Mise à jour sur la rage : le retour des mordeurs

18. avril 2013
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Chaque année, 55 000 personnes dans le monde meurent de la rage. En dehors des chiens ou des chats infectés, les chauves-souris, en particulier, jouent un rôle important en tant que vecteurs. De nouveaux travaux examinent de plus près l’immunité naturelle et un nouveau protocole thérapeutique audacieux.

Un patient arriva aux urgences avec des symptômes inhabituels : son calvaire a commencé par une douleur dans le bras. Puis, des angoisses étranges se mettent en place : les personnes concernées ne peuvent plus se doucher ni boire d’eau, tant leur aversion à l’eau est forte. Mais la nourriture solide n’est pas un problème. À côté de cela, les collègues du Massachusetts General Hospital ne trouvèrent aucune anomalie, que ce soit dans son histoire ou dans les symptômes. Le patient ne signala qu’une piqûre d’insecte supposée, mais qui ne peut pas ressembler à une morsure d’animaux. Enfin, les neurologues demandèrent une IRM et une analyse du liquide céphalo-rachidien qui permirent de poser le diagnostic fatal : la rage. La personne infectée décéda 30 jours après son admission. Rétrospectivement, la veuve se rappela d’un incident. La nuit, des chauves-souris s’égarent dans la chambre à coucher, et un animal infecta probablement le patient.

Le temps, c’est la vie

Il n’existe plus, en Allemagne, depuis la fin de l’année 2008, aucun cas de rage classique. Auparavant, des animaux sauvages terrestres, tels que les renards, les blaireaux et les martres, étaient considérés comme des intermédiaires. Les chauves-souris déclenchent encore dans certains pays quelques cas isolés de la maladie. Aux États-Unis, des rapports d’infections causées par toutes sortes de chauves-souris s’accumulent. Et de manière régulière, on trouve aussi des vacanciers qui caressent des chiens apparemment dociles sous les tropiques. Quiconque est mordu par un animal ne doit pas perdre de temps. L’Institut Robert Koch recommande la vaccination contre la rage en tant que prophylaxie post-exposition. En parallèle, des immunoglobulines antirabiques (20 UI/kg) doivent être administrées. Dans le cas contraire, le pronostic n’est pas bon. Les virus se répliquent pendant plusieurs jours après la morsure dans le tissu affecté.

Si les agents pathogènes remontent le long du système nerveux vers le cerveau ou la moelle épinière, les premiers symptômes apparaissent – généralement après trois à huit semaines. Enfin, une encéphalite ou une myélite survient. Selon les anciens manuels, tous les patients atteignant ces étapes de la maladie meurent.

Des actes désespérés dans la pratique clinique

Dans les situations désespérées, les médecins prennent donc des mesures assez brutales. Precious Reynolds, maintenant âgé de 8 ans, fut infecté par contact avec des chats errants. Il développa ensuite les symptômes typiques : hydrophobicité, crampes, fièvre – en fait les médecins ne furent en mesure que de traiter leurs patient par des soins palliatifs, le système nerveux était déjà infectés. Mais les collègues présents se souvinrent d’un cas antérieur : Rodney Willoughby, un pédiatre basé à Milwaukee, s’était retrouvé en 2004 face à un défi similaire avec Jeanna Giese. Il développa une stratégie de traitement connu sous le nom de « protocole de Milwaukee » : sa jeune patiente fut placée en coma artificiel. Ainsi les médecins recoururent à la kétamine et au midazolam pour réduire l’activité du cerveau. La kétamine est elle-même, dans le cadre d’expérimentations animales, également fortement active contre la rage. Ils administrèrent également les médicaments virostatiques ribavirine et amantadine.

