Propranolol : bêta-bloquant, ce n’est plus suffisant !

12. décembre 2017
Share article

Pendant des décennies, le propranolol a été utilisé comme bêta-bloquant. De nouvelles études laissent penser qu’il pourrait également être utilisé pour d’autres indications. Une start-up des États-Unis envisage même de prescrire ce médicament pour les personnes qui ont peur de parler en public.

Avez-vous peur de parler devant vos collègues ? Votre cœur s’emballe et vos mains se crispent ? Alors peut-être que le propranolol pourrait vous convenir. Kick, une startup de San Francisco, prévoit de donner des ordonnances pour des bêta-bloquants à leurs patients après une consultation en ligne.

Cette pilule fonctionne comme par magie. Les personnes qui l’ont utilisée disent que leur peur de parler en public a disparu. Cela a été rapporté par le fondateur et CEO de la start-up, Justin Ip. « C’est un médicament à faible coût avec peu d’effets secondaires et de nombreuses années d’expérience pour une utilisation hors AMM »

171212_Propranolol_01

Le propranolol rend les orateurs nerveux sûrs d’eux. C’est ce que pense Kick, une start-up américaine. Capture d’écran : DocCheck

Bêta-bloquant peu spécifique avec du potentiel

Le fait est que le propranolol est prescrit depuis des décennies. Les pharmacologues parlent d’un bêta-bloquant non sélectif. Le propranolol se lie aux récepteurs adrénergiques β1 et β2. Les indications classiques incluent l’hypertension artérielle, l’insuffisance cardiaque ou la maladie coronarienne. Les neurologues prescrivent aussi ce vieux médicament dans la prophylaxie de la migraine. Il est également utilisé dans le traitement des varices œsophagiennes, de l’hyperthyroïdie ou du glaucome. Mais, les possibilités sont loin d’être épuisées, comme le montrent certaines publications.

Des patients qui transpirent sang et eau

Il y a quelques semaines, Roberto Maglie, un docteur de l’Université de Florence, a rapporté le cas d’une jeune patiente ayant une hémathidrose. Dans cette maladie, notre corps excrète du sang par la sueur. La cause en est probablement une faiblesse congénitale ou acquise des parois vasculaires accompagnée d’hypertension. Mais une grande anxiété peut aussi conduire à l’éclatement des fins vaisseaux de la peau et à l’excrétion du sang avec la transpiration. L’expression « suer sang et eau » vient probablement de là. Dans le cas de la jeune patiente, l’administration de propranolol a permis de réduire significativement les symptômes. Alors que les médecins de notre pays l’utilisent toujours dans le cadre d’indications connues, le propranolol a un potentiel beaucoup plus important.

171212_Propranolol_02

Hémathidrose © Saugato Biswas et al. / Wikipedia, CC BY SA 3.0

Administration en cas de récidive de cancer de la peau

Cela inclut la capacité à prévenir les récidives de mélanome. Jusqu’à présent, aucun ingrédient actif n’existait pour cette indication. Récemment, Vincenzo De Giorgi de l’Université de Florence a publié des données provenant d’une étude de cohorte. Il a recruté 79 patients atteints de mélanome malin de stade IB à IIIA sans signe de métastase. Les participants avaient en moyenne 63 ans. 53 d’entre eux ont accepté de participer à l’étude. 26 autres ont été exclus en raison de conditions préexistantes, d’une intolérance au propranolol ou d’un rejet.

Les médecins ont demandé aux patients, au moment du diagnostic, s’ils accepteraient de prendre 80 mg de propranolol en plus d’un traitement basé sur les directives habituelles. 19 personnes ont donné leur consentement et ont été admises dans le groupe propranolol (PROP). Ceux qui ont refusé le traitement supplémentaire pouvaient alternativement participer dans le groupe témoin (No-PROP). D’un point de vue méthodologique, cette affectation est considérée comme la plus grande faiblesse du travail.

171212_Propranolol_03

Enantiomères du propranolol (image et image miroir) © Wikipedia

Après trois ans, le cancer a progressé chez 14 patients (41,2%) dans le groupe No-PROP. Dans le groupe PROP, cela n’a affecté que trois patients (15,8%). Sans propranolol, six patients sont morts, dont cinq en raison de leur mélanome. Dans le groupe avec le traitement adjuvant, deux patients sont morts, avec un décès directement lié au cancer.

Dans l’étape suivante, De Giorgi a corrigé les facteurs pronostiques en fonction des différences entre les deux groupes au départ. Il a constaté que l’administration de propranolol était inversement associée à la récidive du mélanome à partir du moment du diagnostic. Le médicament a considérablement réduit le risque, d’environ 80 pour cent. Après trois ans, il y avait aussi une tendance à la baisse de la mortalité pour ceux prenant le médicament. Cependant, les différences entre les deux groupes n’étaient pas statistiquement significatives.

Les effets d’un point de vue moléculaire peuvent être expliqués par une étude d’Eric V. Yang, un chercheur à l’Ohio State University Medical Center. Il a étudié les lignées cellulaires de mélanome in vitro. Sur leur surface, Yang a trouvé une quantité plus importante d’adrénorécepteurs. La noradrénaline a conduit à la formation de protéines qui favorisent les métastases. Celles-ci comprennent les interleukines IL-8 et IL-6 ainsi que le facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (VEGF). Après l’addition de propranolol, leur expression a stagné.

Aussi utile en cas d’hémangiome

L’utilisation du propranolol dans les hémangiomes repose sur un mécanisme complètement différent. Ces tumeurs spécifiques des vaisseaux sanguins se produisent surtout tôt dans la vie. Entre trois et dix pour cent de tous les nourrissons développent des « éponges sanguines », de nombreuses lésions régressant seules.

171212_Propranolol_04

Hémangiome © M. Sand et al., Cutaneous lesions of the nose, doi: 10.1186 / 1746-160X-6-7, Open Access.

Ce ne sont en aucun cas des problèmes esthétiques. Un grand hémangiome sur l’œil peut affaiblir la vue. Si les voies respiratoires, en particulier sous la glotte, sont affectées, il y a un danger mortel. Après plusieurs découvertes fortuites, les pédiatres ont mis davantage l’accent sur ce médicament.

James R. Dornhoffer, chercheur à l’Université de l’Arkansas, suggère que le propranolol inhibe les composants du système rénine-angiotensine-aldostérone (RAA). Leur expression est augmentée dans le tissu touché. Cela permettrait d’éviter les processus angiogéniques, écrit Dornhoffer. Les questions sur le mécanisme d’action potentiel sont toujours ouvertes.

La valeur ajoutée est encore plus nette d’un point de vue médical. Cela a été récemment confirmé par Tyler Schwartz du Medical College du Wisconsin, à Milwaukee, dans une méta-analyse récente. Il s’est concentré sur les hémangiomes particulièrement dangereux des voies respiratoires. Sur 49 patients, 28 ont reçu seulement du propranolol et 28 du propranolol plus des corticostéroïdes. Dans un cas, une ablation au laser a été ajoutée à la thérapie combinée. Au début, les voies respiratoires étaient réduites de 69% en moyenne. Après 7 mois de traitement, cette valeur n’était plus que de 32%.

Des essais contrôlés randomisés montrent un taux de réponse élevé allant jusqu’à 88%, quelle que soit la localisation de l’hémangiome. Le médicament est approuvé en Allemagne pour le traitement des formes sévères.

Il y a aussi des limites

Malgré toute cette euphorie, le propranolol a aussi des inconvénients potentiels. Shuchi Mittal de la Harvard Medical School et du Brigham and Women’s Hospital de Boston ont trouvé des preuves de risques jusqu’alors inconnus.

Il travaillait sur un sujet très différent : il cherchait à savoir quels médicaments fréquemment prescrits affectent la formation ou la dégradation de l’alpha-synucléine. Les dépôts de cette protéine dans les corps de Lewy sont associés à la maladie de Parkinson. L’équipe a examiné les données de 1 000 médicaments courants. Les patients qui avaient besoin de propranolol pendant une longue période étaient plus de deux fois plus susceptibles d’avoir la maladie d’Alzheimer que les Norvégiens qui n’utilisent pas ce médicament. Bien que les études d’association de ce genre ne prouvent pas la causalité, elles donnent une orientation pour d’autres projets de recherche.

13 note(s) (4 ø)

Comments are exhausted yet.

6 commentaires:

effectivement très efficace pour la gestion du stress, notamment avant un événement.
Je le prescris depuis des années dans ce but.

#6 |
  0
Collaborateur d'industrie

Propranolol : un futur Mediator ?

Entre « bénéfice/risque » toute une philosophie aseptisée et orientée par les médias comme une piste médicamenteuse contre les réminiscences et traumatismes liés aux attentats terroristes.
Un produit aux bénéfices douteux qui doublerait notamment le risque de Parkinson !

