Les bactéries résistantes des profondeurs

20. juin 2012
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Des chercheurs ont découvert dans une grotte profonde du Mexique qui n’avait encore jamais été visitée, vierge de tout contact humain, des bactéries résistantes à 14 antibiotiques.

Quand il s’agit de la résistance aux antibiotiques, la plupart des gens pensent que les êtres humains en sont la principale cause : les hôpitaux, un manque d’hygiène et l’utilisation mauvaise ou inappropriée de médicaments permettent le développement de résistances et beaucoup de bactéries jugées inoffensives deviennent de dangereux pathogènes. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) exige des stratégies globales en matière de lutte contre le nombre en constante augmentation d’infections bactériennes qui se dérobent à un traitement antibiotique efficace.

Le fait que des bactéries aient développé des stratégies de défense efficaces pour survivre est déjà une indication de nouvelles résistances naturelles chez des micro-organismes qui ne causent probablement pas de maladies chez l’homme ou les animaux. En fait, Gerry Wright et le personnel de l’Université McMaster à Hamilton, en Ontario, trouvèrent dans les profondeurs de la grotte de Lechuguilla, découverte en 1986 au Nouveau-Mexique, des souches de bactéries qui sont résistantes aux antibiotiques. Les bactéries proviennent d’une zone située à 400 mètres de profondeur, jusqu’alors restée vierge de contact humain. Là, les bactéries résistantes n’étaient pas seulement résistantes à un ou deux antibiotiques, mais beaucoup étaient résistantes à 40 composés antibiotiques.

La résistance – une partie intégrante, naturelle et ancienne du génome

Dans l’ensemble, les chercheurs étudièrent l’efficacité de 16 différents agents antimicrobiens sur 92 souches de bactéries de la grotte. Les agents antibiotiques inclurent des produits naturels, des dérivés semi-synthétiques et des substances synthétiques.

Aussi bien des bactéries Gram-positif que Gram-négatif furent testées comme résistantes à un grand nombre d’antibiotiques utilisés. Parmi les souches bactériennes Gram-positif étudiées, une moyenne de 70 pour cent était résistante à trois à quatre classes différentes d’antibiotiques. Trois souches de Streptomyces spp. résistèrent même à l’attaque de 14 composants actifs différents. Parmi ces composants, il y avait également la daptomycine, un des derniers espoirs pour les infections bactériennes à Gram-positif résistantes. Aucune bactérie Gram-positif ne montra de résistance aux antibiotiques synthétiques ciprofloxacine et linézolide, contre la rifampicine semi-synthétique et la minocycline, ou la vancomycine naturelle. Les bactéries Gram-négatif sont initialement résistantes à plusieurs classes d’antibiotiques, de telle sorte que seuls les antibiotiques pour lequel une efficacité est connue furent examinés. 65 pour cent des souches étaient résistantes à trois ou quatre antibiotiques. Aucune résistance à la tétracycline, qui est souvent présente chez les bactéries de surface, ne fut observée. Mais souvent, une résistance au sulfaméthoxazole, à la triméthoprime, et à la fosfomycine fut détectée.

Rivalité : l’homme contre les bactéries

La résistance aux antibiotiques est donc aussi répandue dans la nature, même en l’absence d’êtres humains ayant utilisés des antibiotiques. La grotte qui engendra ces bactéries a été isolée pendant des millions d’années. L’entrée d’eaux de surface a été écartée. La résistance aux antibiotiques est bien ancrée dans le génome de la bactérie depuis des temps immémoriaux. Cela donne à penser que, dans la nature, il existe également une variété de substances antibiotiques jusque-là inconnues qui peuvent être découvertes, mais aussi que, contre chacune d’elles, de nouvelles résistances aux antibiotiques peuvent avoir été mises au point, parce que l’information pour cela sommeille depuis des siècles dans le génome bactérien.

Ces résultats modifient notre compréhension de l’émergence de la résistance aux antibiotiques, et soulagent peut-être un peu les épaules des médecins faisant des prescriptions, même si bien sûr il ne faut pas donner carte blanche à l’utilisation sans discernement de certains médicaments. Quant aux maladies infectieuses bactériennes, il faut s’attendre à une rivalité permanente entre les agents infectieux et les chercheurs.

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1 commentaire:

Autant on craint les infections nosocomiales qui répandent parfois les bactéries résistantes, multi résistantes, émergentes et ré-émergentes, autant on est en droit dire à ces chercheurs de Université McMaster à Hamilton en Ontario de bien conserver ces bactéries récoltées des profondeurs de la terre.
Oui, il faut s¿inquiéter de la résistance aux multiples antibiotiques de ces bactéries ramenées de 400m de profondeur des grottes, mais le plus inquiétant c¿est qu¿on ne sait rien de leur pathogénicité. Qu¿il fasse en sorte que les bioterroristes n¿accèdent pas à cette grotte.
C¿est sûr, Dr. Julia Hofmann, que la nature héberge des souches conservées d¿agents microbiens pathogènes dont les profils pharmacologiques et pathologiques sont inconnus ; aussi, continue telle d¿en produire puisque le climat va changeant.
Résistances naturelles, Résistances acquises, bactéries résidentes, ou opportunistes devenues pathogènes, résistantes, émergentes ou ré-émergentes, tout s¿explique par la variabilité du génome. L¿évolution est la seule constante universelle.

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