Neurones sous champ électrique

Selon Willoughby, les effets pathologiques de la rage sont principalement dus à des perturbations temporaires dans le cerveau. Contrairement à d’autres encéphalites d’origine virale, la rage détruit les neurones par excitotoxicité, qui est la surcharge sensorielle due à un trop-plein de neurotransmetteurs, explique le docteur. D’autres agents pathogènes attaquent directement les neurones. Willoughby travailla avec cette thèse. Son espoir : si nous pouvons donner au système immunitaire du temps pour agir contre le virus de la rage par une diminution de l’activité neuronale, les patients ont une chance de survie. Avec succès – Jeanna Giese survécut, et après 31 jours il n’y avait plus de virus présents dans son corps. Une réhabilitation finit le processus, laissant la maladie sans conséquences graves à long terme. Quelques années plus tard, Giese commença même une formation universitaire. Precious Reynolds eut aussi la chance que le protocole fonctionne sur lui. Certains médias parlent déjà d’une nouvelle stratégie de traitement. Mais il n’y a pas encore de réelles bases pour susciter l’euphorie, les résultats sont trop différents.

Contrepartie en blouse blanche

Quelques chiffres : dans la version originale du protocole de Milwaukee, deux des 25 patients survécurent. Après modification, la thérapie fut couronnée de succès pour deux patients sur dix : une opportunité pour les personnes en phase terminale, mais pas un bon résultat. Pourquoi le protocole de Milwaukee fonctionne parfois, mais échoue le plus souvent, cette question est discutée par les chercheurs sous différents points de vue. Une raison pourrait être que, parfois, il n’y a que peu de virus dans le corps des patients. Au début de l’hospitalisation, les médecins vérifient les anticorps de Reynolds mais pas la charge virale. Il est aussi possible que les patients soient infectés par une forme relativement inoffensive du virus.

Deux sommités de la rage, Thiravat Hemachudha et Henry Wilde de Bangkok, suspectent que les médecins auraient accidentellement sélectionné des patients qui seraient venus à bout de la maladie même sans traitement. Le système immunitaire du corps peut-il rendre les virus de la rage inoffensifs ? Il y a en fait d’autres indices à ce sujet.

La science s’égare-t-elle ?

Mi-2012, les scientifiques publièrent une étude intéressante. Ils examinent diverses tribus indigènes au Pérou. Dans Santa Marta et dans le Truenococha, ils observèrent une chose surprenante : sur 63 sujets, un dixième présentèrent les anticorps contre le virus de la rage. La vaccination ne peut définitivement pas en être la cause. Par conséquent, les autochtones furent eux-mêmes en contact avec les agents pathogènes sans tomber gravement malade. Amy Gilbert, des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), espère que, grâce à de nouvelles recherches, elle aboutira aux mécanismes qui conduisent à l’immunisation. Elle pense qu’il peut exister des génotypes inoffensifs. Dans la région, il y a aussi des agents pathogènes de la rage avec une mortalité élevée connue.
De retour aux Etats-Unis, le « Texas Wild Child » fit sensation : il s’agit d’un enfant de la rue qui survécut à des symptômes typiques de la rage sans traitement. Les tests d’anticorps furent positifs, le patient n’avait pas été vacciné. Des cas antérieurs fournissent également des informations sur cette possibilité, mais ne sont pas nécessairement des preuves absolues. Thiravat Hemachudha et Henry Wilde soutiennent une orientation semblable, en s’appuyant sur les animaux. Ils signalent que, dans certains cas, par exemple, des chiens survivent à des infections de la rage. Les mécanismes ne sont cependant pas connus.

Vers de nouvelles études

Le dilemme scientifique autour du protocole de Willoughby et les questions de l’immunité devront donc être clarifiés par d’autres recherches. Globalement, cependant, l’intérêt général pour la rage reste très limité, et ce n’est pas étonnant : environ 99 pour cent de toutes les infections surviennent dans les pays en développement. En outre, le nombre de cas – par rapport à d’autres maladies – reste assez bas.

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2 commentaires:

Autre métier médical

En algerie dans les annees 40-1950 nos parents nous racontent qu a cette epoque ils traitent le sujet mordu par un chien enragé a partir de la salive déposeé sur la plaie,mais cette derniere appartient a un sujet d’une tribue bien identifie,et les membres de cette tribue sont toujours solicités pour guerir les gens et memees les moutons contamines par les loups ou chacals;;;une piste que l’immunité heritée par ces membres de cette tribu,ou dans le temps le mariage se fait toujours entre cousins et cousines (co-sanguinité)

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article intéressant à voir

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