Schizophrénie : la folie est humaine

19. mars 2013
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Selon l’opinion générale, la place des patients schizophrènes est à l’hôpital psychiatrique et non à l’extérieur. Pourtant, pour beaucoup de patients pour lesquelles ce diagnostic est fait, l’espoir d’avoir une vie normale s’envole. Mais cela peut être différent.

Depuis quelque temps déjà, la dépression fait partie de la psychiatrique quotidienne. Ceux qui éprouvent des épisodes dépressifs peuvent souvent poursuivre leur travail quotidien et, dans la plupart des cas, ne sont pas sous-estimés par leurs collègues et amis à cause de leur maladie. Les personnes qui souffrent de schizophrénie ne peuvent prétendre à une telle situation. Si la dépression est plus un « problème de sentiments », le diagnostic d’un « trouble schizo-affectif » s’apparente plus, pour Elyn Saks, « à une condamnation à mort », comme elle l’écrit dans son livre.

« Les gens comme moi ne devraient pas exister »

Il y a quelques semaines, le New York Times titra un long article autobiographique de Saks avec ces trois mots : « Couronnée de succès et schizophrène ». Son médecin la lui a diagnostiquée il y a 30 ans. Cela représentait pour elle des séjours dans un hôpital ou une maison de soins, entourée de compagnons de chambre débiles, peut-être un peu de travail simple et peu exigeant sans responsabilité. Une vie en phases avec des délires, des voix dans la tête qui s’adressent toujours la parole, sans trêve, de manière exténuante. Si les choses s’étaient déroulées selon les convictions de l’ancien psychiatre, « les gens comme moi ne devraient pas exister ». Elyn Saks est mariée depuis de nombreuses années et a fait une carrière étonnante. À l’Université de Californie du Sud, elle occupe une chaire juridique. En parallèle, elle fait des recherches dans un nouveau centre de psychanalyse à San Diego grâce à une « Genius-Grant ».

Le meilleur ami et le pire ennemi

« C’est le pronostic que je n’ai pas accepté », écrit Saks. Son ascension dans sa profession est due à un traitement excellent composé de médicaments et d’une supervision psychanalytique. Ainsi, la maladie n’a pas cessé d’exister. Il y a encore des « temps morts » pendant lesquels les délires et les hallucinations reviennent. Mais avec des stratégies comportementales, elle essaie d’apaiser les « esprits ». L’accomplissement au travail, selon Saks, a cependant été le meilleur traitement : « Mon esprit, si je le décris maintenant, c’est mon pire ennemi et mon meilleur ami. » Saks n’est pas la seule à avoir une telle expérience, bien qu’elle n’ait pas une « évolution typique de la schizophrénie ». D’autres auteurs tels que Kurt Snyder et Hannah Green : « Jamais je ne t’ai promis un jardin de roses », rapportent l’existence d’une guérison de leur maladie, à propos de laquelle on connaît encore très peu de choses. Cependant, seules de vagues prédictions sur l’évolution de la schizophrénie sont possibles.

Interaction des gènes et des facteurs environnementaux

Environ un pour cent de la population souffrira à un certain moment de sa vie de ce trouble mental. Souvent, les hommes ont entre 18 et 20 ans, les femmes, en moyenne, cinq ans de plus. Des psychoses avec une expression schizophrène sont à peu près aussi commune que la polyarthrite rhumatoïde, la maladie rhumatismale la plus fréquente. Certains n’expérimentent qu’un seul épisode, mais pour un tiers des concernés, la maladie dure toute la vie. Comme base à la schizophrénie, la plupart des experts parlent aujourd’hui de « modèle vulnérabilité-stress ». En termes simples, cela signifie que les facteurs génétiques jouent un rôle important dans le risque de développer la maladie. Là-dessus, cependant, viennent se rajouter des déclencheurs environnementaux, comme les traumatismes, la consommation de drogue ou d’autres stress mentaux importants. Un grand projet de recherche européen (EU-GEI), qui court jusqu’en 2015 et est financé par plus de 10 millions € étudie actuellement comment ces facteurs interagissent.

Filtrer grossièrement ?

