Anti-vaccin : le retour de la rougeole

20. juillet 2012
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Pour certains, c’est une maladie infantile bénigne, pour d’autres un danger grave pour la santé. En fait, la rougeole aurait pu être éradiquée il y a longtemps en Europe si les taux de vaccination étaient suffisamment élevés.

« Une infection par la rougeole n’est en aucun cas une maladie infantile sans danger », a déclaré le Dr Nina Wagner, médecin dans le département de médecine de l’enfant et de l’adolescent de la DRK Kliniken Berlin/Westend. La rougeole entraîne habituellement une carence immunitaire transitoire qui dure environ six semaines. « Des surinfections bactériennes peuvent provoquer au cours de cette période des complications plus graves comme des pneumonies, des otites moyennes, des diarrhées et des maladies nerveuses », explique-t-elle. Lors d’une épidémie de rougeole, certains enfants souffrent tellement qu’ils ont besoin d’être hospitalisés, et certains d’entre-eux subissent même des dommages irréversibles.

Les conséquences à long terme ne sont pas à sous-estimer

L’encéphalite post-infectieuse aiguë est une complication particulièrement redoutée. Environ 0,1% des patients atteints de rougeole la développent. Dans ce cadre, des maux de tête, de la fièvre et des pertes de conscience allant jusqu’au coma sont observés. Elle est mortelle pour environ 10-20% des personnes touchées, et 20-30% des patients souffrent de séquelles au niveau du système nerveux central. Alors que l’encéphalite due à la rougeole est observée en moyenne chez un malade sur 1 000, cela n’arrive que dans moins d’un cas sur un million de personnes vaccinées contre la rougeole. Même si un enfant a bien survécu à la rougeole, elle peut avoir des conséquences dangereuses plus tard. Une conséquence rare mais toujours mortelle de la rougeole est la panencéphalite sclérosante subaiguë (PESS), qui est observée dans un cas sur 10 000-100 000. Elle se produit de quelques mois à dix ans après une infection par la rougeole et elle crée une inflammation généralisée du cerveau. Les nourrissons ayant développé une rougeole avant leur premier anniversaire sont particulièrement touchés par la PESS.

Des cas de rougeole en baisse dans un premier temps

Après que le nombre de cas déclarés de rougeole ait subi une diminution, il a augmenté de façon spectaculaire au cours des deux dernières années dans de nombreux pays européens. À la fin de Décembre 2011, le RKI recensa 1 607 cas de rougeole soit deux fois plus de cas que dans les années 2010 et 2009 (2010: 780, 2009: 571), avec parmi eux un décès lié à la rougeole. Sur le site de l’Institut Robert Koch (RKI), on peut lire que, probablement, « le nombre de maladies réelles est beaucoup plus élevé, puisque d’une part, une grande proportion de patients est non traitée par les médecins et, d’autre part, les cas de maladie traitée par les médecins ne sont pas tous déclarés ». Cependant, Susanne Glasmacher, porte-parole du RKI, ne souhaite pas parler d’épidémie : « les flambées de rougeole en Allemagne ont toujours été dues à un agent pathogène introduit de l’extérieur, qui s’est ensuite propagé dans un groupe de personnes qui n’étaient pas suffisamment protégé. »

La France a aussi été envahie en 2011 par une vague de rougeole qui a compté environ 15 000 personnes atteintes. Six d’entre elles sont mortes. Le nombre total de malades de la rougeole en Europe avoisinait, l’année dernière, les 30 000 personnes. La plupart n’étaient pas, ou insuffisamment, vaccinées. En raison de la couverture vaccinale insuffisante, l’Europe exporte le virus dans des régions où il était depuis longtemps éradiqué, comme l’Amérique du Nord et du Sud.

Une Europe sans rougeole d’ici à 2015

Les 53 États membres de la région OMS-Europe veulent éradiquer la rougeole et la rubéole en Europe d’ici à 2015. Avec le début de la vaccination contre la rougeole (RFA 1970, Allemagne de l’Ouest: 1973) le nombre de cas de rougeole a d’abord diminué en Allemagne. Depuis 2001et l’introduction de la déclaration obligatoire de la rougeole, le nombre de cas est passé de 6 037 cas de cette maladie transmissible en 2001, d’abord à 123 cas en 2004 et est resté, à l’exception de 2006 (2 307 cas), à chaque fois sous les 1 000 cas de maladie par an.

Recommandation pour la vaccination du comité de vaccination

Pour une protection optimale contre la rougeole, le comité allemand permanent sur la vaccination (Impfkommission – STIKO) conseille une première injection chez les nourrissons entre 11 et 14 mois. Elle doit être suivie par une seconde injection entre 15 et 23 mois.

Depuis août 2010, la recommandation du STIKO est aussi valable pour tous les adultes nés après 1970 qui n’ont pas encore été vaccinés, n’ont été vacciné qu’une seule fois ou n’ont pas de statut clair concernant la rougeole.

