Stimulation cérébrale profonde : M. Hyde d’une simple pression

20. juillet 2012
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Si aucun médicament n’agit, la stimulation cérébrale profonde est une option pour traiter les patients atteints de maladies neurologiques. Mais il y a un inconvénient : les impulsions électriques peuvent causer des changements extrêmes de la personnalité.

« C’est le plus grand progrès après la découverte des L-dopa ». C’est ainsi que Lars Timmermann, de l’hôpital universitaire de Cologne, voit le succès de cette thérapie pour les patients parkinsoniens. Les impulsions électriques dans le cerveau aident-elles autant que celles d’un stimulateur cardiaque ?

Amélioration en quelques minutes

Souvent, le tremblement disparaît en quelques minutes. Les troubles du mouvement s’améliorent presque instantanément après que le médecin ait appuyé sur le bouton d’alimentation. La réussite de la stimulation cérébrale profonde ne se réduit pas à la maladie de Parkinson, mais est aussi observable pour la dépression. Thomas Schläpfer de l’hôpital universitaire de Bonn a indiqué que sept des dix patients traités se sentaient beaucoup mieux après la chirurgie.
Les neurochirurgiens sont toujours à l’affût de nouveautés, en particulier pour les patients chez lesquels les médicaments ne peuvent plus faire effet. Il est cependant trop tôt pour avoir une confiance aveugle en le fait que tout fonctionnera bien lorsque le courant électrique passe pour la première fois à travers les électrodes. Car, en plus des risques de la chirurgie, tous les effets de la stimulation n’améliorent pas forcément véritablement la qualité de vie. En particulier chez les patients parkinsoniens, près de un patient sur deux a sa personnalité, son caractère qui change. Christiane Woopen est engagée dans un projet de recherche canado-allemand sur les conséquences psychosociales du stimulateur cérébral. Souvent, les patients deviennent plus confiants et motivés, mais parfois, selon elle, ils peuvent devenir déprimés ou même agressifs. Les proches parents aussi constatent qu’environ la moitié de tous les patients opérés présentent un changement de caractère.

Changement de comportement après pression sur le bouton

Près de 60 analyses, réalisées au cours des 15 dernières années, sur environ 65 000 implantations à travers le monde, décrivent les effets secondaires indésirables. Les troubles délirants, les hallucinations, l’apathie, l’hypersexualité, ou les états maniaques en sont des exemples.
Ainsi, il y a cette personne de 64 ans, sans maladie mentale précédente, qui eut des tendances à la cleptomanie après stimulation cérébrale profonde pour alléger les symptômes de sa maladie de Parkinson. Son agressivité se manifeste même parfois par des bagarres. Un architecte se met tout à coup à dessiner des corps féminins nus au lieu de bâtiments. Un autre, après la stimulation, a tendance à surestimer ses capacité, de planifier des activités financières imprudentes et passe beaucoup de temps à écrire des poèmes religieux, alors qu’il n’avait auparavant jamais été intéressé par les questions spirituelles. Un autre patient est même devenu pédophile à cause de la stimulation. C’est quelque chose d’intéressant : pour certains, l’état maniaque dépend vraiment de l’état « arrêt » ou « marche » du commutateur des électrodes. En mode « arrêt », le patient doit lutter avec les symptômes typiques de sa pathologie, mais a regretté ses actions au cours de l’épisode maniaque.

Problèmes relationnels à cause de l’indépendance soudaine

Mais c’est aussi à cause de l’indépendance sans faille retrouvée que de nombreuses familles sont débordées. « Certains membres de la famille en profitent et le partenariat dans le couple évolue à nouveau de manière créative », décrit Woopen d’après ses expériences, « d’autres, y compris le patient, n’y arrivent pas, et le couple est confronté à des problèmes. » Ainsi, l’amélioration de l’état du patient atteint de la maladie de la Parkinson peut, dans le pire des cas, conduire à la séparation. Ce ne sont pas des cas isolés : Dans un cas sur deux, le stimulateur cérébral change la relation avec le partenaire, très souvent en pire.
Comme la maladie de Parkinson, même sans intervention chirurgicale, conduit à des changements de personnalité, il n’y a pas encore de chiffres précis sur l’ampleur du changement de caractère causé par les électrodes. Le point cible pour les impulsions dans le cadre de cette maladie est généralement dans le noyau sous-thalamique, une région de la taille d’un petit pois. Les impulsions à haute fréquence y brouillent les signaux des cellules nerveuses, qui réagissent alors à l’unisson et donc déclenchent les symptômes. A partir de là, de nombreux chemins mènent au système limbique et altèrent ainsi le caractère et le comportement. Et le chirurgien n’arrive pas toujours à bien viser cette petite région.

Vérification du risque avant l’opération

« Dans les cas graves, nous devons éteindre le stimulateur », explique Lars Timmermann. Cependant, la procédure est dangereuse pour le cerveau alors que ce n’est presque rien. Pour réduire le risque de tels échecs, les cliniques NRW de Cologne, Aachen et Düsseldorf ont mis au point un test de dépistage pour identifier avec les médecins, avant la chirurgie, les tendances aux troubles mentaux. Y a-t-il des signes de dépression, des déficits de flexibilité cognitive ?
Il existe aussi des alternatives non-chirurgicales. La stimulation du segment interne du globus pallidus n’est pas tout à fait aussi efficace pour le contrôle du mouvement, mais il n’affecte pas non plus la psyché. Une autre possibilité est le noyau ventral intermédiaire du thalamus. La moelle épinière pourrait un jour devenir la cible d’impulsions électriques. En effet, la perturbation naturelle chez les patients atteint de Parkinson provient non seulement du cerveau, mais aussi à l’opposé, des muscles. Une contre-stimulation interrompt alors cette boucle de rétroaction.

Soins psychologiques pour tous les porteurs d’électrodes

Dans d’autres maladies comme la dépression, le trouble obsessionnel compulsif, et même chez les patients dans le coma, un changement intellectuel n’est pas forcément indésirable. Dans le cadre de la dépression, les électrodes stimulent les cellules nerveuses, de préférence dans le noyau accumbens ou dans la capsule antérieure interne. Dans ce cadre, les réactions inattendues décrites sont rares, cependant les changements attendus n’apparaissent pas immédiatement, mais au fil des mois et des années. Par ailleurs, faire une incursion dans le cerveau des patients souffrant de troubles mentaux soulève des questions éthiques spécifiques : doit-on aussi opérer une personne dont la capacité de décision est limitée ? Un tuteur peut-il convenir d’une opération qui modifie la personnalité ?

Chez les patients parkinsoniens, les neurologues et les spécialistes de l’éthique médicale sont largement d’accord sur le fait que le patient a besoin de savoir ce à quoi il s’engage avant l’intervention chirurgicale : l’amélioration de sa maladie, mais peut-être aussi une transformation de sa nature propre. Cela vaut également pour le partenaire qui vit avec lui. L’hôpital universitaire de Cologne applique déjà ces exigences. Dans le cadre du projet de recherche allemand et canadien ELSA-DBS (Ethical, Legal and Social Aspects of Deep Brain Stimulation – Aspects éthiques, juridiques et sociaux de la stimulation cérébrale profonde) des psychologues supervisent les candidats à la chirurgie à la fois avant et après l’opération. « Peut-être nous serions-nous déjà séparés sans cet appui ? », se félicitent les patients et leurs familles. C’est un processus coûteux. Mais en cas de changements psychologiques non-voulus, éteindre l’appareil et laisser le patient seul avec sa souffrance peut coûter encore plus cher.

9 note(s) (4 ø)
Médecine, Neurologie

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2 commentaires:

Les essais cliniques sur la stimulation cérébrale profonde dans cet article, mettent en évidence une amélioration de l¿état des parkinsoniens dans 7 cas sur 10. Ce résultat est très encourageant vu que les agents pharmacologiques antiparkinsoniens perdent leur efficacité quand la dénervation dopaminergique nigrostriatale atteinte des seuils critiques.
Les effets indésirables d¿un tel geste neurochirurgical se résume en la modification de la personnalité des patients dans près de 50% des cas avec l¿occurrence de délires, d¿agressivité, d¿apathie, d¿hypersexualité, d¿états maniaques, de dépression, de cleptomanie, de pédophilie, de spiritualité, de complications conjugales voire des divorces etc.
Ces effets secondaires, très fréquents et graves suscitent logiquement des considérations éthiques.
Nous sommes encore loin à donner espoir aux parkinsoniens dans la mesure où toutes les thérapies actuelles n¿empêchent guère le processus dégénératif des neurones dopaminergiques. Ne faut-il pas voir du côté des cellules souches, la thérapie génique ou chercher à stopper la dégénérescence cellulaire !

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infirmière DE LUCIENNE AGOSTINI
infirmière DE LUCIENNE AGOSTINI

cet article m’a interessé i l y a 4 mois j’ai été dans le coma transporté en urgence à l’hosto . ils ont éléminé ALSHEIMER ET pARKINSON MAIS IL SE TROUVE que qu’ils ont découvert l’artère cérébrale qui se comprime avec de l’eau ???pas de traitement je suis soignée avecdu lasilx et spychotropes . apparamment ça marche et le rique parait est progressif . Je crain quand meme que ça revienne brutalement mais j’ai l’AUTORISATION de vivre seule chez moi sans oublier mon traitement . J’ai quand meme la TOUILLE au ventre .Lucienne AGOSTINI

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