Grossesse : Cessez-le-feu dans la decidua

17. août 2012
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Le système immunitaire ne coupe pas les cheveux en quatre avec les tissus étrangers. Il est donc surprenant que le fœtus, dans l’utérus, ne soit pas victime de ce système de défense. Des scientifiques américains peuvent maintenant peut-être expliquer ce paradoxe.

Le système immunitaire humain est assez strict lorsqu’il s’agit de décider ce qui appartient à l’organisme et ce qui en est étranger. Pour cela, il est aidé par les antigènes. Présenté par le complexe majeur d’histocompatibilité (CMH) sur la surface des cellules, ils montrent au système immunitaire d’où le tissu provient. Les lymphocytes vérifient en permanence l’appartenance de ces annexes à leur propre corps. Tout ce qui n’est pas reconnu est vigoureusement combattu pour protéger les personnes contre les attaques. Des cellules immunitaires, les lymphocytes T activés, sont alors envoyés sur le lieu de cette bataille. Une fois sur place, les cellules immunitaires attaquent les tissus étrangers.

Les femmes enceintes ont un problème à ce niveau. Le génotype du fœtus qu’elles portent dans leur ventre provient pour la moitié d’elles et l’autre moitié du père. La conséquence logique serait que les antigènes paternels fassent réagir le système immunitaire. Le tissu étranger serait ainsi éliminé rapidement. Des milliards de personnes sur cette terre prouvent le contraire. Contre toutes les lois de la médecine des transplantations, l’enfant génétiquement étranger est toléré durant neuf moi par le système immunitaire de la mère. Depuis des décennies, les chercheurs tentent de résoudre ce paradoxe.

Certains scientifiques soupçonnèrent que le système immunitaire de la mère pendant la grossesse pourrait être affaibli. Mais quand ils comparèrent le statut immunitaire des femmes enceintes et non gestantes, il n’y avait pas de différence. Le système immunitaire n’est, de façon générale, pas affaibli. D’autres toxines ou des intrus sont rigoureusement détruits. Mais cela n’arrive pas aux cellules fœtales. Par ailleurs, celles-ci peuvent très bien déclencher une réponse immunitaire dans d’autres circonstances.

Il doit y avoir une sorte de barrière protectrice qui empêche les cellules immunitaires d’atteindre l’enfant qui grandit, estime Adrian Erlebacher, pathologiste de l’Institut Universitaire du Cancer de New York. Il le recherche depuis un certain temps et il découvrit que les cellules T, pour une raison quelconque, ne réalisent pas leurs tâches défensives contre l’enfant qui grandit bien. Alors, avec ses collègues, il s’attaqua à la décidua (ou caduque), qui englobe la partie transformée de la muqueuse utérine, le fœtus et le placenta. « Ce que nous avons découvert était inattendu dans tous les sens », explique Erlebacher, qui publia les conclusions dans la revue Science.

Les scientifiques découvrirent que, lors de l’implantation d’un embryon, un processus est lancé qui interfère avec le système immunitaire. Pour que le système immunitaire attaque un intrus, il faut un signal. C’est cela-même qui est interrompu au cours du développement de l’enfant. Chez les souris gestantes, les scientifiques purent constater que l’information génétique concernant ces molécules de signalisation, les chimiokines, était emballée différemment dans le noyau de la cellule. Elle ne peut donc pas être lue. Le résultat : les lymphocytes T ne s’accumulent pas dans la caduque. Une attaque du fœtus et du placenta est donc impossible. « La caduque est une zone immunologiquement inactive », explique Erlebacher.

Cet emballage différent ne concerne pas l’information génétique elle-même. Il n’y a pas de mutation, pas d’interruption dans l’information génétique. Les changements que les chercheurs ont découverts sont épigénétiques. Comment ça marche? Les histones sont les « emballages » de l’ADN. L’ADN est enroulé autour de ces protéines alignées comme des perles sur une chaîne. Pour lire les gènes, la chaîne est brisée en permanence. Mais des changements dans les histones peuvent aussi entraîner le fait que les gènes soient emballés de manière si serrée que plus rien ne puisse s’en approcher. Ainsi, il semble que cela soit le cas ici.

Ces résultats ne fournissent pas uniquement des indications importantes pour la compréhension du déroulement d’une grossesse normale. Des erreurs dans cette procédure pourraient conduire, selon les chercheurs, à des naissances prématurées, des fausses couches ou des toxémies gravidiques en fin de grossesse. Erlebacher et ses collègues étudient maintenant si de tels changements chez l’être humain conduisent effectivement à protéger l’enfant à naître du système immunitaire de la mère.

6 note(s) (4.17 ø)
Gynécologie, Médecine

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