Prévention : le sport est-il un assassin ?

3. août 2012
Share article

L’activité physique est, en termes de prévention cardio-vasculaire, le nec-plus-ultra. Quoique : chez plus d’une personne sur dix, la pratique d’une activité sportive régulière aggrave différents facteurs de risque cardiovasculaire. Pourquoi ?

À une époque où la majorité des personnes qui travaillent passent une grande partie de leur vie sur des chaises de bureau, il n’est pas surprenant que l’exercice physique soit effectivement considéré par beaucoup comme une panacée. Et d’un point de vue médical, ce n’est pas si mal. Les effets positifs de la pratique sportive régulière, ou au moins d’exercices réguliers, ont été prouvés très souvent. Par exemple pour le diabète, des études telles que l’étude finlandaise de prévention du diabète (Finnish Diabetes Prevention Study) et le Programme américain de prévention du diabète (Diabetes Prevention Program) montrent que l’incidence du diabète est moitié moins importante en cas d’activité physique régulière. Dans la cohorte de Framingham, l’espérance de vie est corrélée à long terme avec le niveau d’activité physique. En cas de tumeurs, plusieurs effets bénéfiques du sport en tant qu’accompagnement à la thérapie anti-tumorale ont été décrits. La liste est longue.

Y a-t-il des personnes ne répondant pas à l’exercice physique ?

En conséquence, la recommandation « pro-activité physique» a depuis longtemps été intégrée dans diverses directives. Dans sa directive sur l’activité physique et le diabète, l’Association allemande du diabète désigne l’activité physique comme une « thérapie causale » chez les patients présentant un syndrome métabolique, une intolérance au glucose et un diabète de type 2. Il y a des preuves suffisantes selon lesquelles l’exercice retarde ou empêche l’évolution du diabète et diminue la mortalité cardio-vasculaire. Dans les directives « hypertension », la société de l’hypertension réagit de manière semblable : « Les patients avec une haute pression artérielle [devraient] être encouragés à pratiquer une activité physique régulière. (…) Ces activités doivent être effectuées de trois à quatre fois par semaine pendant 30 à 45 minutes. »

Une entente parfaite avec la partie clinique. Cependant, dans ce contexte, on s’occupe peu des mécanismes par lesquels l’exercice corporel génère des besoins. Le consensus est que l’exercice a un effet bénéfique sur toute une série de facteurs de risques cardio-vasculaires. Il abaisse la pression artérielle, augmente le cholestérol HDL, diminue la glycémie à jeun, réduit les triglycérides et plus encore. Cela conduit, lors de la consultation avec le patient, à expliquer cette thèse intéressante, selon laquelle tout le monde a besoin d’activité physique à cause de ces effets généraux, et, finalement, qu’elle doit être recommandée à tout le monde. Mais est-ce le cas ? Ou y a-t-il aussi pour l’exercice physique des personnes y répondant ou n’y répondant pas, et peut-être même des patients présentant une réaction paradoxale ?

Attention effets secondaires !

Il y a quelques jours, le Dr Claude Bouchard et ses collègues du Pennington Biomedical Research Center à Baton Rouge, en Californie, publièrent dans le journal PLoS One (2012; 7(5):e37887) des travaux en faveur d’une approche un peu plus nuancée de la question du sport et de la prévention. Les chercheurs évaluèrent les résultats de six études qui examinaient l’activité physique d’un total de 1687 sujets de manière explicite et bien contrôlée. Ils purent montrer le changement d’au moins un facteur de risque cardiovasculaire dans un sens défavorable chez 8 à 13 pour cent des sujets à cause de l’activité physique. Chez 7 pour cent des sujets, deux ou plusieurs facteurs de risque s’aggravent.

Pour mieux comprendre et faire une analogie avec la pharmacothérapie, les chercheurs parlent des « effets secondaires » possibles de l’activité physique qui se produisent chez certains sujets. Plus précisément, la valeur du HDL-C diminua dans 13,3 pour cent des cas, les triglycérides augmentèrent dans 10,4 pour cent des cas, la pression artérielle systolique augmenta dans 12,2 pour cent des cas et les niveaux d’insuline changèrent dans un sens défavorable chez 8,4 pour cent des sujets. Bouchard et ses collègues font attention à ne pas tirer des conclusions hâtives : « La pertinence clinique de ces résultats est ouverte » écrivent-ils explicitement. Ils firent cependant remarquer que les patients (et leurs médecins) ne devraient pas s’attendre à ce que se produisent exactement tous les effets bénéfiques de l’activité physique décrits dans la littérature dans certains cas particuliers.

Prévention à la carte plutôt que prévention à la PROCAM ?

Finalement, ce travail suggère une prévention individualisée adaptée à chaque patient, lors de la recommandation de médicaments, d’un régime, mais également de la pratique d’activité physique, et pas seulement selon les facteurs de risque classiques de leur profil. Pour cela, ces facteurs devront être identifiés pour permettre de prédire les effets indésirables, par exemple, de certains types d’activité physique. Les « suspects habituels » sont ici, certaines configurations génétiques et épigénétiques, qui doivent cependant être caractérisées d’une manière plus détaillée.

Il y a déjà quelques données à ce sujet. Ainsi, des scientifiques finlandais, dans le cadre de la Finnish Diabetes Prevention Study, décrivirent des polymorphismes dans les gènes du TNF et de l’interleukine-6 qui influent sur les effets anti-inflammatoires de l’activité physique et donc sur son potentiel préventif. Les responsables de l’étude sur l’intervention chez les pré-diabétiques en cours de recrutement du Centre allemand de recherche sur le diabète (Deutsches Zentrum für Diabetesforschung e.V.) se dirigent également dans cette direction et veulent développer des stratégies de prévention individualisées qui tiennent compte à la fois de l’exercice physique mais (aussi) des facteurs génétiques.

5 note(s) (4.2 ø)

Comments are exhausted yet.

1 commentaire:

Dominique Bignon
Dominique Bignon

comment recommander un medecin du sport?

#1 |
  0


Langue:
Suivre DocCheck: