Sclérose en plaque : elle rend coup pour coup

14. novembre 2017
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On savait déjà que des coups répétés à la tête peuvent entraîner de graves lésions cérébrales. Selon une étude récente, les lésions cérébrales traumatiques au cours de l’adolescence sont particulièrement dangereuses. Elles peuvent augmenter le risque de développer une sclérose en plaques.

Les joueurs de football américain souffrent particulièrement souvent de démence et de dépression une fois leur carrière terminée. Les coups violents sur la tête et la colonne vertébrale cervicale auxquels ces professionnels sont exposés pendant leur entraînement durant plusieurs années en sont les responsables. Ils ne conduisent pas uniquement à des symptômes de commotion cérébrale, comme des maux de tête, une amnésie et des nausées à court terme. En effet, ce n’est que plus tard que se révèlera l’ensemble des conséquences de ces lésions.

Des traumatismes craniocérébraux (TCC) répétés peuvent causer après plusieurs années une atrophie du cerveau conduisant à des troubles de la mémoire. Selon une nouvelle étude, des TCC durant l’adolescence peuvent également conduire à des complications inattendues. Ils augmenteraient le risque de développer une sclérose en plaques (SEP) plus tard au cours de la vie. Comment les épidémiologistes sont-ils parvenus à cette conclusion ?

Un traumatisme cérébral particulièrement dangereux chez les jeunes

Le professeur Scott Montgomery de l’Université d’Örebro en Suède a analysé avec son équipe les données du registre national suédois des patients et celui de la sclérose en plaque. Ils ont identifié 7 292 patients atteints de SEP qui étaient chacun comparés en fonction de l’âge, du sexe et du lieu de résidence à 10 personnes qui ne souffraient pas de SEP. Ainsi, la population totale de l’étude comprenait 80 212 participants.

Sur la base de ces données, l’équipe réunie autour du Prof. Montgomery a déterminé si des TCC avaient été diagnostiqués chez les sujets au cours de leur enfance (de la naissance à 10 ans) ou de leur adolescence (de 11 à 20 ans). Les chercheurs ont également voulu savoir si des traumatismes physiques qui n’étaient pas associés avec le système nerveux central (SNC) augmentent le risque de sclérose en plaques. Par ailleurs, les données sur les membres cassés ont été incluses dans l’évaluation.

Augmentation du nombre de cellules immunitaires

Les épidémiologistes ont été incapables de détecter une association entre les TCC dans l’enfance et un risque accru de développer une SEP plus tard dans la vie. Mais si les traumatismes étaient survenus entre 11 et 20 ans, la situation semble différente. Chez les personnes ayant subi un TCC à l’adolescence, le risque de développer une SEP a augmenté de 22%. Ce risque a même doublé lorsque les adolescents ont souffert de TCC à répétition. Le résultat est statistiquement significatif : l’odds ratio (rapport de chance, intervalle de confiance à 95%) est de 1,22 (1,05-1,42, p = 0,008) pour le diagnostic de TCC par rapport à ceux pour lesquels un TCC n’a jamais été diagnostiqué. Si plusieurs TCC ont été diagnostiqués, il est de 2,33 (1,35-4,04, p = 0,002). Par contre, des membres cassés n’avaient aucun impact sur ce risque.

Les scientifiques suggèrent que des lésions non-inflammatoires du SNC telles que les traumatismes cérébraux conduisent à l’augmentation des lymphocytes T spécifiques de la myéline. Ceux-ci produisent des cytokines pro-inflammatoires comme l’interféron-gamma, qui détruisent les oligodendrocytes. Ceux-ci forment la couche isolante autour des nerfs, les gaines de myéline. La démyélinisation inflammatoire des nerfs est typique de la sclérose en plaques. La cause exacte de l’augmentation des cellules immunitaires après un traumatisme craniocérébral reste inconnue.

Le professeur Montgomery explique que son étude fournit une autre raison de « protéger particulièrement les adolescents contre les blessures à la tête. En particulier lorsqu’ils sont exposés à un risque élevé de traumatismes répétés lors de leur pratique sportive. »

Source:

Concussion in adolescence and risk of multiple sclerosis.
Scott Montgomery et al., Annals of Neurology, doi: 10.1002/ana.25036; 2017

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Copyright de l'image: Johann Schwarz, flickr / Licence: CC BY-SA

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