Risque de maladie cardiovasculaire, de pas si jolies gambettes

17. octobre 2017

Le surpoids est considéré comme un facteur de risque important pour les maladies cardiovasculaires. Mais une personne mince sur cinq risque aussi d’en déclarer une. Les diabétologues ont constaté que la perte de graisse sur les jambes et les hanches pourrait prédire un risque plus élevé de problèmes cardiovasculaires.

Le fait que le surpoids sévère augmente considérablement le risque de maladie cardiovasculaire et, par conséquent, de mort prématurée, a été démontré dans de nombreuses études. À l’inverse, un indice de masse corporelle (IMC) normal (selon la définition de l’OMS entre 18,5 et 25 kg / m²) est associé au plus faible risque global de décès. Cependant, le risque de maladie cardiovasculaire ne dépend pas uniquement de l’IMC. Une équipe de recherche de Tübingen (Allemagne) et de Munich a récemment démontré pour la première fois qu’une faible masse de graisse sur les jambes et les hanches pour un poids normal est associée à un risque élevé de troubles métaboliques et de maladies cardiovasculaires.

D’après des études antérieures, on sait que le risque de troubles métaboliques ne dépend pas uniquement du poids corporel. Ainsi, les personnes en surpoids avec un métabolisme sain n’ont qu’un risque de maladie cardiovasculaire modérément augmenté et un risque de mort modérément augmenté : par rapport à des personnes avec un poids normal en bonne santé, il est d’environ 25 pour cent plus important. Par ailleurs, chez les personnes avec un poids normal et des facteurs de risque métaboliques, ces risques sont plus élevés que dans le cas de personnes en surpoids métaboliquement en bonne santé : ils sont environ trois fois plus élevés que pour les personnes de poids normal en bonne santé.

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Les personnes de poids normal avec des facteurs de risque métaboliques ont un risque plus de trois fois supérieur de déclarer une maladie cardiovasculaire. © IDM

Les facteurs de risque les plus importants dans les syndromes métaboliques, qui augmentent de manière significative la probabilité de maladie cardiovasculaire et de décès prématuré, sont les suivants :

  • Obésité abdominale : dépôts de graisse principalement dans la cavité abdominal
  • Hypertension
  • Troubles du métabolisme des graisses, augmentation des triglycérides et diminution du cholestérol HDL dans le sang
  • Résistance à l’insuline ou tolérance au glucose perturbée, facteurs de risque importants pour le diabète de type 2

Environ 20% des personnes de poids normal sont affectés par de tels facteurs de risque métaboliques.

Quelles sont les caractéristiques des personnes maigres avec des facteurs de risque métaboliques ?

Les scientifiques travaillant avec le diabétologue clinicien expérimental Norbert Stefan de l’hôpital universitaire de Tübingen ont étudié chez 981 sujets les caractéristiques spécifiques des personnes de poids normal avec des facteurs de risque métaboliques, et si elles diffèrent des caractéristiques des personnes en surpoids avec de tels facteurs de risque. Les chercheurs s’intéressaient particulièrement au rôle de la distribution des graisses dans le corps dans le syndrome métabolique. Cela inclut la graisse sous-cutanée, qui se trouve principalement sur les hanches, les fesses et les jambes, la graisse viscérale, qui est déposée autour de l’abdomen mais aussi dans la cavité abdominale autour des organes internes, ainsi que la graisse dans le foie.

Les participants qui avaient moins de deux facteurs de risque de syndrome métabolique étaient considérés comme métaboliquement sains. Selon cette définition, 18 pour cent des sujets de poids normaux n’étaient pas métaboliquement en bonne santé, ce qui est assez similaire aux données provenant d’autres études.

À l’étape suivante, les chercheurs ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique et la spectroscopie par résonance magnétique pour déterminer la masse grasse corporelle, la distribution de graisse dans le corps et les dépôts de graisse dans le foie. Ils ont également évalué la sensibilité à l’insuline, la sécrétion d’insuline et la forme physique des sujets.

Le problème du stockage des graisses pourrait augmenter le risque cardiovasculaire

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Norbert Stefan, professeur de diabétologie clinique expérimentale dans le département de médecine interne IV de l’hôpital universitaire de Tübingen. © Norbert Stefan

Stefan et son équipe ont constaté qu’une faible masse de graisse sur les jambes et les hanches était le facteur le plus important qui annonçait un risque de problème métabolique élevé pour un poids normal. Mais dans le cas de personnes en surpoids, une stéatose hépatique et une augmentation de la masse grasse du ventre étaient les facteurs les plus déterminants pour ce risque. Bien que la teneur en matières grasses abdominales ait contribué à un risque métabolique élevé même pour des personnes de poids normal, il s’agissait d’un prédicteur relativement faible.