Sans être prosélyte, voici simplement les annotations de la fiche du célèbre Vidal :

(notamment les effets indésirables et contre-indications en seconde partie)

PROPRANOLOL EG

Mis à jour : Mardi 19 Septembre 2017
Bêtabloquant

Ce médicament est un générique de AVLOCARDYL (qui n’est plus commercialisé).

Dans quel cas le médicament PROPRANOLOL EG est-il prescrit ?

Ce médicament appartient à la famille des bêtabloquants.

Ceux-ci agissent en bloquant l’action de l’adrénaline (et d’autres hormones apparentées) sur de nombreux organes, notamment le cœur, les vaisseaux et les bronches.

Il est utilisé dans :

le traitement de l’hypertension artérielle,
la prévention des crises d’angine de poitrine et les suites d’infarctus du myocarde,
certains troubles du rythme cardiaque,
les manifestations cardiovasculaires des excès d’hormones thyroïdiennes,
les cardiomyopathies obstructives,
le traitement de fond des migraines et des algies vasculaires de la face,
le traitement de certains tremblements.
Vous pouvez consulter le(s) article(s) suivants :

Angine de poitrine (Angor)
Après un infarctus du myocarde
Hypertension artérielle (HTA)
Hyperthyroïdie
Maux de tête et migraine
Troubles du rythme cardiaque
Présentations du médicament PROPRANOLOL EG
PROPRANOLOL EG 40 mg : comprimé sécable ; boîte de 50
Sur ordonnance (Liste I) – Remboursable à 65 % – Prix : 1,53 €.
Les prix mentionnés ne tiennent pas compte des « honoraires de dispensation » du pharmacien.

Composition du médicament PROPRANOLOL EG
p cp
Propranolol chlorhydrate 40 mg
Substance active : Propranolol chlorhydrate
Excipients : Acide alginique, Acide stéarique, Gélatine, Magnésium stéarate, Mannitol
Contre-indications du médicament PROPRANOLOL EG
Ce médicament ne doit pas être utilisé dans les cas suivants :

asthme et bronchite chronique ;
insuffisance cardiaque non contrôlée par un traitement spécifique ;
bloc auriculoventriculaire grave ;
angor de Printzmétal ;
artérite, phénomène de Raynaud ;
rythme cardiaque inférieur à 50 battements par minute ;
phéochromocytome non traité ;
hypotension ;
antécédent de choc anaphylactique ;
en association avec les médicaments contenant de la floctafénine.

Attention
Ce médicament n’est pas un traitement de la crise d’angine de poitrine.

Des précautions sont nécessaires en cas d’insuffisance hépatique, d’insuffisance rénale et chez la personne âgée.

N’interrompez jamais brutalement le traitement prescrit. Espacez progressivement les prises. Un avis médical est toujours préférable.

Chez les diabétiques, les bêtabloquants peuvent masquer certains symptômes de l’hypoglycémie(palpitations et accélération du cœur essentiellement).

Les bêtabloquants peuvent aggraver les réactions allergiques et empêcher l’action de l’adrénalineutilisée dans le traitement d’urgence du choc anaphylactique. Lors d’examens radiologiques nécessitant l’injection de produits de contraste iodés (susceptibles de provoquer des chocs allergiques), le traitement doit, si possible, être suspendu avec l’accord de votre médecin.

En cas d’intervention chirurgicale, l’anesthésiste doit être prévenu de la prise de ce médicament. C’est lui qui décidera si le traitement doit être poursuivi ou arrêté avant l’intervention.

Attention :

Sportif : ce médicament contient une substance susceptible de rendre positifs certains tests antidopage.

Interactions du médicament PROPRANOLOL EG avec d’autres substances
Ce médicament ne doit pas être associé à la floctafénine (qui n’est plus commercialisée en France) : risque d’augmentation de la gravité d’un éventuel choc allergique.

Il peut interagir avec les inhibiteurs calciques (diltiazem, vérapamil, bépridil).

Informez par ailleurs votre médecin si vous prenez un antidiabétique, un AINS, un antidépresseurimipraminique, un neuroleptique, un corticoïde, un médicament donnant des torsades de pointes(quinidine, hydroquinidine, disopyramide…), un antihypertenseur (clonidine, guanfacine, moxonidine, rilménidine…) ou un médicament contenant l’une des substances suivantes : amiodarone, baclofène, ergotamine, fluvoxamine, lidocaïne injectable, méfloquine, phénobarbital, rifampicine, rizatriptan, alfuzosine, doxazosine, prazosine, tamsulosine, térazosine.

Les pansements digestifs peuvent diminuer l’absorption de ce médicament. Un délai d’au moins deux heures doit être respecté entre la prise de ce médicament et celle du pansement digestif.

Fertilité, grossesse et allaitement
Grossesse :
Les études scientifiques disponibles n’ont pas mis en évidence de problème particulier lors de l’utilisation de bêtabloquant chez la femme enceinte.

L’effet bêtabloquant persiste quelques jours chez le nouveau-né et justifie une surveillance médicale renforcée pendant les premiers jours de la vie.

Allaitement :
Ce médicament passe dans le lait maternel ; un choix est donc nécessaire entre l’allaitement et la prise du médicament. Cette décision devra être prise en accord avec votre médecin.

Mode d’emploi et posologie du médicament PROPRANOLOL EG
Ce médicament peut être pris indifféremment au cours ou en dehors des repas.

Posologie usuelle :
1 à 4 comprimés par jour, en fonction des indications.

Conseils
Veillez à toujours disposer d’une réserve de médicament, une plaquette dans la trousse de toilette, par exemple.

Votre tension artérielle doit être contrôlée régulièrement. Les appareils permettant une mesure automatique de la tension à domicile utilisent souvent un procédé de mesure différent de celui qu’emploie votre médecin. Si vous avez un tel appareil, apportez-le en consultation pour vous assurer que la mesure obtenue est bien conforme à celle du tensiomètre de votre médecin.

Le traitement médicamenteux ne dispense pas de mesures pouvant faire baisser la tension artérielle : activité physique régulière, modération de la consommation de boissons alcoolisées et de sel, lutte contre l’excès de poids, arrêt du tabac.

Il est normal que le rythme cardiaque ralentisse sous l’effet du traitement ; néanmoins, en cas de fatigue anormale et de pouls inférieur à 50 battements par minute, consultez votre médecin.

Effets indésirables possibles du médicament PROPRANOLOL EG
Le plus fréquemment : douleur d’estomac, nausées, vomissements, diarrhées, fatigue en début de traitement, sensation de mains et de pieds froids, troubles de l’érection, ralentissement important du cœur, insomnie, cauchemars.

Plus rarement : bloc auriculoventriculaire, baisse excessive de la tension artérielle, phénomène de Raynaud, insuffisance cardiaque, bronchospasme, hypoglycémie, éruption cutanée, aggravation d’un psoriasis.

Vous avez ressenti un effet indésirable susceptible d’être dû à ce médicament, vous pouvez le déclarer en ligne.

#5 |
  0
dr patrick cadot
dr patrick cadot

Tout cela est dejà bien connu des hommes de terrains. Mais il y a des contre indication qui ne peut donc faire que ce medicament soit distribué comme des petits pains, meme apres un interrogatoire (ecg minimum) !!
Et on fait des « start up » avec de telle nouvelle. Pfffff etre derriere un ordi pour faire du fric… y a que ça maintenant qui est montré dans les medias… va falloir revenir sur et à la terre un de ces jours si on veut continuer à manger !!!

#4 |
  0
Dr PHILIPPE DE WILDE
Dr PHILIPPE DE WILDE

Depuis 50 ans ces effets sont connus. Je l’ai pris à plusieurs reprises avant de faire une présentation. Diminution du trac, des tremblements et de la sudation liés à l’hyper émotivité. Rien e bien neuf.

#3 |
  0
Dr Claude Garitte
Dr Claude Garitte

Un de mes amis d’études (UCL 1961,ça ne date pas d’hier !!) est part s’installer aux USA,nonloin de la frontière canadienne,où il s’est « spécialisé » dans les traitements au Propanolol,spécialement sur le plan neurologique,névroses etc… !
Il était d’origine Arménienne par sa mère,et avait vécu enpays arabes : comme il parlait anglais,français,arménien et arabe,il drainait une clientèle des deux pays
avec le Propanolol !!
Il est malheureusement décédé il y a quelques années.

#2 |
  1
Invité
Invité

RIEN DE NEUF,QUE CONSOMMENT NOS POLITIQUES EN PERIODE ELECTORALE DEPUIS DES DECENNIES BETA BLOQUANT ET CORTICOIDES

#1 |
  0


Langue:
Suivre DocCheck: