La vitamine C, un nouveau cytostatique ?

17. octobre 2017
Share article

Il y a plus de 50 ans, le chimiste Linus Pauling réalisa des études sur l’acide ascorbique en ayant l’intuition que des doses élevées de vitamine pourraient agir de manière prophylactique contre le cancer, mais il ne put jamais fournir de preuves. Mais de nouvelles études pourraient confirmer l’intuition de Pauling.

Vitamin C-1

Linus Pauling © Library of Congress

Au cours de sa vie, le chimiste Linus Pauling (1901-1994) fut à la fois admiré et critiqué. En 1954, il reçut le prix Nobel de chimie pour ses études sur la liaison chimique. Le Prix Nobel de la paix suivit en 1963 pour son engagement à l’égard des essais d’armes nucléaires. Pauling voyait en la vitamine C un remède miracle pour les maladies, du cancer au rhume. Pendant des années, il en prit 18 grammes par jour, 300 fois la quantité recommandée. Néanmoins, Pauling mourut d’un cancer de la prostate. Ses publications sur le sujet ont longtemps été considérées comme obsolètes. Deux nouvelles études montrent que le chercheur pourrait avoir eu raison.

Acide ascorbique : les souris le font elles-mêmes

Michalis Agathocleous et Sean Morrison du Centre médical du Sud-ouest de l’Université du Texas ont récemment analysé l’effet de l’acide ascorbique sur les cellules souches. Les humains ont perdu la capacité de produire de l’acide ascorbique par biosynthèse au cours de l’évolution. En revanche, les souris produisent elles-mêmes leur vitamine C par l’intermédiaire de l’acide gulonique. Les dernières étapes sont catalysées par la L-gulonolactone oxydase :

Vitamin C-2

L’acide L-gulonique (1) est converti en L-gulonolactone (2) grâce à la glucono-lactonase (A). La L-gulonolactone oxydase (B) catalyse l’oxydation sélective de la L-gulonolactone en 2-céto-L-gulonolactone (3a), qui se transforme en acide ascorbique (3b) © Yikrazuul / Wikipedia

Jusqu’à présent, on savait que les cellules souches absorbent des quantités élevées d’acide ascorbique. Pour déterminer si la molécule est importante pour leur fonction, Agathocleous et Morrison ont travaillé avec des rongeurs transgéniques dépourvus de L-gulonolactone oxydase. Ils ont généré une carence qui existe chez environ cinq pour cent des humains. Ils prévoyaient une diminution de l’activité des cellules souches. Mais c’est exactement le contraire qui s’est produit : il y a eu une augmentation de leur prolifération.

Un suppresseur nommé TET2

« Les cellules souches utilisent l’ascorbate pour réguler la fréquence des modifications chimiques de l’ADN qui font partie de l’épigénome », explique Agathocleous. « Si les cellules souches ne reçoivent pas assez de vitamine C, l’épigénome peut être modifié de telle façon que le risque de leucémie augmente ».

Une faible quantité d’ascorbate inhibe le suppresseur de tumeur TET2 (Tet methylcytosine dioxygenase 2). TET2, à son tour, contrôle l’activité des gènes via des mécanismes épigénétiques et donc la destruction ciblée des cellules souches.

Cette découverte est particulièrement importante pour les personnes âgées : à mesure que l’âge augmente, la fréquence des mutations acquises croît. Cela se produit chez une personne de plus de 65 ans sur dix. Selon Morrison, « l’une des mutations les plus courantes chez les patients atteints d’hématopoïèse clonale est la perte fonctionnelle d’une copie de Tet2. Nos résultats suggèrent que les personnes atteintes devraient recevoir 100% de leur dose quotidienne de vitamine C. » Cela aiderait a à maximiser l’activité des suppresseurs de tumeur Tet2 restants pour protéger contre le cancer.

Au cours de l’étape suivante, Luisa Cimmino du Centre de cancérologie Laura & Isaac Perlmutter de l’École de médecine de la NYU (Laura & Isaac Perlmutter Cancer Center, NYU School of Medicine) a pu créer des souris transgéniques particulières. Chez ces animaux, Cimmino pouvait activer ou désactiver le gène TET2.

Si TET2 est inactif, les leucémies se développent fortement. Mais si Cimmino donnait de très importantes quantités de vitamine C, les rongeurs restaient en bonne santé. L’ascorbate active les gènes qui empêchent la prolifération indésirable de cellules souches. Selon Cimmino, la vitamine C peut avoir un effet protecteur. En raison de la faible absorption, elle a travaillé en utilisant des perfusions, ce qui a considérablement limité sa méthode.

Lorsque les chercheurs ont rajouté des inhibiteurs de PARP, ils ont pu augmenter considérablement l’effet de la vitamine C. En effet, les inhibiteurs de PARP inhibent l’enzyme poly-ADP-ribose polymérase (PARP). Il se créé alors dans l’ADN des ruptures double brin. En outre, les cellules sont détruites. À ce jour, le seul représentant de cette classe de substances actives approuvé dans le cadre des carcinomes mammaires positifs au BRCA1 / 2 est l’Olaparib. De nouvelles publications suggèrent que ces molécules pourraient également être impliquées dans les mutations d’autres gènes importants pour la réparation de l’ADN.

Le problème des effets secondaires

Le travail d’Agathocleous et Morrison et celui de Cimmino montrent des mécanismes fondamentalement nouveaux. Pour l’instant, l’idée que tous les résultats obtenus sur les modèles animaux puissent être transférés aux humains reste ouverte. En outre, les patients atteints de cancer sont généralement plus susceptibles d’avoir des effets secondaires en raison de la gravité de leur maladie. Par ailleurs, on peut se demander s’il est raisonnable d’exposer des personnes en bonne santé à des risques inutiles. Cette problématique inclut en particulier la relation bien connue entre acide ascorbique et calculs rénaux

9 note(s) (3.89 ø)
Copyright de l'image: gbohne, flickr / Licence: CC BY-SA

Comments are exhausted yet.

1 commentaire:

Infirmier

Un espoir : Linus Pauling, a-t-il eu des calculs rénaux ?

#1 |
  0


Langue:
Suivre DocCheck: