Don de selles : ça s’en va et ça revient…

21. mai 2012
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Le dernier chemin n’est parfois pas pavé de marbre, mais barbouillé d’excréments. Lorsque la flore intestinale a été détruite et que les germes attaquent le corps, si rien ne fonctionne, un don de selles peut permettre d’obtenir de remarquables succès.

L’idée peut-être répugnante, mais elle est tout sauf absurde. Il n’y a pas que nos cellules corporelles qui s’ébattent en nous. Nous partageons notre corps avec des micro-organismes. Près de un à deux kilogrammes de notre poids correspond uniquement à des bactéries intestinales.100 milliards de bactéries qui tapissent principalement le côlon comme une seconde peau.

Symbiose sophistiquée avec le corps

Généralement, nous n’avons pas de raisons de les craindre. Elles vivent dans une symbiose sophistiquée avec le corps. Pendant que ces micro-organismes utilisent le bol alimentaire qui passe par l’intestin, ils aident à la digestion, fournissent des vitamines, nous protègent contre les maladies causées par des agents pathogènes et entraînent le système immunitaire. Sans ces petites choses, nous serions à peine capables de survivre et livrés sans défense à de nombreux attaquants. Mais parfois, cette coexistence pacifique est perturbée. Les antibiotiques, par exemple, non seulement éliminent les agents pathogènes, mais tuent aussi les bactéries utiles.

Habituellement une digestion correcte est récupérée dans la semaine suivant le traitement. Parfois, cependant, des bactéries intestinales moins inoffensives telles que Clostridium difficile sautent sur l’occasion, diffusent en masse et déplacent la masse des résidents sains de l’intestin.
Bien qu’une infection précoce à Clostridium soit rarement la cause de problèmes, elle est l’une des infections nosocomiales les plus courantes en Europe. Les conséquences en sont une diarrhée sévère et des infections inflammatoires. Dans les cas extrêmes, une partie des intestins est enlevée, et dans certains cas, les patients ne survivent pas à une telle infection. Aux États-Unis, des statisticiens ont calculé que chaque année près de 14.000 décès pourraient être mis sur le compte de cet habitant de l’intestin. La majorité des patients ont plus de 65 ans et ont été infectés à l’hôpital ou lors de soins infirmiers à domicile. Alors que C. difficile colonise l’intestin d’un maximum de quatre pour cent des personnes en bonne santé, il est détectable chez 20 à 40 pour cent des patients dans les hôpitaux.

Utiliser le lavement pour entrer dans l’intestin

Les antibiotiques pourraient aussi permettre de stopper ce germe, mais au fil du temps, certains représentants ont mis au point des mécanismes de résistance efficaces. Avec les méthodes habituelles de traitement, dans 25 pour cent des cas l’infection se réveille au bout d’un mois. Par conséquent, les scientifiques du monde entier tentent de trouver des traitements alternatifs. Si le germe se transforme en fauteur de trouble de longue durée, il faut un traitement bactérien qui en vienne à bout. La méthode utilisée avec succès par certains médecins aux Etats-Unis, au Canada et en Australie n’attire pas seulement l’attention dans la communauté scientifique.

Ce n’est pas une méthodologie d’ingénierie génétique, ni des cellules souches et cela n’utilise pas de dispositifs coûteux. Non, il ne s’agit que des selles d’un donneur sain mélangées avec une solution saline et introduites par lavement dans l’intestin. Cela est même possible en utilisant un tube dans le nez. Une fois à l’intérieur de l’intestin, les bactéries intestinales données doivent aider à restaurer une flore intestinale saine et naturelle avec un bon mélange de différentes bactéries intestinales.
La méthode est aussi facile, que sa réussite est grande. Les médecins des US, du Canada et d’Australie déclarèrent qu’ils pourraient aider jusqu’à 90 pour cent de leurs patients. Même s’ils ont souffert de leur maladie pendant de nombreux mois, le traitement agit habituellement en quelques jours. La base de son efficacité, à savoir si les bactéries saines s’implantent ou si leurs produits messagers initient le processus de guérison, n’est pas encore claire.

En Allemagne, la procédure n’est pas appliquée. Pour beaucoup, la méthode semble trop incertaine. Il n’y a pas non plus d’études importantes qui évaluent ces succès de manière indépendante et la compare avec d’autres méthodes. En outre, même si les selles du donneur sont testées pour d’éventuelles maladies, on ne peut pas prédire quels effets les bactéries auront à long terme sur le receveur. La flore microbienne naturelle influence non seulement la digestion, mais elle agit aussi sur une variété de processus métaboliques, et est impliquée dans des maladies comme le diabète et la sclérose en plaques. L’intestin a même une influence sur le psychisme. Changer ce microsystème de manière hasardeuse soulève au moins quelques questions d’ordre médical et éthique. Beaucoup de médecins, par conséquent, espèrent identifier les bactéries qui sont responsables des effets bénéfiques et les utiliser, elles ou leurs produits, comme cible thérapeutique.

Pendant ce temps, les partisans de la transplantation de selles vont encore plus loin. Ils imaginent pouvoir utiliser une telle thérapie pour les personnes souffrant de colite ulcéreuse, dans les cas de symptômes aigus de syndrome du côlon irritable ou la maladie de Parkinson.

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1 commentaire:

Don de selles, si seulement ça peut soigner, il n’y a aucune honte, aucune répugnance en cela. Tout comme les transplantions d’organes et le don de sang, c’est le scepticisme qui accueilli toujours les recherches médicales. Le concept de don de selles suscitera certainement des recherches approfondies sur la flore intestinale tant sur sa constitution qualitative que ses implications physiologiques, biochimiques et immunologiques. Mais en entendant de passer à l’application thérapeutique généralisée, les chercheurs devraient réussir les essais cliniques et surtout faire la preuve de la supériorité thérapeutique de la transplantation de selles sur les probiotiques dans les mêmes indications.

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