La vipère des temples attaque l’aspirine

25. juillet 2017
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Une substance issue du venin de vipère des temples pourrait être utilisée à la place des agents antiplaquettaires dans les troubles circulatoires, les infarctus du myocarde et les accidents vasculaires cérébraux. Sa particularité est de parvenir à agir sans causer de saignements importants.

Les antiplaquettaires empêchent que l’agglutination des plaquettes, ce qui évite la formation de thrombus. Ils sont utilisés en plus des médicaments qui empêchent la coagulation du sang (anticoagulants) de manière à prévenir les thromboses ou les embolies. Les médicaments antiplaquettaires sont principalement prescrits dans la prévention et le traitement des infarctus du myocarde, des accidents vasculaires cérébraux et d’autres troubles de la circulation. Cependant, un de leurs effets secondaires graves est qu’en cas de blessures, les saignements peuvent être plus importants et plus longs.

Une équipe de recherche dirigée par Tur-Fu Huang de l’Université nationale de Taiwan à Taipei a développé une nouvelle substance à partir de venin de serpent. Elle empêche l’agglutination des plaquettes sanguines lors de la coagulation sans entraîner de saignements prolongés. Les chercheurs ont récemment publié leurs résultats dans la revue « Arteriosclerosis, Thrombosis and Vascular Biology ».

Dans des études antérieures, les scientifiques ont découvert qu’une protéine appelée Trowaglerix qui provient du venin de vipère des temples (Tropidolaemus waglerix), stimule l’agglutination des plaquettes au niveau des caillots sanguins. Ainsi, la protéine de serpent se lie à une protéine appelée glycoprotéine VI (GPVI), qui est située sur la surface des plaquettes. Au cours d’études précédentes, Huang et son équipe ont pu démontrer que des plaquettes sans GPVI ne forment pas de caillots mais que cette situation ne conduit pas à l’augmentation des saignements. Les chercheurs en ont tiré l’hypothèse que le blocage de GPVI pourrait empêcher la formation de caillots sanguins sans provoquer des saignements prolongés.

Cette substance pourrait être la base de nouveaux médicaments

Dans leur étude, Huang et son équipe ont développé sur la base du Trowaglerix une molécule modifiée qui bloque l’activité de GPVI et peut ainsi inhiber l’agglutination des plaquettes. Si la nouvelle molécule est mélangée avec du sang, les plaquettes sanguines ne s’agglutinent pas. Il a également été prouvé dans des expériences sur des souris que la nouvelle substance ralentit la formation de caillots sanguins et que les souris traitées ne saignaient pas plus que les souris non traitées.

« Certains inhibiteurs de l’agrégation plaquettaire actuellement disponibles agissent sur une autre protéine, appelée glycoprotéine IIb et III », dit Huang. « Ces médicaments sont basés sur une protéine différente qui se trouve dans le venin de serpent. On ne sait pas encore exactement pourquoi ces substances conduisent à une augmentation des saignements ».

Les résultats de l’étude suggèrent que la nouvelle molécule pourrait servir de base pour le développement de nouveaux médicaments plus sûrs qui n’augmentent pas les saignements. Cependant, cette substance doit maintenant être testée dans d’autres expériences sur les animaux, puis sur les humains.

Nécessité d’améliorer le composé et de le tester sur les humains

« Le type de molécule que nous avons mis au point ne reste généralement pas très longtemps dans le corps. Par conséquent d’autres techniques devront probablement être mises au point pour faire en sorte que la substance soit retenue plus longtemps dans le corps humain. Cela pourrait être par exemple grâce à la préparation particulière du médicament, ou à un système qui libère de manière ciblée la molécule » explique Jane Tseng, l’un des co-auteurs de l’étude.

« Afin de s’assurer qu’aucun effet indésirable ne se produit, il faut également vérifier que la molécule interagit uniquement avec GPVI, et pas avec d’autres protéines » Les chercheurs veulent maintenant mener des études plus poussées pour améliorer la conception de la nouvelle molécule et tester son efficacité et sa sécurité sur les êtres humains.

« Le venin de serpent contient de nombreux composants différents qui affectent l’interaction entre les cellules et le tissu conjonctif intercellulaire, appelé la matrice extracellulaire » explique Tur-Fu Huang.

Depuis les années 70, le groupe de recherche examine les effets du venin de serpent, entre autre sur la coagulation sanguine, la croissance des vaisseaux sanguins (angiogenèse) et les métastases des tumeurs. Grâce à leurs expériences, les chercheurs espèrent, par exemple, développer de nouveaux médicaments contre la formation des métastases à partir des constituants du venin de serpent.

Le venin de vipère des temples agit principalement en interférant avec les mécanismes de la coagulation du sang et conduit ainsi à des thromboses et des embolies. Par ailleurs, il cause des dégâts tissulaires et peut même conduire à la mort des tissus, en particulier du tissu musculaire. La vipère des temples est très répandue en Asie du Sud-Est et appartient à la famille des Viperidae. Alors qu’au cours de la journée, elle reste la plupart du temps immobile sur les branches près des plans d’eau, elle devient active au crépuscule et durant la nuit.

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Copyright de l'image: NeilsPhotography, flickr / Licence: CC BY

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