SEP : les bactéries intestinales suivent le régime paléo

28. novembre 2017
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Des recherches ont montré qu’il existe un lien entre les bactéries intestinales et la sclérose en plaques. Un médecin américain, elle-même diagnostiquée comme ayant une SEP, utilise un régime spécial similaire au régime paléo. Ces résultats obtenus sur elle-même vont maintenant être testés au cours d’un essai clinique.

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie auto-immune. Ainsi, des cellules du système immunitaire mal orientées attaquent les cellules du corps au niveau du cerveau et de la moelle épinière. L’attaque, déclenchée par des lymphocytes T autoagressifs, endommage les cellules nerveuses touchées et conduit à la dégradation de leur enveloppe. Les cellules meurent et les stimuli nerveux ne sont plus transmis correctement. Des facteurs génétiques et environnementaux vont déclencher la SEP chez les personnes concernées.

Facteurs déclenchant la SEP

« Nous connaissons actuellement plus de 200 gènes qui rendent les personnes susceptibles de déclencher une SEP », a déclaré Hartmut Wekerle de l’Institut Max Planck de neurobiologie à Martinsried (Allemagne). « Cependant, pour que cette maladie apparaisse, il faut un facteur déclencheur qui a été jusqu’à présent plutôt recherché du côté des infections. » Le tabagisme, le manque de soleil et une infection par le virus d’Epstein-Barr ont été identifiés comme des facteurs environnementaux causant la maladie. Avec l’avènement des méthodes modernes de séquençage de l’ADN, les scientifiques ont discuté pour la première fois de l’implication de la flore intestinale dans le déclenchement de la SEP. « Ce domaine se développe actuellement si rapidement que je suis absolument certain que nous ne pouvons plus ignorer le rôle de l’intestin lorsqu’on s’intéresse aux traitements contre les maladies », a déclaré le professeur Aiden Haghikia, neurologue à l’hôpital Saint-Jospeh de l’Université de la Rurh de Bochum (Allemagne).

Aucune conclusion concrète possible de l’analyse du microbiote intestinal

Déjà en 2011, Wekerle et ses collègues ont été en mesure de prouver l’existence d’un lien entre la flore intestinale et la SEP. Pour ce faire, ils ont étudié des souris qui ont été génétiquement modifiées pour être spontanément atteintes d’une condition de type SEP par l’activation des lymphocytes T au cours de leur vie. Cependant, lorsque les souris ont été maintenues dans des conditions exemptes de germes, aucun des animaux génétiquement modifiés n’est tombé malade. En revanche, les souris qui ont grandi avec une flore intestinale normale sont tombées malades en trois à huit mois. Seule la flore intestinale pouvait donc être le déclencheur de la maladie. Par la suite, de nombreux groupes de recherche ont analysé les différences dans la composition bactérienne des patients sains et atteints de SEP, avec un succès modéré :

« La possibilité de tirer des conclusions concrètes des résultats obtenus a été fortement compliquée par la diversité génétique de ces personnes et de leur flore intestinale», a déclaré Wekerle. « En outre, la présence d’un micro-organisme particulier chez les patients atteints de SEP ne dit pas si celui-ci joue effectivement un rôle dans le développement de la maladie. Cela ne peut être clarifié qu’avec l’aide d’expérimentations animales. »

Une étude sur les jumeaux révèle une causalité

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Des études sur les jumeaux montrent que la flore intestinale naturelle a une influence sur le fait qu’une personne souffre de sclérose en plaques (gauche). Un rôle central est joué par les lymphocytes T (bleu). © MPI f. Biochimie / Menzfeld

Les chercheurs travaillant avec Wekerle ont récemment été en mesure de prouver l’implication de la flore intestinale dans le développement de la SEP au cours d’une autre étude. Pour ce faire, ils ont utilisé des échantillons de selles de plus de 50 jumeaux monozygotes, dont un jumeau avait la SEP et l’autre pas. Chez les jumeaux génétiquement identiques, l’influence des gènes humains sur la flore intestinale dans les comparaisons par paires peut être négligée.

En comparant le microbiote intestinal des jumeaux, les chercheurs ont trouvé des différences intéressantes, bien que subtiles. Par exemple, les bactéries de l’espèce Akkermansia étaient souvent peu présentes chez les jumeaux atteints de SEP. « Mais tout cela est devenu vraiment excitant lorsque nous avons inoculé des souris génétiquement modifiées et sans germes avec les différents microbiomes humains », rapporte Guru Krishnamoorthy, appartenant également à l’Institut Max Planck de neurobiologie de Martinsried. Les animaux qui ont reçu des échantillons de flore intestinale de jumeaux atteints de SEP étaient atteints dans presque 100% des cas par une inflammation cérébrale de même type que la SEP. Ces études ont confirmé pour la première fois que les constituants de la flore intestinale des patients atteints de SEP jouent un rôle fonctionnel dans l’activation des lymphocytes T et peuvent donc être un déclencheur de la sclérose en plaques chez l’homme.

