Smoothie, attention aux interactions !

4. octobre 2017
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Un verre de jus de pamplemousse, cela ne peut pas faire de mal ? Faux ! Dans certaines circonstances, certains fruits devraient être évités, car les flavonoïdes qu’ils contiennent peuvent créer des interactions indésirables. Le pamplemousse, par exemple, peut augmenter l’effet du Diazépam, un produit psychopharmaceutique.

La pénicilline, le benzène, le téflon ou le LSD ont été créés par hasard. Un pharmacologue, le professeur David Bailey, de l’Université de Western Ontario, voulait, par exemple, améliorer le goût d’un agent antihypertenseur et, en 1991, y ajoute du pamplemousse. Mais il n’y a pas uniquement le goût qui a changé, la concentration dans le sang aussi. Cette découverte n’a pas échappé à Bailey qui, depuis, étudie l’effet des jus de fruits sur la pharmacocinétique des médicaments.

Bailey a présenté ses premières études sur les humains et a souligné que ses résultats ne sont pas limités au pamplemousse, mais aussi à d’autres variétés de fruits comme les oranges et les pommes. Les flavonoïdes tels que la naringénine, la naringine et la bergamotine furocoumarine interagissent avec les médicaments. Il existe plusieurs mécanismes différents qui provoquent cette interaction.

1 000 %, ce n’est pas peu !

Les flavonoïdes contenus dans les fruits inhibent les enzymes appelées CYP-P450, qui permettent l’oxydation de nombreuses substances corporelles (par exemple les médicaments). Le CYP3A4 est principalement inhibé dans la paroi intestinale. Par conséquent, l’interaction n’est pertinente que lorsque le médicament est pris par voie intestinale, et il n’y a aucun effet lors de l’administration parentérale. Lorsque CYP3A4 est inactivé par la naringénine et ses comparses, cela réduit l’effet de premier passage pré-systémique et la biodisponibilité orale du médicament augmente. L’augmentation dépend de la dose et peut atteindre plus de 1 000 pour cent. Des interactions potentiellement mortelles peuvent alors se produire pour le patient, en particulier dans le cas de substances ayant une marge thérapeutique étroite. Les interactions sont déclenchées par les jus de fruits, mais aussi par des fruits frais ou des confitures fabriquées à partir de ces fruits frais. La liaison à l’enzyme est covalente et irréversible, de sorte qu’ingérer l’extrait de jus de fruit à distance du médicament n’apporte pas grand -chose.

Du point de vue des interactions, le pamplemousse et le millepertuis se comportent de manière opposée. Lorsque le pamplemousse augmente le niveau de substance active dans le sang, il est abaissé par les préparations de millepertuis et vice versa. L’antagoniste aux opiacés Naloxegol, par exemple, est efficace en cas de constipation induite par les opioïdes et est métabolisé par le CYP3A4 ; tandis que le pamplemousse entraîne une augmentation du taux sanguin de près de 100%, le millepertuis réduit considérablement l’effet. Toute personne qui est extrêmement fatiguée après avoir pris du pamplemousse a probablement pris avant du Diazépam dont la concentration (AUC) peut augmenter de 320 pour cent.

Problème de transport à l’OATP

L’effet des médicaments peut être également inhibé ou complètement supprimé indépendamment du CYP3A4. La raison en est l’inhibition de l’activité des protéines de transport. Ceci est vrai pour la glycoprotéine P, transporteur effluent, et pour les transporteurs d’anion organiques OAT1A2 et OAT2B1. Le taux d’ingrédient actif de l’anticoagulant oral Apixaban peut augmenter de près de 100% avec la consommation de pamplemousse. L’inhibition des transporteurs d’organo-anions rénaux (OATP) conduit également à l’élimination de certains médicaments.

Si le transporteur OATP est inhibé au niveau intestinal, l’effet du médicament peut être réduit ou perdu. De nombreuses questions sur ces mécanismes sont encore ouvertes. Si et comment les oranges, le pomelo et la pomme interfèrent avec les médicaments reste encore peu clair. Une vision complète de l’influence des composants de nombreux fruits tropicaux est fournie par Mallhi et al.

Carambole comme inhibiteur-star

En regardant le tableau de Mallhi et ses collègues, on voit l’ananas, le pomelo, la mangue et le citron avec des yeux pharmacologiques assez différents. Le jus d’ananas a probablement un effet sur CYP2C9 par l’intermédiaire de la teneur en broméline. Les dérivés du diclofénac, du tolbutamide et de la coumarine sont également dégradés par cette enzyme. Le jus de citron inhibe les enzymes CYP3A4, CYP2C9, et vraisemblablement aussi la protéine de transport OATP et a donc un spectre d’interaction similaire à celui du pamplemousse. Il serait trop facile de croire que tous les jus de fruits jaunes peuvent conduire à des interactions. Malheureusement, les flavonoïdes et les anthocyanines se retrouvent également dans les fruits rouges.

Le jus de myrtille interagit également avec la CYP3A4. Le jus de canneberge, également utilisé pour la prophylaxie de la cystite, inhibe la CYP2C9 et est donc un partenaire potentiel interagissant avec l’antagoniste du calcium nifédipine et les inhibiteurs de la coagulation. La carambole a été identifiée comme un inhibiteur de CYP3A4 encore plus fort que le pamplemousse. La table de Flockhart de l’Université de l’Indiana fournit un aperçu à jour de toutes les interactions avec CYP-P450.

L’inhibiteur de la rénine a peur de prendre un coup de jus

Dans une étude approfondie de Dolton et al., l’influence des jus de pamplemousse, de pomme et d’orange sur une douzaine de drogues a été étudiée à partir de base de données. L’inhibiteur de rénine Aliskiren s’est avéré particulièrement sensible. Sous l’action des trois jus de fruits, son niveau sanguin a chuté de près de 75 pour cent. Le bêtabloquant Atenolol « n’a pas aimé » le jus de pomme. L’AUC est tombé presque à zéro. Le Celiprolol était pratiquement inefficace avec les jus de pomme et d’orange. L’agent antiallergique Fexofenadine ne fonctionne pas si le patient a consommé l’un des trois jus. L’hormone thyroïdienne L-thyroxine n’est pas compatible avec le jus de pamplemousse, son niveau sanguin a été réduit à moitié selon la dose.

L’agent antiarythmique Amiodarone inhibe la pompe à sodium / potassium et est utilisé dans les arythmies cardiaques tachycardiques. Une étude de cas de Sheehan et al. a rapporté l’existence d’une patiente qui avait des allongements de l’intervalle QT déclenchés par le Gin-Tonic. Le responsable en était la quinine de la boisson amère et une drogue contre les crampes de mollet qui interagissait avec l’Amiodarone.

L’Amiodarone a une demi-vie d’environ 100 jours. Dans une étude antérieure de Libersa et al., il a été montré que le jus de pamplemousse entraîne également une modification de sa pharmacocinétique et une augmentation du taux sanguin.

Particulièrement dangereux : les statines

Il existe d’innombrables études sur l’interaction du jus de pamplemousse avec les statines. Le taux sanguin de Lovastatine peut augmenter de 260 pour cent, alors que le taux d’Atorvastatine augmente de 80 pour cent. La concentration maximale de Simvastatine augmente de 1200%, l’AUC de 1340 pour cent.

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Concentration de Simvastatine avec pamplemousse et eau (modèle selon Lilja J. et al.)

Les statines provoquent souvent des douleurs musculaires. En plus de ces myalgies, il est également possible dans certains cas de développer un trouble musculaire dont le risque dépend de la dose. Étant donné que le pamplemousse peut augmenter le taux sanguin de statines jusqu’à 1 200%, les patients prenant des statines devraient généralement éviter les produits à base de pamplemousse.

Thrombose aigre-douce, plus une tasse de thé et des baies de goji

La combinaison de la pilule et du pamplemousse est également risquée. Le taux d’œstradiol peut augmenter de près de 30%, augmentant ainsi le risque de thrombose. L’augmentation des niveaux d’œstrogènes est également associée à un risque accru de cancer du sein. Une étude de Spencer et al. a analysé si les femmes qui boivent du jus de pamplemousse ou mangent des fruits présentent un risque accru de carcinomes mammaires. Une étude écrite par Cirmi et al. a également examiné les effets des jus de citron sur le risque de cancer et leur a donné un potentiel de prophylaxie contre le cancer.

Les buveurs de thé doivent aussi être prudents parce que le thé Earl Grey est aromatisé avec des huiles essentielles de bergamote. La bergamotine contenue dans celle-ci est un fort inhibiteur du CYP1A1. Cette enzyme est utilisée, par exemple, pour métaboliser l’antipsychotique Clozapine. Une tasse de thé peut augmenter considérablement le niveau pharmacologique.

Le BfArM (Institut fédéral allemand pour les médicaments et les dispositifs médicaux) a également dû faire face au « problème du jus » et a prévenu il y a déjà quatre ans de la possibilité d’interactions avec les préparations de baies de goji. Chez les patients prenant des antagonistes de la vitamine K, des interactions peuvent se produire. Dans les cas signalés, une augmentation significative des valeurs d’INR ou des saignements se sont produits. Chez un patient, la valeur d’INR a augmenté entre les contrôles de routine tous les deux mois de 2,5 à 4,1. Dans un autre cas, l’augmentation de l’INR était de 4,97. Un blocage du CYP2C9 en est probablement la cause.

Dans un article récent, cependant, le « père » des interactions du pamplemousse, Bailey, souligne que les mécanismes des interactions médicamenteuses sont très complexes et que de nombreuses questions doivent encore être clarifiées.

12 note(s) (4.92 ø)
Copyright de l'image: Ken Hawkins, flickr / Licence: CC BY-SA

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1 commentaire:

Dr cyrus terrani
Dr cyrus terrani

excellent article merci.
J’aimerais bien qu’un jour quelqu’un écrive sur les méfaits du fructose en étant un peu plus objectif qu’en disant arrêtez de manger des boissons sucrés, ou des sucres raffinés alors que tout le monde sait maintenant que dans les fruits et les légumes il y a exactement le même sucre que dans le Coca Cola.
Merci

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