De douces recherches sur l’érythritol, le sucre à la mode

22. août 2017
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Les avantages de l’érythritol, un substitut de sucre, sont presque trop beaux pour être vrais : il a une faible valeur énergétique, ne modifie pas le taux de sucre dans le sang ni le goût. Mais des études montrent que l’érythritol pourrait néanmoins avoir un impact négatif sur le métabolisme.

« Peu de calories, taux de sucre dans le sang bas : ce sont les caractéristiques de cet édulcorant presque inconnu » ou « Grâce aux xylitols, grignoter sans sucre est possible » titrent divers journaux allemands. Les personnes qui veulent se débarrasser du saccharose utilisent de plus en plus l’érythritol à cause des médias. Pour les consommateurs, la molécule, peu connue jusqu’ici, semble être à première vue une bonne alternative.

Des propriétés rêvées

L’érythritol est un méso-1,2,3,4-butanetetrol, donc un alcool de sucre. Il est aujourd’hui produit grâce à la biotechnologie à partir du saccharose ou du glucose.

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Cristaux d’érythritol © Wikimedia Commons, Thomas Kniess, CC BY SA 4.0

En parallèle, plusieurs études indiquent que l’érythritol est physiologiquement inoffensif pour les humains. Du point de vue médico-pharmaceutique, ce substitut de sucre a même des avantages. Il ne modifie pas la glycémie et le taux d’insuline. Alors que le sucre de table a une valeur énergétique d’environ 400 kilocalories (kcal) pour 100 grammes, elle est de seulement 20 kcal pour l’érythritol. De plus, les bactéries cariogènes ne métabolisent pas cette substance.

À l’inverse d’autres alcools de sucre, cette molécule n’a pas leurs effets indésirables. Alors que le sorbitol, le maltitol, le lactitol et l’isomalt ont une faible tolérance digestive, la valeur de l’érythritol avec environ un gramme par kilogramme de poids corporel est relativement élevée. Étant donné que l’érythritol est surtout absorbé par l’intestin grêle et éliminé par les reins, il provoque moins de ballonnements et de diarrhées. Selon des données de l’Agence européenne pour la sécurité alimentaire (AESA), un maximum de 1,6 pour cent de cet alcool de sucre dans les boissons non alcoolisées n’a pas d’effet laxatif.

L’érythritol ne change pas le goût, contrairement à la stévia ou l’aspartame. En raison de son pouvoir sucrant inférieur de 70 pour cent par rapport au sucre de table, les recettes commerciales doivent être adaptées. Cependant, cela s’applique également au sorbitol (pouvoir sucrant de 50 pour cent), au mannitol (30 à 50 pour cent) ou à l’isomalt (50 à 60 pour cent).

Aucun avantage clair détectable

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Meghan B. Azad © ResearchGate

Mais l’euphorie provoquée par ce sucre pratiquement sans calories est de courte durée. Meghan B. Azad, une biologiste cellulaire au George Fay & Yee Centre for Healthcare Innovation à Winnipeg, Canada, a voulu savoir si les édulcorants ou les substituts du sucre sont vraiment sans conséquences pour le corps. Elle n’a pas explicitement étudié l’érythritol. Mais ses résultats peuvent lui être appliqués.

Dans le cadre d’une méta-analyse, son équipe a trouvé sept essais contrôlées randomisées (ECR) avec 1.003 participants et 30 études de cohorte avec 405.907 participants. Le suivi médian était de six mois (ECR) à dix ans (cohortes).

« Les ECR ne montrent aucun avantage clair des édulcorants non nutritifs sur la réduction du poids et les données d’observation suggèrent que leur consommation régulière est associée à un IMC élevé et augmente le risque cardiométabolique », écrit Azad. Les consommateurs ont le sentiment de manger sainement. Ils ne font alors plus attention aux quantités. Ces aliments peuvent, par exemple, contenir, en plus des substituts de sucre, des matières grasses comme source de calories.

« Ce n’est pas une substance que nous pouvons facilement éliminer »

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Katie C. Hootman © ResearchGate

En plus de ces effets psychologiques, Katie C. Hootman de l’Université Cornell, Ithaca, note que l’érythritol, contrairement aux hypothèses antérieures, entre dans le métabolisme du corps.

Son travail est basé sur l’observation que trois-quarts des étudiants entrant dans l’enseignement supérieur américains prennent du poids au cours de leur première année. L’explication n’est pas surprenante. Les jeunes vivent seuls pour la première fois. Ils cuisinent peu, et préfèrent acheter des plats tous prêts ou de la nourriture de fast-foods. Jusqu’à présent, les chercheurs n’ont pas trouvé de biomarqueur pour le risque d’obésité précoce. Il est donc important d’intervenir tôt.

Pendant plus d’un an, le Professeur Dr. Karsten Hiller de l’Université technique de Braunschweig (Allemagne) a examiné sur la demande d’Hootman plusieurs échantillons de sang des sujets participants. Il a utilisé la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS). Hiller était intéressé par ce qu’on appelle le métabolome, c’est à dire l’ensemble de tous les processus métaboliques analysés d’un point de vue moléculaire. En parallèle, les caractéristiques phénotypiques et le taux d’HbA1c des étudiants ont été déterminés. L’équipe a obtenu de bons résultats : chez les participants à l’étude qui grossissent, de l’érythritol est apparu. La molécule peut donc convenir comme marqueur biologique, bien qu’il n’y ait aucune causalité connue à cette association.

Mais le résultat suivant est scientifiquement irréfutable : en utilisant du glucose, marqué par un isotope stable du carbone, le 13C, il a pu être prouvé que notre corps produit effectivement de l’érythritol. « L’érythritol n’est pas une substance que nous éliminons facilement », a déclaré Hiller. « Il a un effet sur notre métabolisme. Ceci est à l’opposé de toutes les hypothèses précédentes. » En utilisant ce sucre marqué, il va maintenant étudier toutes les voies métaboliques impliquant l’érythritol afin de comprendre le rôle joué par cet alcool de sucre dans la prise de poids. Cela montrera également si les effets de l’érythritol ingéré doivent être réévalués.

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