Le vaccin contre la rougeole est un vaccin à virus vivant préparé à partir du virus atténué de la rougeole propagé dans des fibroblastes de poulet. Il peut être disponible seul, mais il est le plus souvent contenu dans une composition combinée avec les oreillons et la rubéole, qui est également proposée avec en plus le virus de la varicelle (vaccins ROR ou RROV).

L’immunité collective

Selon les informations fournies par l’Institut Robert Koch, le taux de vaccination contre la rougeole en Allemagne – ainsi qu’en France, Italie, Autriche et Suisse – n’est pas suffisant pour protéger les personnes les plus vulnérables de la société. Il s’agit notamment de personnes immunodéprimées, des rares cas qui ne sont pas protégés après une dose unique de vaccin et des bébés de moins de onze mois. La situation est différente, en Finlande, en Suède et aux Pays-Bas. Là-bas, le taux de vaccination est très élevé et, par conséquent, la rougeole a une faible morbidité. Le principe de l’immunité collective nécessite que 95 pour cent d’une population soit vaccinée pour protéger les cinq pour cent restant qui ne peuvent pas être vaccinés. En pratique, cela signifie que 95 pour cent de la population allemande (et, autant que possible, dans tous les autres pays européens) doit recevoir deux injections pour arrêter la propagation du virus de la rougeole. Pourquoi n’y arrive-t-on pas ?

Couverture vaccinale insuffisante en Europe

Des grosses épidémies de rougeole touchèrent l’Allemagne : en 2010 au sein d’un centre national d’hébergement pour les demandeurs d’asile dans le Schleswig-Holstein, et en 2011 dans une école Waldorf en Bade-Wurtemberg et une école de Berlin-Reinickendorf après une classe verte. Tous les patients n’étaient pas vaccinés ou avaient un statut vaccinal obscur. Cependant, Susanne Glasmacher du RKI ne parle pas d’un refus de vaccination lorsqu’il s’agit de la vaccination contre la rougeole ainsi que la combinaison rougeole-oreillons-rougeole (ROR) souvent administrée. « Même si le taux de vaccination en Allemagne n’est toujours pas suffisant, il augmente de façon constante chez les enfants entrant à l’école », explique Glasmacher.

La réponse à la question « pourquoi le taux de vaccination en Europe n’est toujours pas suffisant pour limiter la rougeole aux livres d’histoire ? » n’est probablement pas dans le sacrifice conscient de certaines personnes à se faire vacciner. Certains Européens ont tout simplement oublié. D’autres décident délibérément de se retourner contre la vaccination. La raison peut être de nature idéologique ou religieuse, ou simplement la crainte des effets secondaires tels que les courtes périodes de forte fièvre, les éruptions cutanées transitoires, ou les rares réactions allergiques. La crainte de problèmes de santé dus aux adjuvants dans les vaccins – pour la plupart des dérivés d’aluminium et du mercure – est aussi une raison, pour certaines personnes, de refuser de se faire vacciner. Pierluigi Lupalco du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies considère que cette crainte est infondée: « Les vaccins que nous utilisons aujourd’hui en Europe, comme les vaccins contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, ne contiennent pas de mercure ou d’aluminium ».

Une blessure ?

Michael Friedl, spécialiste en pédiatrie et en médecine de l’adolescence à Heidelberg et également président de l’Association des médecins pour la décision vaccinale individuelle (« Ärzte für individuelle Impfentscheidung e.V. »), reste sceptique concernant les vaccins. Pour lui, ils sont, à la base, des « substances étrangères, des substances toxiques pour lesquelles les conséquences et les effets secondaires n’ont pas été bien étudiés. » Des substances, ayant des effets incertains à long terme, « s’en donneraient à cœur joie sous la peau » des enfants lors de l’injection, explique Friedl en Décembre 2011 dans une interview avec la SWR. Dans l’émission « Zur Sache Baden-Württemberg : Impfpflicht ja oder nein » (« Un point en Bade-Wurtemberg : oui ou non à la vaccination »), il a même décrit la vaccination, comme une « blessure faite aux enfants ». Günter Pfaff, épidémiologiste au bureau de la Santé du Land de Baden-Wurttemberg n’est pas d’accord avec cela. « Un vaccin qui n’a pas été testé à grande échelle n’aurait aucune chance d’être mis sur le marché », a déclaré Pfaff.

En outre, la corrélation entre l’incidence de l’autisme et le vaccin ROR est extrêmement persistante dans le camp des adversaires à la vaccination. L’anglais Andrew Wakefield publia en 1998 une telle relation dans la prestigieuse revue « The Lancet ». Bien que ses conclusions aient été réfutées il y a bien longtemps, « The Lancet » ne révisa l’article que 12 ans plus tard. En 2011, la Deutsche Ärzteblatt rapporta que Wakefield avait révélé avoir falsifié ses données.

Vacciner pour protéger les plus petits ?

Le docteur Harald Rickert, pédiatre à Besigheim, près de Stuttgart, est un partisan de la médecine de la vaccination. « Peu de progrès ont sauvé autant de vies que la médecine vaccinale au cours des 50 dernières années », explique M. Rickert. Parmi ses patients, il y a Max, 18 ans, qui contracta la rougeole à 6 mois. Au début, il sembla avoir bien récupéré de la maladie, mais à 10 ans, le garçon souffrit de problèmes de mémoire et de forts troubles de la mobilité. Quelques mois après l’apparition de ces symptômes, probablement causés par une infection grave à streptocoques, Max tomba dans le coma. Son pédiatre, le Dr Rickert, parle même d’une vaccination obligatoire pour tous les enfants fréquentant une crèche : « les nourrissons de moins d’un an sont dépendants des autres pour ne pas être infectés », ceci est la raison sur laquelle il fonde sa demande. Seule une vaccination complète des enfants qui fréquentent les établissements publics rend possible la protection des plus jeunes enfants contre la rougeole.

Les opposants à la vaccination voient çà tout à fait différemment. Pour Friedl, que des enfants de moins de 11 mois puissent être atteints pas la rougeole est une conséquence de la vaccination. Avant l’introduction de la vaccination contre la rougeole, le système immunitaire de la mère « était stimulé [par le virus sauvage de la rougeole] de telle sorte que le système de défense autour des nourrissons était suffisante pour les protéger de la maladie ». La vaccination contre la rougeole affaiblit le système de défense autour des bébés, si bien qu’il pourrait de nouveau y avoir des épidémies de rougeole. Pour Friedl, la rougeole, ainsi que la varicelle, sont ainsi devenues au cours des dernières années des maladies mortelles. Cependant, il ne présente pas de preuves scientifiques pour cette théorie. Pour lui, le sort de Max est un « cas unique tragique ».

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4 commentaires:

Ceux qui écrivent des affirmations (ineptes) contredisant les preuves épidémiologiques des bénéfices de la vaccination sont priés de donner les bases chiffrées de leurs allégations. Soyons sérieux, quelle valeur peut avoir une anecdote non étayée par des preuves?
Qui parmi eux a déjà vu les ravages d’une épidémie de rougeole?
Répandre des messages sensationnels contre la vaccination est de la désinformation pure et simple. A qui cela profite-t-il?

#4 |
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Masseur-kiné / Psychomotricien / Physiothérapeute

Il ne faut pas oublier que les lobby pharmaceutiques ont beaucoup à perdre si l’on ne vaccine pas et qu’ils font taire ceux qui s’opposent à eux.http://sante.lefigaro.fr/actualite/2009/09/25/9804-vaccins-nouvel-eldorado-laboratoires-pharmaceutiques

Pasteur en son temps était déjà un imposteur alors pourquoi faire confiance à ces corbeaux avides d’argent.
http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/article/telefilm/60494/louis-pasteur-genie-ou-imposteur-.html

Il n’y a qu’à voire la peur suscitée par la grippe H1N1 et la corruption qui a tourné autour de cette histoire. Combien de vaccins jetés?
http://www.maxisciences.com/grippe-a/grippe-a-h1n1-plusieurs-millions-de-vaccins-jetes-a-la-poubelle_art8366.html

Il faut un juste milieu dans tout et je proposer à chacun de bien se renseigner et de se faire sa propre idée.

#3 |
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Les européenne sont des fois victimes de leur scepticisme à l’égard de certaines avancées scientifiques dont les vaccins. Les français sont entrain d’essayer le revers de leur scepticisme d’avant à l’égard du vaccin contre l’hépatite B en y revenant se faire vacciner. Michael Friedl fait partie de ces médecins qui fondent leurs allégations anti-vaccin sur le néant en y attisant la réticence des citoyens pour rien, sinon pour des conséquences néfastes et regrettables.
Le vaccin ROR et l¿occurrence de la surdité, où est la preuve ? Le vaccin contre l¿hépatite B et l¿occurrence de la sclérose en plaque, où est la preuve ? Le vaccin contre le cancer du col de l¿utérus et l¿occurrence des maladies auto-immunes, où est la preuve ?
Nous sommes à l¿ère de la « médecine basée sur la preuve ». Que Michael Friedl apporte les preuves de ces allégations.
Du reste, aucune thérapie médicamenteuse ni vaccinale n¿est dénuée d¿effets secondaires et indésirables. La vraie question, ces effets sont-ils supportables ou non ? Le bénéfice escompté est-il supérieur aux effets secondaires supportables encourus ?
L¿insuffisance de la couverture vaccinale anti-rougeoleuse est à l¿origine de la résurgence de la rougeole en Europe. Quelle est cette étude ayant étayé la preuve que l¿introduction de la vaccination contre la rougeole a produit l¿effet contraire ?

#2 |
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Mireille SALERNO
Mireille SALERNO

Il faut croire que le système immunitaire de ma mère,à une époque ou la vaccination n’existait pas, a montré ses limites,j’ai eu une rougeole parait’il bien forte dans les années1944…Alors vive les vaccins et stop à cette écolo déviante!

#1 |
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