Quel procédé conduit exactement au fait que le cerveau fusionne les rêves et la réalité, les expériences imaginaires et réelles ? Là-dessus, il existe de nombreuses théories, mais peu de conclusions claires. Il est probable qu’il s’agisse d’un trouble tardif du développement, qui est déjà présent dans l’embryon, et qui devient perceptible lors de la restructuration du cerveau à l’adolescence. Et que dire de la relation proverbiale entre le « génie et la folie » ? L’un des modèles voit dans la schizophrénie un stress dans le « filtre d’entrée » du thalamus. Ce filtre permet de nous concentrer sur l’essentiel. S’il est bas, il facilite le non-conformisme, ainsi que le travail pour les gens très créatifs.

Des indications sur ce thème proviennent des études de Frederik Ullén de l’Institut Karolinska de Suède en 2010. Il étudia chez des sujets sains la densité du récepteur D2 à la dopamine qui est particulièrement élevée dans cette région. Il trouva La plus faible concentration chez les participants particulièrement créatifs de sa petite étude. Les schizophrènes ont également une très faible concentration de ces récepteurs dans le thalamus. Des études américaines montrent également que la structure et la taille de la substance blanche du lobe frontal est associée à un esprit créatif.

Approche thérapeutique avec le neurofeedback

Avec cette connaissance, les médecins de l’hôpital universitaire d’Aachen lancèrent également une nouvelle approche thérapeutique de la schizophrénie. Grâce au neurofeedback, les patients devraient augmenter l’activité dans le cortex cingulaire antérieur (CCA). En temps réel, ils obtiennent des informations par tomographie nucléaire sur l’activité à un moment donné et ils doivent ensuite l’augmenter. Chez les individus sains, cette méthode a bien fonctionné et des personnes schizophrènes ont déjà annoncé que la voix troublante avait gardé le silence dans leur tête pour la première fois depuis longtemps. Pour l’instant, cependant, la méthode est considérée comme expérimentale.

Autiste soigné

Il semble donc que, dans la « boîte noire », la schizophrénie aurait beaucoup évolué ces dernières années. Les sombres prévisions qu’Elyn Saks eut quand elle apprit sa maladie ne devraient désormais plus exister. Cela vaut non seulement pour la schizophrénie, mais aussi pour d’autres troubles mentaux, qui étaient jusqu’à récemment considérés comme incurables. Dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry, il y a quelques semaines, un article a été publié sur les enfants qui étaient encore clairement diagnostiqués comme autiste quelques années en arrière, mais dont les capacités mentales deviennent indiscernables de celles de leurs pairs en bonne santé et qui communiquent de manière tout à fait normale.

Dans le journal « Schizophrenia Bulletin » Saks écrit : « Pourtant, de nombreux médecins sont relativement pessimistes quant à la reprise de la schizophrénie. Ils mettent l’accent sur les lacunes, les incapacités et les dangers. Cependant, les convalescents eux-mêmes seront de plus en plus intégrés à la société. Ils sont aujourd’hui traités avec plus de dignité et ils obtiennent des rôles sociaux respectés. Cela comprend aussi leur carrière professionnelle. »

29 note(s) (4.45 ø)
Médecine, Psychiatrie

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3 commentaires:

Mme Nadia MIR
Mme Nadia MIR

Bravo pur cet article, cela permettra peut-être à un grand nombre de personnes d’avoir un regard différents sur ce type de pathologie et surtout mieux accepter la différence

#3 |
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Medecin Hedi Ben Ali
Medecin Hedi Ben Ali

Le pessimisme imminent des médecins à l’encontre de la prise en charge de la schizophrénie est l’absence d’un consensus vue l’éterogeneité des differents echosystèmes specifique pour chaque patient.

#2 |
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Pharmacien Jean-François PONTHOT
Pharmacien Jean-François PONTHOT

Un message d’espoir reçu aujourd’hui en direct de Praha…
Même loin, je pense tout le temps à Anouk..:):)
Dans la littérature médicale , on en parle de plus en plus..
Peut être se renseigner sur le « neurofeedback »..
Gros gros kiss

#1 |
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