Diabétiques dépressifs : le supplice alimentaire

3. août 2012
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Le diabète et la dépression : un cercle vicieux, dont le patient ne peut s’échapper qu’avec l’aide de professionnels. Ces deux maladies sont étroitement liées – et quand l’âme a repris le bon chemin, les paramètres de laboratoire peuvent s’améliorer.

Un malheur n’arrive jamais seul : le docteur Martin Teufel, de l’hôpital universitaire de Tübingen, fait état d’une patiente qui souffre de diabète sucré depuis l’âge de sept ans. A la puberté, des troubles de l’alimentation se sont ajoutés, et enfin, son poids a rapidement grimpé à 70 kg. L’historique médical montra des troubles métaboliques et psychiatriques – ce n’est qu’ensemble que les diabétologues et les thérapeutes peuvent aider les personnes concernées à mener une vie normale.

Alliance non bénie

Selon le professeur Dr. Bernhard Kulzer, président du groupe de travail « diabète et psychologie » de l’Association allemande de diabète (Deutsche Diabetes Gesellschaft), près de douze pour cent des diabétiques doivent se battre contre la dépression, alors que, dans la population générale, ce taux est d’environ six pour cent. « Une augmentation des symptômes dépressifs ainsi qu’une dépression clinique sont à la fois un problème physique et mental », explique Kulzer. En plus du découragement et de l’abattement, le psychologue décrit des douleurs, des insomnies ou des troubles de l’alimentation – selon un travail publié récemment environ la moitié de tous les diabétiques de type 2 est touchée par l’anxiété ou la dépression.

Retourner l’axe du stress

Kulzer voit la cause de tout cela dans des facteurs de stress particuliers, comprenant notamment le diagnostic et le traitement du diabète sucré. Les maladies chroniques font partie de la vie quotidienne et limitent fortement la qualité de vie. Le travail et la vie familiale peuvent en pâtir, en particulier chez les patients diabétiques de type 2 qui se souviennent de leur vie avant l’insuline ou les lecteurs de glycémie. Plus ce fardeau est élevé, plus des complications risquent de se produire. Sur le plan neuronal, ce qu’on appelle l’ « axe du stress » est activé par les amygdales, conjointement à l’hypothalamus, l’hypophyse et les glandes surrénales. Un haut taux de cortisol stimule la glycogénolyse dans les muscles et le foie synthétise également rapidement du glucose. La sécrétion de cortisol liée au stress favorise en même temps la résistance à l’insuline.

Mesures et seringues ? C’est pareil !

Les patients ne sont pas seulement accablés directement par leur maladie mentale. Ils contrôlent également plus rarement le niveau de sucre dans le sang et négligent la prise d’insuline ou d’agents anti-diabétiques oraux. Des études montrèrent que la dépression est associée à un moins bon contrôle du diabète de type 2. Quand l’observance diminue, les collègues observent souvent de plus mauvais taux de HbA1c. Les diabétiques en surpoids en cours d’épisode dépressif arrêtent aussi beaucoup plus fréquemment les programmes de réduction de poids que les patients sans troubles de santé mentale. Ces personnes sont très peu réceptives aux entraînements ou aux médicaments, mais une aide psychiatrique est nécessaire. Sinon, sans une intervention appropriée, le risque de complications possibles augmente et les patients meurent plus jeunes.

