Dossier de santé électronique : La grande TI-lusion ?

17. août 2012
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L'informatisation de l'administration de la santé apporte-t-elle d'importantes économies à un système de santé publique surchargé ? Non, dit une étude américaine, qui a passé à la loupe les pratiques de prescription et d’aiguillage des médecins généralistes.

Les médecins qui s’appuient sur l’analyse numérique des tests prescrivent beaucoup plus d’études complémentaires que les collègues qui utilisent des documents papier traditionnels et des analyses analogiques. Des experts de la santé aux États-Unis, des consultants, des politiciens et l’administration Obama ont affirmé à maintes reprises que la généralisation de l’accès aux dossiers de santé électroniques conduira à des économies substantielles pour le système de santé américain. Par conséquent, l’American Recovery and Reinvestment Act (ARRA), la loi sur la récupération et l’investissement pour l’économie américaine, a demandé, depuis 2009, l’augmentation drastique des subventions pour Health Information Technology for Economic and Clinical Health (HITECH, technologie de l’information -TI- de la santé pour la santé économique et clinique) et donc l’augmentation des dépenses publiques.

Le think-tank (laboratoire d’idées) américain RAND (Recherche et Développement) Corporation, fondé après la Seconde Guerre mondiale, dans un premier temps pour conseiller les forces armées américaines, et ces dernières années pour les questions sociales telles que l’obésité croissante de la population des États-Unis ou les problèmes de l’abus des drogues dans les écoles secondaires américaines, a récemment calculé que près de 80 milliards de dollars US par an pourraient être économisés par l’utilisation généralisée de résultats d’analyse numériques. Et en particulier dans le domaine des techniques d’imagerie (tomodensitométrie, imagerie par résonance magnétique et tomographie par émission de positons TEP), qui, il y a dix ans, étaient déjà responsables aux Etats-Unis d’environ 14 pour cent des coûts externes totaux. Avec une meilleure utilisation des résultats d’analyse numériques, des économies considérables peuvent être faites, affirme le « New York Times », en rassemblant les résultats des études du think-tank américain, qui concluent au renforcement de l’utilisation des dossiers électroniques pour les patients, afin de réaliser des économies.

Les données de 28 000 patients passées à la loupe

La nouvelle étude « Health Affairs », qui est basée sur les statistiques officielles du National Center for Health Statistics (NCHS), a passé à la loupe les données médicales de pas moins de 28 741 citoyens américains et 1 187 médecins généralistes. Le principal résultat de l’étude : les médecins qui utilisent des systèmes électroniques pour les dossiers de patients prescrivent 18 pour cent d’examens supplémentaires afin de clarifier les résultats, tandis que ceux qui travaillent sur une base papier ont renvoyé seulement 12,9 pour cent des patients réaliser d’autres examens. La tendance à la prescription de tests différents et plus coûteux était plus importante pour les médecins qui utilisaient une base de données numérique, soit entre 40 et 70 pour cent de plus pour les médecins travaillant en « digital » par rapport à leurs collègues « analogiques ».

Utile ou pas ?

En outre, la disponibilité électronique des résultats des examens de laboratoire a souvent été associée à une série d’examens sanguins supplémentaires. En réalité, la disponibilité des dossiers électroniques des patients n’était pas en soi la raison pour la prescription d’autres examens, il semble que ce soit l’accès électronique aux résultats qui en ait été l’élément déclencheur. Une cause possible est que l’accès électronique aux données par les médecins leur a donné plus de temps et ils ont utilisé cet avantage en demandant des examens supplémentaires par imagerie. Cet « effet de complaisance » de l’accès aux données électroniques pourrait être responsable de potentiels retours des patients au cabinet ajoutés à des exigences supplémentaires suite à la réalisation d’examens répétitifs inutiles et non urgents. Une autre raison possible est que les médecins qui utilisent des examens approfondis en imagerie – pour une raison quelconque – utilisent probablement les meilleures technologies numériques adaptées à la santé, ce qui accroît leur accès intuitif aux évaluations d’imagerie.

« Nous doutons que l’utilisation des technologies digitales de la santé – en dehors de leurs avantages propres – soit une stratégie significative de diminution de coût », déclara l’auteur de l’étude, Danny McCormick, professeur adjoint de médecine à la Harvard Medical School et directeur de la division de la santé sociale et publique du département de médecine de l’alliance de santé de Cambridge et co-directeur du programme de bourses d’études en médecine générale et soins primaires de santé de la Harvard Medical School. « Quelles que soient les raisons exactes des résultats de l’étude, ils démontrent combien il est important de déterminer les avantages exacts de la saisie assistée par ordinateur, que ce soit pour vérifier des données inexactes, ou pour généraliser la réalisation de petites études sur des instituts non représentatifs », mit en garde McCormick.

Interprétation différente des résultats

Les experts de la santé aux États-Unis comme David Blumenthal, conseiller d’Obama et chercheur à la Harvard Medical School, avancent comme argument que les résultats de l’étude, de laquelle les données de 2008 furent tirées, furent utilisés pour analyser le comportement général des médecins. On a effectivement commencé l’année dernière à utiliser systématiquement les données électroniques de la santé pour réaliser des enquêtes, répond Blumenthal au « New York Times ».

Il a également considéré que la nouvelle étude contient des valeurs aberrantes dans certaines séries d’analyse. L’auteur de l’étude, McCormick, oppose toutefois le fait que des études comme celles du RAND ont, jusqu’à présent, seulement été basées sur des échantillons statistiques, plus faciles à gérer que des groupes. Cette fois, nous avons eu accès à un ensemble de données d’une grande institution, selon McCormick. Les détracteurs de l’informatisation du système de santé se plaignent que, jusqu’à aujourd’hui, la conversion des anciens systèmes à des systèmes électroniques a nécessité des coûts assez élevés, et dont les avantages – en particulier économiques – restent cependant difficiles à prédire.

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1 commentaire:

DOCTEUR DESIRE VERBRAECK
DOCTEUR DESIRE VERBRAECK

Etant, il y a des années, à la base de l¿informatisation de la médecine générale, j¿avais déjà répondu à mon confrère JP Derc, qui avait publié un article « l¿informatique, une mine d¿or pour le généraliste », que ce n¿était pas pour le généraliste, mais bien pour l¿administration, afin de mieux contrôler nos prescriptions, demandes d¿examen ¿ de mieux nous profiler.
L¿informatique sert surtout à l¿autorité, c¿est un outil qui lui permet d¿évaluer les flux financiers et de faire pression sur le prescripteur.

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