Garçon, une limonade au lithium contre la démence

30. octobre 2017
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Le lithium a été utilisé pendant des années pour le traitement des troubles bipolaires et de la dépression. Il a également des effets positifs sur les démences. Face à l’augmentation du nombre de patients, un psychiatre a une idée discutable : supplémenter l’eau de boisson avec du lithium.

Depuis environ 60 ans, les médecins utilisent des sels de lithium pour traiter les troubles bipolaires et la dépression sévère. « Chez nos patients, nous avons observé à plusieurs reprises que le lithium est l’un des rares médicaments capables d’éliminer les idées suicidaires à long terme », explique le professeur Dr. Michael Bauer, directeur de la clinique et polyclinique de psychiatrie et de psychothérapie de l’hôpital universitaire Carl Gustav Carus à Dresde (Allemagne). Même après tant d’années d’utilisation, le médicament étonne encore avec de nouveaux effets.

« Une certaine protection contre la perte de mémoire et la démence »

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Michael Bauer © Uniklinikum Dresden / Christoph Reichelt

« Par exemple, lors de l’analyse des données de traitement à long terme, nous avons constaté que le lithium apporte également une certaine protection contre la perte de mémoire et la démence », explique Bauer. « Au cours d’expériences en laboratoire, l’effet neuroprotecteur du lithium a pu être détecté clairement. » L’expert sait que « si les patients prennent du lithium pendant dix ou vingt ans, le taux de démence est diminué. »

Il existe plusieurs articles sur le sujet dans la littérature scientifique. Des chercheurs de l’Université de São Paulo, dirigés par Orestes V. Forlenza, ont inclus 45 patients atteints de déficience cognitive légère dans un essai contrôlé randomisé. Il leur a été administré soit des sels de lithium jusqu’à une concentration cible de 0,25 à 0,5 mmol / l dans le sérum soit un placebo.

Après douze mois, le groupe de recherche a déterminé le niveau de différents paramètres pour tous les participants. Le directeur de l’étude, Forlenza, a trouvé des niveaux plus faibles de protéine tau (p-tau) dans le liquide cérébro-spinal des sujets qui avaient reçu du lithium. Les protéines tau sont utilisées comme biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer. Dans le même temps, ces personnes avaient de meilleurs résultats dans le test de cognition ADAS-Cog-Test.

Alors que Forlenza a travaillé avec de grandes quantités, Andrade Nunes a voulu savoir si des doses beaucoup plus faibles ont également un effet positif. Elle a travaillé avec des patients qui avaient déjà des symptômes de la maladie d’Alzheimer. Les neurologues avaient déjà diagnostiqué la maladie sur la base des directives habituelles reconnues. Si le participant à l’étude prenait 300 μg de lithium par jour pendant 15 mois, la maladie se stabilisait.

Guérison par l’eau potable

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Lars Vedel Kessing © ResearchGate

Ces travaux donnèrent une idée à Lars Vedel Kessing de l’Université de Copenhague. La teneur en lithium dans l’eau potable du Danemark fluctue relativement fortement en raison des compositions différentes des roches dans le sol. Dans les régions de l’ouest, les eaux souterraines en contiennent 0,6 μg / l, tandis que des valeurs jusqu’à 30,7 μg / l sont atteintes à l’est. En parallèle, Kessing a utilisé les registres habituels de patients des pays scandinaves. Il a ainsi obtenu des données sur 73 731 patients atteints de démence et 733 653 témoins.

Le scientifique a utilisé les personnes qui ont bu de l’eau contenant seulement 2,0 à 5,0 μg / l en tant que groupe de comparaison pour la démence. Si l’eau potable contenait plus de 15,0 μg / l, le risque relatif (RR) de démence était de 0,83. Dans l’intervalle de concentration de 10,1 à 15,0 μg / l, Kessing a trouvé un RR de 0,98. Entre 5,1 et 10,0 μg / L, le RR était de 1,22. Toutes les différences étaient statistiquement significatives.

Les résultats sont surprenants : le scientifique a trouvé une relation linéaire entre la dose et l’effet seulement dans certaines zones de concentration. Kessing ne peut pas expliquer ce phénomène pour le moment. La question de savoir si ses résultats sont cliniquement pertinents reste sans réponse dans son étude.

Intervention simple et peu coûteuse

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John J. McGrath © University of Queensland

En dépit de ces points ouverts, John J. McGrath de l’Université du Queensland à St Lucia, en Australie, réfléchit aux applications pratiques. Dans un éditorial, il spécule : « la perspective d’une intervention relativement sûre, simple et peu coûteuse qui pourrait conduire à prévenir la démence, comme l’optimisation des concentrations de lithium dans l’eau potable est tentante. » Ceci est à relier au nombre de patients en hausse permanente et au manque de thérapies. « Dans cette optique, toute mesure préventive est d’une importance particulière », a poursuivi McGrath.

Il apporte aussi d’autres effets positifs, de son point de vue, dans le débat. Il y a plus de 25 ans, les chercheurs avaient déjà trouvé une association entre une concentration de lithium plus élevée dans l’eau et des taux de suicide et de criminalité plus faibles. Cependant, McGrath ne parle pas des effets indésirables.

Risques en série

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Elisabetta Patorno © Brigham and Women’s Hospital

Le lithium est associé à différents risques selon la concentration. Depuis longtemps, des effets secondaires tels que des nausées, des diarrhées, des tremblements, des gains de poids ou un goitre euthyroïdien sont connus. Lors de l’utilisation thérapeutique au cours du premier trimestre de la grossesse, des associations ont été trouvées avec des malformations cardiaques, rapporte Elisabetta Patorno du Brigham and Women ‘s Hospital, Harvard Medical School, Boston. La base de cette étude était une cohorte de 1 325 563 femmes enceintes. 663 avaient reçu du lithium. La prévalence des malformations cardiaques sous traitement était de 2,41 pour 100 naissances (contre 1,15 enfant sur 100).

Le risque relatif était dose-dépendant, ce qui est une autre preuve d’une association. Patorno trouva ainsi qu’il était de 1,11 pour 600 mg ou moins par jour, 1,60 pour 601 à 900 mg et 3,22 pour plus de 900 mg. Si des populations en ingèrent par l’eau potable, des risques légèrement augmentés seraient donc également à prendre en compte.

Qui peut en profiter ?

En Allemagne, personne ne pense sérieusement à l’enrichissement de l’eau potable en lithium. Le travail de Kessing et ses collègues fournit néanmoins des idées intéressantes. Les personnes présentant des facteurs de risque de démence connus pourraient bénéficier de sels de lithium à faible dose bien avant de développer une démence. Mais seules des études contrôlées randomisées peuvent prouver si cela fonctionnerait.

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Copyright de l'image: William Warby, flickr / Licence: CC BY-SA

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