Sans bactéries intestinales, le système immunitaire change radicalement

« Pour que le cerveau qui fonctionne bien, il faut un système intestinal intact, car l’intestin nourrit le cerveau », explique le Pr Marco Prinz, neuropathologue à l’hôpital universitaire de Fribourg (Allemagne). Ses études sur des souris ont montré que, sans bactéries intestinales, le système immunitaire des animaux change radicalement. Les chercheurs de l’hôpital universitaire de Fribourg ont examiné de près la défense immunitaire du cerveau. Leur conclusion est que les cellules immunitaires dans le cerveau ne fonctionnent que si les bactéries intestinales les nourrissent avec certaines substances. « Sans acides gras à chaîne courte, les cellules immunitaires du cerveau, constituant la microglie, s’atrophient littéralement », explique Prinz.

L’acide propionique régénère le cerveau chez la souris

Les bactéries intestinales produisent, entre autres, des acides gras à chaîne courte, tels que l’acide propionique, provenant d’aliments sains. Lorsque des souris souffrant de maladies ressemblant à la SEP ont reçu de l’acide propionique par l’intermédiaire de leur eau de boisson, le système immunitaire a été rétabli dans leur cerveau. La clarté de ces résultats a surpris le professeur Prinz et ses collègues.

Biodiversité réduite dans les intestins des patients atteints de SEP

Les médecins de l’hôpital St-Jospeph de Bochum ont ensuite examiné si ces résultats étonnants pouvaient être appliqués à l’homme. En effet, l’analyse des patients atteints de SEP a montré qu’en plus des changements dans le cerveau, il y a aussi des changements au niveau l’intestin. « Le microbiome intestinal est différent chez les patients atteints de SEP », explique Haghikia. La réduction de la biodiversité dans les intestins des patients atteints de SEP est particulièrement frappante. Une personne en bonne santé héberge environ 160 types de bactéries, un patient atteint de SEP beaucoup moins. Ce qui, à son tour, affecte apparemment la production d’acides gras.

Cela peut être prouvé de manière directe : les patients atteints de SEP ont moins d’acide propionique dans leur sang que les personnes en bonne santé. Dans un entretien sur NDR (une chaîne de télévision allemande), Haghikia a rapporté comment la supplémentation en acide propionique était bénéfique à ses patients : « Beaucoup se sentent rapidement plus résistants, et la fatigue disparait. La susceptibilité de contracter une infection s’améliore également. » Les analyses de sang des patients l’ont confirmé : l’apport d’acide propionique a amélioré le nombre de cellules immunitaires de 30 pour cent. En revanche, le nombre de cellules inflammatoires a diminué, et même parfois de moitié chez certains patients.

Pas d’effets secondaires dus à l’acide propionique

Le professeur Ralf Gold, également neurologue à l’hôpital St. Joseph de Bochum, ne voit aucun risque à prendre de l’acide propionique. « L’autorisation donnée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) concerne une concentration 200 fois supérieure à celle que nous avons trouvée comme significative. » À l’heure actuelle, il n’existe aucune donnée clinique sur l’efficacité de l’acide propionique dans la SEP. Haghikia conseille donc à ses patients de prendre de l’acide propionique parallèlement à la médication habituelle de la SEP et de simplement essayer pour voir si cela fonctionne.

Misez sur la nourriture végétale

La production d’acide propionique dans l’intestin provient, si les bactéries correspondantes sont présentes, également d’une alimentation saine. Afin de stimuler la formation d’acide propionique dans l’intestin, il faut manger autant de nourriture à base de végétaux que possible selon Matthias Riedel, nutritionniste à Hambourg (Allemagne). « Les bactéries intestinales produisent de l’acide propionique à partir de fibres insolubles. » On retrouve, par exemple, des fibres insolubles dans la peau des pommes, dans les enveloppes de céréales ou dans les lentilles. Les noix et les pistaches contiennent également beaucoup de ces fibres.

Quelle est l’utilité du régime paléo selon le Dr. med. Terry Wahls ?

Le TED-talk d’un médecin américano-américain, elle-même atteinte d’une SEP, qui prétend avoir été capable d’échapper au fauteuil roulant grâce à un changement radical de régime alimentaire a également attiré l’attention. Après une recherche documentaire approfondie, le Dr. Terry Wahls a créé un plan de nutrition qui devrait fournir à ses cellules cérébrales malades tout ce dont elles ont besoin. Le médecin a mis en place une méthode simple à base de « tasses », qui est basée sur le régime paléo : elle mange quotidiennement 3 tasses de légumes à feuilles vertes, 3 tasses de fruits ou de légumes très colorés et 3 tasses de légumes contenant du soufre. En outre, elle y ajoute de la viande et les abats des animaux herbivores de pâturages, des poissons de mer, et des algues, tous issus de l’agriculture biologique et non transformés. Wahls a éliminé les céréales et les féculents de son régime alimentaire. Dans le mélange restant, suffisamment de vitamines, de minéraux et de co-enzymes sont présents pour stimuler l’auto-guérison du corps. Selon Wahls, un tel régime pourrait aussi être utile pour d’autres maladies auto-immunes.

Une étude pilote apporte une certaine désillusion

Le médecin travaille actuellement à l’Université de l’Iowa et veut transformer sa propre expérience en essais cliniques. Cependant, une récente étude pilote mise en place par ce médecin apporte un certain désenchantement dans l’approche de Wahls : des 20 patients atteints de SEP avec des degrés différents de déficience motrice, les seuls qui ont tiré un bénéfice de ce régime de style paléo après un an sont ceux dont l’immobilité au début de l’intervention était considérée comme étant légère à modérée.

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Copyright de l'image: Samantha Forsberg, flickr / Licence: CC BY

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