Travail de nuit : un pas vers le cancer

5. septembre 2017

Ceux qui travaillent la nuit ne mettent pas seulement leur rythme biologique sens dessus dessous, leur risque de déclarer un cancer augmente également. Cela pourrait être dû à un défaut de mélatonine, l’hormone du sommeil, qui est impliquée dans la réparation de l’ADN.

Depuis longtemps, on essaie de savoir si travailler la nuit est cancérogène. Il y a déjà dix ans, l’Agence internationale pour la recherche sur le cancer avait indiqué qu’un travail de nuit qui altère le rythme jour nuit était « probablement » cancérogène. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) partage également cette opinion. Une étude publiée en 2001 a montré que les infirmières qui travaillaient depuis plus de 30 ans de nuit avaient un risque de cancer du sein 1,5 fois plus élevé que leurs collègues qui dormaient la nuit et travaillaient pendant la journée.

La nuit, la réparation de l’ADN fonctionne mieux

Les épidémiologistes ont récemment étudié les mécanismes moléculaires dont on soupçonne qu’ils seraient responsables de l’augmentation du taux de cancer du sein chez les femmes qui travaillent de nuit. Une étude récente suggère que le corps humain répare les dommages causés à l’ADN plus efficacement la nuit qu’au cours de la journée. Parveen Bhatti du Centre de Recherche sur le Cancer Fred Hutchinson à Seattle et ses collègues avaient découvert au cours d’une étude antérieure sur les infirmières et d’autres employés que les personnes qui travaillaient souvent la nuit éliminent moins de 8-hydroxydesoxyguanosine (8-OH-dG).

La 8-OH-dG est formée par oxydation de la guanosine, un composant de l’ADN. « C’est un processus habituel, car, dans les processus métaboliques normaux, de l’oxygène réactif est libéré. Il réagit avec l’ADN et peut entraîner des mutations » expliquent les scientifiques. Les enzymes de réparation de l’ADN éliminent la 8-OH-dG nocive et la remplacent par des molécules de guanosine non oxydées.

La lumière dérange le biorythme nocturne

Si un être humain élimine une quantité suffisante de 8-OH-dG via l’urine, les scientifiques supposent que le système de réparation de l’ADN fonctionne correctement. Bhatti et ses collègues ont émis l’hypothèse que la diminution de l’élimination de 8-OH-dG par les femmes qui travaillent souvent la nuit pourrait être une (co-) raison de leur plus grande susceptibilité à avoir un cancer du sein. La mélatonine, souvent appelée « hormone du sommeil », est apparemment également impliquée dans la réparation de l’ADN.

« Entre 19 et 20 heures, la concentration de mélatonine commence à augmenter dans le corps. Elle atteint son apogée entre 1 heure et 2 heures du matin et retombe au cours des premières heures du matin » ont déclaré les épidémiologistes. La lumière excite la glande pinéale dans le cerveau ce qui réduit la production de mélatonine. La lumière provenant des ordinateurs portables et des smartphones interfère également avec la synthèse de l’hormone du sommeil. « La mélatonine synchronise les processus physiologiques avec le rythme du corps humain », dit Bhatti. L’hormone est comparable à la lune qui coordonne le rythme des marées.

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Parveen Bhatti, directeur de l’étude© Robert Hood / Fred Hutch

De faibles niveaux de mélatonine sont liés à une faible élimination de 8-OH-dG

Les chercheurs estiment que le sommeil humain sert, entre autres choses, à la défense contre le cancer. Dans des études antérieures, la mélatonine et la réparation des 8-OH-dG de l’ADN ont été associées à la réparation par excision de nucléotide (NER). Avec ce système, le corps corrige les sites défectueux qui produisent une sorte de bosse dans la molécule d’ADN et interfèrent ainsi avec la structure hélicoïdale.

Bhatti et ses collègues ont ensuite étudié si le niveau de mélatonine est en corrélation avec l’élimination de 8-OH-dG dans l’urine. À cette fin, l’équipe a utilisé les données de 50 femmes qui ont participé à leur étude l’an dernier et ont montré des valeurs particulièrement faibles de mélatonine. Les études ont confirmé les soupçons de Bhatti : les femmes travaillant de nuit ayant un faible niveau de mélatonine éliminent également 80 pour cent de 8-OH-dG en moins que leurs collègues dormant la nuit.

Ne prenez pas de la mélatonine par vous-même

À l’heure actuelle, cependant, ce phénomène n’est qu’une corrélation observée. Bhatti et ses collègues veulent examiner le lien de causalité dans une autre étude. Ils clarifieront la question de savoir si l’administration de mélatonine peut augmenter l’élimination nocturne de 8-OH-dG et donc vraisemblablement améliorer la réparation de l’ADN. Si tel est le cas, les études à long terme devraient préciser si l’utilisation de la mélatonine chez les travailleuses postées a un effet positif durable sur le risque de cancer du sein. Bhatti déconseille expressément de prendre de la mélatonine par soi-même. En effet, on n’en sait pas suffisamment sur l’utilisation, la posologie utile et les effets secondaires potentiels d’une telle prise.

En attendant des données fiables, Bhatti conseille à tous les travailleurs postés, et même plus qu’aux autres, de suivre les conseils habituels pour être en bonne santé : sommeil suffisant, nourriture saine et exercice régulier.

Sources :

Shift work and chronic disease: the epidemiological evidence
X-S. Wang et al.: Occupational Medicine, doi: 10.1093/occmed/kqr001; 2011

Oxidative DNA damage during night shift work
Parveen Bhatti et al.: Occup Environ Med, doi: 10.1136/oemed-2017-104414. 2017

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