En utilisant les résultats de données génétiques et de données provenant d’études sur les animaux, les chercheurs ont conclu qu’un problème de stockage des graisses dans les jambes et les hanches chez les personnes de poids normal pourrait contribuer grandement à augmenter le risque de troubles cardio-métaboliques. Le métabolisme des personnes atteintes pourrait être similaire à celui des patients atteints d’une lipodystrophie qui entraîne habituellement une réduction prononcée du tissu adipeux. En plus des changements dans le stockage des matières grasses, ils ont souvent aussi une résistance à l’insuline, une augmentation de la glycémie, des troubles du métabolisme des graisses et une augmentation de la pression artérielle.

Changements au cours de la vie

« Il se pourrait qu’une distribution défavorable du tissu adipeux dans le corps affecte directement le développement de facteurs de risque du syndrome métabolique », a expliqué Stefan. « Les résultats précédents indiquent que la graisse est stockée comme graisse viscérale ou dans le foie chez les humains chez lesquels la capacité de stockage du tissu adipeux sous-cutané dans les hanches et les jambes est faible. » Des études suggèrent que cette capacité de stockage insuffisante du tissu adipeux sous-cutané est génétique.

Le principal problème est que la graisse de la cavité abdominale et du foie augmente considérablement le risque de troubles métaboliques et de maladies cardiovasculaires. Ainsi, un certain nombre d’études ont montré qu’une circonférence abdominale élevée (chez les femmes de plus de 80 cm, chez les hommes de plus de 94 cm) est un facteur de risque important pour les maladies telles que les maladies coronariennes, les accidents vasculaires cérébraux et le diabète de type 2. Il existe une relation étroite entre la circonférence abdominale et la quantité de graisse dans la cavité abdominale.

Les changements typiques de répartition des graisses tout au long de la vie peuvent être liés au risque de maladie métabolique et cardiovasculaire. « La caractéristique des hommes est qu’ils accumulent la graisse principalement sur l’abdomen et ont rarement des jambes épaisses », dit Stefan. « Chez les femmes, la répartition typique des graisses après la ménopause change en raison de la diminution de l’hormone œstrogène : tandis qu’avant, la graisse s’accumulait sur les jambes, les hanches et les fesses, il apparaît une répartition plus « masculine » avec une augmentation de la masse grasse abdominale et la diminution de la graisse sur les jambes et les hanches ». Cette forme de corps pourrait être étroitement liée à un risque élevé de troubles cardio-métaboliques. Ainsi, une étude récente en Chine avec 3015 participants de poids normal a montré qu’une circonférence importante au niveau de la taille chez les personnes âgées, en particulier les femmes âgées, est un facteur de risque important pour les troubles métaboliques.

Les médecins devraient également faire attention à la forme du corps

Ces résultats indiquent que les médecins devraient également « regarder » de près les patients ayant un poids normal, en particulier s’ils ont deux ou plusieurs facteurs de risque de syndrome métabolique, au cours de la pratique clinique. « Premièrement, ils devraient prendre ces facteurs de risque au sérieux et les traiter de manière appropriée, même si le facteur de risque lié au surpoids n’est pas présent », souligne Stefan. « Deuxièmement, les médecins devraient également faire attention au physique lors de l’évaluation du risque de troubles métaboliques et inclure cet aspect dans le traitement : si un patient a peu de graisse sur les hanches et les jambes, cela devrait être pris en compte comme facteur de risque supplémentaire ». Dans ce cas, il faut examiner attentivement si les facteurs de risque métaboliques ou les troubles métaboliques tels qu’une tolérance au glucose perturbée, une stéatose hépatique ou une artériosclérose sont présents pour une prise en charge précoce adaptée.

« En outre, chez les personnes de poids normal qui ont un diabète de type 2 et à l’avenir, éventuellement chez les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires, un traitement pour augmenter la graisse sous la peau pourrait être bénéfique », explique Stefan. Les sensibilisateurs à l’insuline (glitazones) pourraient être intéressants car ce sont des médicaments qui favorisent l’absorption de sucre sanguin dans les tissus et qui sont utilisés dans le traitement du diabète. « Des études ont montré que cela entraînait une redistribution du tissu adipeux avec une réduction de la graisse abdominale et une augmentation de la graisse sous-cutanée », explique Stefan.

À l’avenir, d’autres études devraient être menées pour pouvoir évaluer le risque de troubles métaboliques chez les personnes normales et en surpoids sur la base des caractéristiques de l’organisme. « Cela pourrait permettre de recommander des mesures personnalisées pour la prévention et le traitement des facteurs de risque métaboliques et des maladies cardiovasculaires, telles que des changements de mode de vie ou des médicaments », explique Stefan. Il est également important de développer des médicaments ciblés qui conduisent à une redistribution du tissu adipeux dans le corps. Ils pourraient être utilisés à la fois pour les personnes de poids normal avec des facteurs de risque métaboliques et chez celles en surpoids.

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