Questionnaires polyvalents

Selon Kulzer : « Pour empêcher un mauvais contrôle de la glycémie et des complications chez les personnes atteintes de diabète, il est important de détecter à la fois la dépression profonde et la dépression précoce et de les traiter ». En effet, les collègues observent souvent une comorbidité – une possibilité serait de faire tous les ans le questionnaire de santé 5 de l’OMS sur le bien-être. Dans les cabinets, les questionnaires ITAS (Insulin Treatment Appraisal Scale) et PAID (Problem Areas in Diabetes) donnent également des pistes à un potentiel manque de fidélité à la thérapie. Lorsque les collègues voient pour la première fois des troubles de la santé mentale, les antidépresseurs, la thérapie comportementale ou une combinaison des deux méthodes sont utilisées, en accord avec les directives, selon Kulzer. Les diabétiques peuvent apprendre à accepter leur affection plutôt que de la combattre ou désespérer. L’acceptation émotionnelle et cognitive conduit, au mieux, sans autres changements dans la thérapie, à un contrôle métabolique bien meilleur. Cependant, il y a peu de thérapeutes qui se spécialisent sur ce sujet en Allemagne. Et un regard critique est jeté sur les médicaments psychotropes : les antidépresseurs tricycliques tels que la nortriptyline peuvent réduire le métabolisme, tandis qu’avec les ISRS comme la fluoxétine et la sertraline, des hypoglycémies ont été observées, obligeant des ajustements nécessaires de l’insulinothérapie. Cependant, les directives émises par le groupe « facteurs psychosociaux et diabète » (« Psychosoziales und Diabetes mellitus ») recommandent les ISRS en première intention. Les effets positifs des mesures de réduction du stress telles que la relaxation musculaire progressive selon Jacobson ou le biofeedback ne sont pas encore tout à fait certains aujourd’hui.

Attention à l’alcool

Le diabète et la dépression sont rapidement rejoints par un troisième facteur négatif : la consommation abusive d’alcool. Cependant des études montrèrent à maintes reprises que la consommation modérée pourrait protéger contre le diabète de type 2, particulièrement chez les hommes. Mais son abus chronique, qui n’est pas rare en cas de dépression, est présenté comme une cause possible de cette maladie métabolique. Une fois que le diabète s’est manifesté, l’éthanol conduit à d’autres dommages : les néphropathies diabétiques se produisent surtout avec des boissons à haut taux d’alcoolémie. L’éthanol inhibe également la néoglucogenèse et le métabolisme des acides gras libres dans le foie. Après une consommation excessive, l’organisme fait rapidement face à des difficultés, comme l’acidocétose : une complication redoutée, au cours de laquelle les acides carboxyliques s’accumulent dans le sang et abaissent le pH. En cas d’urgence, l’insuline doit être administrée conjointement à des fluides et des électrolytes, sous peine de mort. Toutes ces complications ont encore un autre aspect : la question des coûts.

De grandes souffrances – des sommes importantes

Des chercheurs néerlandais ont récemment étudié les aspects économiques de la santé. Dans une étude rétrospective cas-témoins, ils ont analysé pendant trois ans les données de 7 128 patients dépressifs et 23 772 sujets témoins non-dépressifs. Au total, ils ont identifié 393 patients dépressifs et 494 non dépressifs souffrant de diabète. Dans le premier cas, les coûts médicaux en ambulatoire ont été de € 1 039 par an, comparativement à 492 € sans comorbidité psychiatrique.

Quelques mois avant, la question a été analysée par des économistes de la santé à Hambourg. Dans le cadre d’une recherche systématique dans la littérature, ils ont trouvé un total de 388 études, dont 16 ont été analysées en texte intégral. Pour les diabétiques souffrant de dépression, les auteurs ont calculé un coût supplémentaire de 35 à 300 pour cent par rapport au groupe témoin. Ces valeurs furent attribuées, entre autres choses, aux thérapies complémentaires pour le diabète en raison du manque d’observance. Maintenant, les chercheurs veulent aborder la question de savoir si un traitement plus efficace de la dépression chez les patients diabétiques peut réduire le coût à long terme – un argument de plus pour partir à la recherche des concernés en fonction des troubles psychiatriques.

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Médecine, Médecine interne

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1 commentaire:

Des troubles neuropsychiques sont notés au cours des hypoglycémies et hyperglycémies. Il va de soi qu’au cours d’un diabétique, on puisse s’attendre à des troubles dépressifs. Aussi, un traitement antidiabétique non maitrisé (hypoglycémies, effets indésirables sulfamides hypoglycémiants) peut occasionner des troubles neuropsychiques. Du reste, la dépression complique davantage la prise en charge des diabétiques tant sur le plan psychosocial que médicamenteux.

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