sur leur qualité de vie, leur confiance en soi et leur satisfaction », expliqua le professeur Margraf.

Un bonheur apparemment durable

Et voici maintenant la troisième découverte remarquable de l’étude : les psychologues testèrent les patients avant l’opération et après trois, six et douze mois su leur état. La satisfaction nettement améliorée des patients opérés resta stable sur toute la période de suivi de 12 mois après la chirurgie. « C’est inhabituel », déclara le professeur Margraf, « car nous nous habituons presque toujours à tout. » L’habituation, dit le professeur Margraf, est aussi appelé « tapis roulant hédonique », ou adaptation hédonique. Elle se réfère à la tendance qu’ont les gens à revenir à un niveau relativement stable de bonheur assez rapidement après un événement de la vie fort, positif ou négatif. « Pour des raisons financières, nous avons dû malheureusement arrêter l’étude après 12 mois d’étude », regrette le professeur Margraf qui ne put pas poursuivre plus loin son étude à cause de ces circonstances.

Attentes réalistes et pression importante du défaut

Pour comprendre pourquoi le bonheur lié au changement dû à l’opération que les patients ressentent même un an après la chirurgie est aussi intense, les psychologues dirigés par le professeur Margraf réalisèrent des entretiens individuels avec les patients. « Pour un coiffeur très conscient de son aspect physique, par exemple, ses paupières tombantes, dont je n’avais même jamais entendu parler à ce jour, étaient un grande défaut esthétique. Il ressentait, même bien après la chirurgie, une grande satisfaction à chaque fois qu’il se regardait dans le miroir », déclara Margraf.

Avec leurs données, les psychologues autour du professeur Margraf ne purent pas expliquer l’effet de la satisfaction à long terme de manière concluante, ils ne purent donc que spéculer. « Les gens qui subissent une chirurgie esthétique délimitent clairement un défaut subjectif. Si celui-ci est résolu, ils se sentent nettement mieux. Des attentes irréalistes quant aux résultats de la chirurgie sont rares. Seuls 12 pour cent des répondants à l’enquête eurent des buts standards irréalistes tels que « tous mes problèmes seront résolus » et « je serai un homme complètement nouveau ».Une des raisons de la satisfaction à long terme pourrait donc être que les patients obtiennent exactement ce qu’ils attendent d’une chirurgie esthétique. Par ailleurs, ils portent leur perception de la stigmatisation généralement très longtemps avec eux avant d’opter pour une chirurgie, ce qui augmente considérablement le soulagement après la chirurgie », déclara Margraf.

Cependant, l’étude ne porta que sur les personnes qui subirent une chirurgie plastique pour la première fois. « Pour les patients qui le font plusieurs fois, le résultat serait probablement différent », expliqua le professeur Margraf. Il souligna également que les personnes atteintes de dysmorphie corporelle, un trouble cognitif du corps, furent exclues de l’étude. Les chercheurs ne déterminèrent pas les effets négatifs de la chirurgie plastique. Donc il n’y a rien de mieux que de passer sur la table d’opération pour de plus gros seins, des petites hanches ou un nez plus droit ? De nombreuses études montrèrent que les gens beaux vivent plus facilement. Ceux avec des visages moins symétriques, cependant, semblent plus généreux que leurs homologues symétriques, plus jolis, selon une étude de 2010. Et puis, comme chacun le sait, il en faut peu pour être heureux.

3 note(s) (3 ø)
Chirurgie, Médecine

Comments are exhausted yet.

1 commentaire:

Invité
Invité

C’est un fait que l’intervention de remodelage a un fort retentissement psychologique sur la personne. Voila qui est démontré
D.Mezhoud : http://www.docteur-sami-mezhoud.com

#1 |
  0


Langue:
Suivre DocCheck: