L’abus d’alcool : ni à la cuillère, ni au shaker

19. mars 2013
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L'éthanol est et demeure la drogue populaire numéro un, associée à une morbidité et une mortalité élevées. Les médecins peuvent aider les patients avec de nouvelles stratégies pour trouver des moyens de sortir de leur dépendance - ou tout au moins de réduire leur consommation.

Les experts estiment que plus de 7% de toutes les maladies et décès prématurés sont dus à l’abus d’alcool. Les jeunes meurent chaque année des conséquences directes ou indirectes de leur dépendance. Ainsi, les jeunes hommes sont une population à risque, en particulier entre 15 et 29 ans. La consommation fréquente d’alcool peut entraîner une dépendance. Beaucoup glissent très loin dans la dépendance sans le percevoir consciemment.

Couronné de succès, riche, alcoolique ?

Le Professeur Dr. Udo Schneider et le Dr. Brit Schneider étudièrent en détail les facteurs d’influence. En utilisant les données du panel socio-économique (SOEP), une enquête de suivi représentative, ils arrivèrent à des conclusions intéressantes : plus le niveau de scolarité et le revenu sont élevés, plus le risque de consommer régulièrement de l’alcool est grand – chez les femmes et chez les hommes. Udo Schneider exclut le manque d’information, mais il penche plutôt pour le fait que la bière et le vin sont socialement bien acceptés. Parler de manière générale de dépendance à l’alcool serait une erreur. Les observations du scientifique américain Elvin Morton Jellinek (1890-1963) montrent que ce comportement peut conduire au bêta-type suivant : les concernés boivent lors d’évènements sociaux, mais sinon restent discrets. Mais ils ne sont pas immunisés contre les conséquences sur la santé.

Boisson mortelle

Le professeur Dr. Ulrich John, de Greifswald/Allemagne, étudia spécifiquement la mortalité des alcooliques. Il examina 4 070 personnes âgées entre 18 et 64 ans – et découvrit que 153 patients ayant une dépendance appropriée. Après 14 ans, 149 de ces patients vinrent pour réaliser le suivi. John trouva que la dépendance à l’alcool des femmes augmenta d’un facteur de 4,6 la mortalité, et celle des hommes était de 1,9 fois supérieure à la moyenne. Incroyable : les patients qui s’étaient rendus en service de soins hospitaliers en raison de leur dépendance, n’eurent pas de bénéfices sur leur espérance de vie. Partant ce constat, Jean-Ulrich appelle maintenant à ce que les femmes soient maintenant plus ciblées, et à repenser de façon critique les programmes thérapeutiques.

Biologie complexe

La fonction elle-même est basée sur les effets moléculaires. L’éthanol inhibe les récepteurs NMDA et stimule les récepteurs GABA-A, ce qui explique effets relaxants et sédatifs. Enfin, il y a un phénomène d’adaptation, et les patients consomment des quantités croissantes pour obtenir le même effet. Lors d’un retrait soudain, il manque un contrôle sur les sites de liaison correspondants. Il peut parfois y avoir des symptômes mortels comme des convulsions, de l’anxiété, de la tachycardie et des tremblements – connus sous le nom de delirium tremens. Non traités, jusqu’à un tiers de tous les patients mourraient de ces symptômes. La désintoxication doit donc avoir lieu la plupart du temps à l’hôpital, avec une assistance médicale par l’halopéridol, les benzodiazépines, le clonidine et le clométhiazole. Quand la première étape est réalisée, les patients doivent être stabilisés à long terme.

Arrête la soif

Comme complément aux thérapies comportementales et aux groupes d’entraide, les substances anti-craving diminuent fortement les envies. En plus de médicaments très connus tels que l’acamprosate, le disulfirame (qui n’est maintenant plus disponible en Allemagne) ou la naltrexone, ces dernières années, un autre médicament a provoqué un tollé. L’intérêt de nombreux médias envers le baclofène est inextricablement lié à un nom : celui du Dr Olivier Ameisen, cardiologue français. Il a battu son addiction à l’alcool avec des doses élevées de ce myorelaxant. Après les doutes initiaux – ce n’est peut-être que de la publicité – la science apporta la lumière dans les ténèbres. Une étude rétrospective sur 181 patients, dont 132 fournirent des données évaluables, certifie le réel succès du baclofène. Au début, la consommation d’alcool était de 182 ± 92 grammes par jour. Après un an, 78 personnes étaient abstinentes, 28 autres avaient considérablement réduit leur consommation. Tous les participants à l’étude reçurent 129 ± 71 mg de substance active par jour. Puis l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des Produits de Santé) a donné son feu vert pour l’utilisation du baclofène au « cas par cas ».

La réussite de l’hormone du câlin

L’ocytocine a aussi des propriétés intéressantes. Généralement connu comme « l’hormone du câlin » et causant les contractions, les patients toxicomanes bénéficient également de ce neuropeptide. Au cours d’une étude randomisée en double aveugle, les chercheurs administrèrent de l’ocytocine à sept patients, tandis que quatre patients reçurent un placebo. Tous les participants, au début, consommaient trop d’alcool et dans leur recherche pour se débarrasser de leur dépendance, se plaignirent de symptômes de sevrage sévères. Sous traitement actif, les personnes affectées avaient besoin de moins ou pas de lorazépam par rapport aux personnes sous placebo. D’autres travaux doivent suivre afin d’évaluer la valeur à long terme de l’hormone peptidique.

Le mieux est l’ennemi du bien

Mener des patients vers l’abstinence ne se fait pas toujours avec succès. Alternativement, les thérapeutes cherchent au moins à réduire la consommation d’alcool. C’est là que le nalméfène, un antagoniste au récepteur opioïde, est utilisé. Les patients doivent prendre le médicament avant de prendre une bouteille pour réduire leur consommation. Pour le nalméfène, il existe des résultats de plusieurs essais de phase III. Au début de l’étude, selon le protocole, les participants eurent plus de six heavy drinking days (HDD) avec au moins 60 grammes d’éthanol par jour (hommes) et 40 grammes d’éthanol (femmes). Parallèlement à la psychothérapie, ils reçurent du nalméfène ou un placebo. Après un an, la consommation sous traitement actif avait significativement réduit jusqu’à 60 pour cent. En se basant sur ces données, l’Agence Européenne du Médicament EMA s’est déclarée favorable à une autorisation. Le groupe cible représente les patients avec une consommation élevée d’alcool, pour lesquels aucune désintoxication est possible. Vous pourrez déjà prescrire le nalméfène à la mi-2013.

Des mesures impopulaires

Au-delà de la médecine et de la pharmacopée, il reste à évaluer les interventions juridiques. Les collègues du Centre de recherche en toxicomanie de British-Columbia révélèrent que le prix des boissons alcoolisées joue un rôle central. De 2002 à 2009, les politiciens canadiens augmentèrent le prix des boissons alcoolisées de dix pour cent, en introduisant des prix minimums. Et le résultat ne tarda pas : dans le même temps, la mortalité liée à l’alcool diminua de 32 pour cent. Même les gros buveurs sans traitement réduisirent leur consommation.

Lorsque l’état abandonna finalement son monopole lui permettant de vendre les spiritueux dans ses magasins, des boutiques privées se créèrent. Rapidement, la mortalité augmenta à nouveau de deux pour cent. De tels chiffres montrent que la lutte contre la dépendance à l’alcool nécessite une alliance entre la médecine, la pharmacie et la politique.

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2 commentaires:

Bonne expérience

#2 |
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A propos du Baclofène ou du Nalméfène, il convient de prendre du recul sur leur indication dans l’alcoolodépendance, c’est à dire conduire plusieurs essais cliniques objectifs et indépendants avant de leur octroyer une AMM. Vu la manne financière qui se profile pour les laboratoires titulaires de ces molécules, il n’est pas exclu qu’un truquage des résultats des études cliniques puissent l’être !
Félicitations Dr Michael pour ce sujet.

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