Etudes sur le yoga : les gènes du Shavasana

19. septembre 2017

Le yoga ou le Qigong sont plus populaires que jamais. Mais le battage médiatique autour de ces pratiques permet-il aussi d’améliorer la santé ? Il était difficile de comprendre ce qui se passait dans le corps au niveau moléculaire lors de ces activités car il manquait des données sur le sujet. Mais des études récentes ont démontré leurs effets positifs.

Des patients présentant des symptômes différents tirent des bénéfices de la méditation ou de la relaxation, comme le montrent de nombreuses études. Cependant, ces travaux ont une faiblesse importante : les techniques de relaxation peuvent difficilement être standardisées. Il existe différents enseignements, et chaque école travaille avec ses propres techniques. Dans ces conditions, il y a un biais préexistant.

Gènes en mode méditation

Ivana Buric, chercheuse à l’Université de Coventry, a choisi une approche différente. Il est en effet impossible que le patient s’auto-évalue. Elle a donc recherché des essais contrôlés randomisés (ECR) qui démontrent les effets de ces pratiques par la biologie moléculaire. Le point de départ de Buric était des travaux de Steven W. Cole de l’UCLA School of Medicine, l’un des pionniers de la génomique sociale. Cette discipline examine l’effet des facteurs sociaux sur l’expression des gènes. Le stress social entraîne une augmentation de l’expression de nombreux gènes dans les cellules. Cole parle de « réponse transcriptionnelle conservée face à l’adversité » (CTRA). Il s’agit du profil typique des gènes actifs dans les réactions de stress. La CTRA se présente sous la forme d’un modèle moléculaire commun, par exemple en cas de tristesse, de diagnostic de cancer, de traumatisme ou pour les personnes ayant un statut socioéconomique peu élevé.

En conséquence à ce stress, différentes voies de signalisation pro-inflammatoires, en particulier la voie NF-κB, sont activées. NF-κB remplit diverses tâches en tant que facteur de transcription dans le corps. Il régule la réponse immunitaire, entre autre dans les processus influençant l’apoptose ou la prolifération cellulaire. Le rôle de NF-κB dans les processus neuronaux fait l’objet de projets de recherche récents.

C’est là que l’hypothèse de Buric entre en jeu : est-ce que le yoga, le qigong, la pleine conscience (Mindfulness), ou d’autres techniques, réduisent l’expression des gènes de la voie de signalisation NF-κB ? Au cours de sa recherche, la scientifique a trouvé 18 publications avec des détails concernant la biologie moléculaire lors d’exercices de relaxation. Nous vous présentons un aperçu des études analysées par Buric et les conclusions centrales de son travail littéraire.

Cancer du sein : se détendre pour combattre l’inflammation

Michael R. Irwin de l’UCLA Semel Institute for Neuroscience à Los Angeles a voulu savoir quelles sont les effets du Tai-Chi sur le corps d’anciennes patientes atteintes de cancer du sein. Pour son étude, il a recruté 90 participantes qui étaient en rémission d’un point de vue oncologique mais souffraient d’insomnie. Trois mois de Tai-Chi ont amélioré leur inconfort. En parallèle, plusieurs gènes associés à des processus inflammatoires ont été inhibés.

Alors que la valeur de la CRP n’a pas changé lors de ces expériences, les substances de signalisation IL-6 ont été légèrement réduites et le TNF a été considérablement réduit, suggérant que les réponses inflammatoires cellulaires diminuent. Les analyses ont montré une diminution de neuf pour cent de l’expression de 19 gènes pro-inflammatoires et une augmentation de l’expression d’un total de 68 gènes. 34 d’entre eux étaient connus pour être actifs contre les virus ou les tumeurs. Les chercheurs en bio-informatique ont constaté que le Tai-Chi conduit à une diminution des facteurs de transcription NF-κB.

Julienne E. Bower du Département de psychologie de l’UCLA à Los Angeles a aussi traité des survivantes du cancer du sein. 31 femme qui étaient en bonne santé du point de vue oncologique mais souffraient de fatigue ont participé à son essai contrôlé et randomisé. Elles ont été affectées à un groupe expérimental dans lequel elles pratiquaient le yoga ou un groupe-contrôle au sein duquel elles reçurent des informations générales sur la santé.

Après 12 semaines, les femmes qui pratiquaient le yoga avaient des changements importants dans l’expression des gènes. Au total, 282 gènes ont été activés et 153 inhibés. Ainsi, l’activité des facteurs de transcription inflammatoire NF-κB et CREB (protéine se fixant au CRE, les éléments de réponse à l’AMPc) a diminué. En parallèle, l’expression des récepteurs des glucocorticoïdes ayant une action anti-inflammatoire a été augmentée.

Stress pour les soignants

David S. Black, ULCA Semel Institute for Neuroscience à Los Angeles, a étudié les effets possibles de ces pratiques sur les personnes qui s’occupent des malades. Le personnel soignant a une santé physique et mentale plus fragile que les personnes des groupes témoins, probablement en raison de la forte augmentation de l’expression des gènes pro-inflammatoires due au stress et à une inhibition des gènes dont les transcrits ont des activités antivirales.

Black a assigné 45 soignants au hasard à un groupe expérimental qui suivait des séances de méditation Kirtan Kriya (KKM) et à un groupe témoin ayant des séances de méditation relaxante. Sous KKM, les symptômes dépressifs ont diminué de manière significative. En parallèle, 49 gènes ont vu leur expression diminuer et 19 autres ont vu leur expression augmentée. Des analyses détaillées ont confirmé l’hypothèse d’une diminution de l’expression des gènes pro-inflammatoires (se rapportant à NF-κ B) et une augmentation de l’expression des gènes antiviraux (IRF-1).

La solitude rend malade

Le travail de David Creswell s’est concentré sur les personnes souffrant de solitude à cause de l’âge. Il est chercheur à l’Université Carnegie Mellon de Pittsburgh. Creswell a trouvé des niveaux élevés d’expression des gènes associés à NF-κB chez les 40 sujets, entre 55 et 85 ans.

Il a séparé au hasard les participants en deux groupes. Ils suivirent des cours de réduction de stress à base de pleine conscience (Mindfulness-Based Stress Reduction, MBSR) ou reçurent des conseils généraux. Sous MBSR, l’expression de gènes pro-inflammatoires était réellement inhibée. Le niveau de CRP ou d’IL-6 n’a pas changé.

Yoga ou Tai-Chi, quel est le meilleur ?

Nous avons obtenu beaucoup de données, mais une question reste en suspens : qu’apporte la publication d’Ivana Buric à la pratique clinique ? Elle explique que son étude littéraire est une occasion de comprendre ce qui se passe du point de vue biochimique dans le corps lors des exercices de méditation ou de relaxation. Cependant, ces données ne permettent pas de comparer les méthodes entre elles.

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