AAS : une petite virée en oncologie

4. mai 2012
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L'acide acétylsalicylique (AAS) a une place importante, en particulier dans la prévention des maladies cardio-vasculaires. Des scientifiques britanniques démontrèrent aussi une grande efficacité contre le cancer et les métastases dans le cadre de trois études. Alors, une dose d’aspirine quotidienne pour tout le monde ?

Le traitement par faible dose d’AAS inhibe l’agrégation plaquettaire et est donc un élément essentiel du traitement des patients atteints de maladie cardio-vasculaire. L’efficacité de l’aspirine dans la protection contre le cancer a été attestée à plusieurs reprises. Trois nouvelles études de chercheurs dirigés par Peter Rothwell de l’université d’Oxford vont encore plus loin: un traitement pérenne par AAS non seulement prévient du cancer et des décès qui y sont liés, mais il protège également contre la formation de métastases. À cette occasion, le risque de saignements fréquents au cours du traitement chute après trois ans (Lancet Oncology 2012).

Moins de saignements, moins de cancers après trois ans

Dans leur première étude, une méta-analyse de 51 études, les chercheurs démontrèrent qu’avec une faible dose quotidienne correspondant au traitement de la prévention primaire des maladies cardiovasculaires, le nombre de décès par cancer chez les femmes et les hommes diminua de 15 pour cent par rapport aux patients ne recevant pas d’aspirine. Après un traitement de trois ans le risque de décès diminua de 25 pour cent, et après cinq ans de 37 pour cent. Les décès non liés à des causes cardio-vasculaires furent également réduits. Bien que la réduction des événements cardiovasculaires obtenue grâce au traitement par l’aspirine fût initialement éclipsée par un risque accru de saignement, ce dernier diminua avec le temps. La conclusion principale est que l’avantage obtenu de diminuer la mortalité par cancer est plus important après un traitement de trois ans que les désavantages potentiels.

Les métastases sont rares particulièrement en cas d’adénocarcinome

Une deuxième étude des scientifiques analysant des données provenant de cinq études montra qu’une prise d’au moins 75 mg d’aspirine par jour influe sur la formation de métastases dans le cadre d’un cancer, cette analyse portant sur une durée de 6,5 ans. Le risque de cancer avec métastases apparaissant à distance fut réduit de 36 pour cent, le développement d’adénocarcinomes de 46 pour cent. Les patients atteints d’un adénocarcinome qui initialement n’avaient pas encore développé des métastases bénéficièrent de l’action de l’aspirine et le risque de métastases diminua de 70 pour cent.

La troisième étude compara les résultats d’études d’observation et d’essais randomisés pour mettre en relation la prise d’AAS et la survenue de cancers plus rares qui n’étaient que faiblement représentés dans les études aléatoires. Les observations à long terme sont très prometteuses. Il fut constaté qu’une thérapie quotidienne par AAS diminue également le risque à long terme de développer des cancers rares et la formation de métastases.

AAS – le médicament de toute une vie ?

Andrew Chan et Nancy Cook, de la Harvard Medical School à Boston, Massachusetts, expliquent les limites de leur étude : l’étude randomisée la plus importante sur la prévention primaire disponible, la Women’s Health Study, réalisée sur près de 40.000 participants qui reçurent sur 10 ans de l’aspirine tous les deux jours, et la Physicians Health Study avec environ 22.000 hommes participant et aussi un traitement à l’aspirine en alternance sur cinq ans ne furent pas prises en compte dans l’analyse en raison du mode d’administration non-quotidienne. Ces études, cependant, n’avaient pas indiqué une diminution du risque de cancer du côlon ou d’autres cancers ni de la mortalité causée par le cancer qui en résultait. Les limites de l’analyse résultent aussi du nombre d’études randomisées utilisées pour calculer la fréquence d’apparition du cancer. Il y avait seulement six études. En outre, ces études furent conçues pour examiner les paramètres cardiovasculaires et ne comprenaient pas de tests de dépistage du cancer.

Il semble donc prématuré de mettre en place de nouvelles directives. Car il y a toujours des avantages et des inconvénients individuels qu’il faut considérer dans le cadre de la thérapie par AAS. Pour les personnes ne présentant aucun risque accru de cancer, un traitement prophylactique n’est pour le moment pas à l’ordre du jour. Il est également difficile de déterminer quelle dose offre une protection. De plus, les spécialistes mettent en garde contre l’automédication.

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1 commentaire:

De l¿aspirine pour prévenir les cancers et des métastases, Quel rêve de chercheur ! Au regard des multiples et effroyables effets indésirables et des contre indications de l¿aspirine, il est difficilement admissible l¿instauration au long court de l¿acétylsalicylique chez une personne sans prédisposition attestée d¿un cancer quelconque.
– Il faut attendre 3 et 5 ans de prise continue d¿aspirine pour espérer voir réduire
respectivement de 25 et 37% les risques d¿occurrence de cancers et de décès liés aux cancers. C¿est moins que rien si seulement des effets secondaires nuisibles n¿apparaissaient ou du moins étaient négligeables. Mais l¿on oublie par ailleurs, l¿impact psychologique de la prise continuelle de médicament sur la santé globale ! Ceci conjugué aux effets indésirables propres et prévisibles (insuffisances hépatiques, rénales, asthme, hématopoïèse, ulcères, fragilisation des vaisseaux, faiblesse immunitaire et risques accrus de viroses …) de l¿aspirine.
Ces études sont des contre-progrès de recherche en santé dans la mesure où l¿avenir de la thérapeutique, c¿est la réduction de la prise de médicaments tant en durée qu¿en quantité.
Encore des zones d¿ombres fondamentales: Quelle est la durée optimale de la prise d¿aspirine et quelle dose quotidienne optimale avec moins d¿effets secondaires nuisibles ? Quelle est la durée de protection après l¿arrêt de la prise d¿aspirine ?
Il serait incongru d¿envisager un traitement à vie juste pour prévenir des cancers ?
– La réduction de 70% des cas de métastases est tout de même encourageant ; mais
comparé à une chimiothérapie anticancéreuse spécifique ou exérèse de la tumeur, quel est la place de l¿aspirine ?
On peut trouver mieux que l¿aspirine dans la prévention des cancers notamment l¿alimentation, un environnement moins pollué, sans tabagisme, du sport ¿.

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